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Őr : les cicatrices sublimées en ode à la vie

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OrQuel livre magnifique ! Je l’ai commencé ce matin très tôt, le corps douloureux et l’âme pleine de bleus ;  je l’ai terminé tout à l’heure, apaisée, une lumière dans cette grise journée, et je ne peux m’empêcher de vous faire partager mon enthousiasme et mon émotion.

Őr est le dernier roman de l’Islandaise Auđur Ólafsdóttir paru aux éditions Zulma, un texte bouleversant de finesse et de poésie, d’humanité et de générosité, d’humour et de tendresse humaine. Précipitez-vous sur ce très beau roman sans attendre, la chaleur de ce texte venu du grand Nord vous réconfortera plus que n’importe quelle saga exotique.

Note de l’auteur p.237 :

Le mot islandais Őr signifie « cicatrices ». Il n’est ni féminin ni masculin, mais d’un troisième genre qu’on appelle neutre. Őr est identique au singulier et au pluriel : une ou plusieurs cicatrices. Le héros de Őr, Jónas Ebeneser, en a sept, chiffre assez proche de la moyenne. Őr dit que nous avons regardé dans les yeux, affronté la bête sauvage, et survécu.

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Ör
Auður Ava Ólafsdóttir
traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson
Zulma, octobre 2017, 242 p., 12,99 €
ISBN : 9782843048067

Encore la guerre

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munch_TheScreamBien sûr que nous voudrions un monde apaisé où on ne transformerait pas une petite fille en bombe, où on n’enlèverait pas des centaines d’adolescentes, où on ne massacrerait pas d’une manière atroce des populations entières, où on ne décapiterait pas les humanitaires et où la Kalashnikov se trouverait dans le musée des horreurs, mais comment s’arranger avec la réalité ?

Je lis des livres pour oublier la fureur et le sang, je fais des compte-rendus dans ce blog comme si c’était une chose importante et que la littérature pouvait sauver le monde.

Je voudrais panser les plaies avec des mots, donner une sorte de fraternité aux victimes pour que leur solitude soit moins intense, qu’à travers l’empathie de celui qui écrit et de ceux qui lisent un peu d’humanité se coule en baume sur les plaies vives.

Car les événements ne s’effacent jamais. Ils tournent en boucle, déterminent l’existence de ceux qui ont été confrontés à la mort d’une manière insupportable et ne s’en souviennent plus. Mais certaines scènes resurgissent comme des pantins malfaisants dans les périodes de fragilité, creusant leur sillon d’horreur et de désarroi : c’est toujours la guerre pour ceux qui ont subi de plein fouet les aléas de l’Histoire.

Leurs parents étaient résistants ou collabos, Juifs ou SS, pétainistes ou gaullistes, ils étaient petits, ils n’ont pas compris ce moment terrible où leur vie a basculé. Enfants cachés, fils de « terroristes » ou de « collabos », la bonne conscience des gens bien les poursuit, module leurs réactions d’écorchés vifs, leur sentiment de culpabilité parfois. Les adultes qui ont survécu à cette guerre sont morts pour la plupart d’entre eux mais l’histoire familiale se perpétue en ricochets destructeurs et dans certaines régions des haines recuites ne sont pas prêtes de s’éteindre.

J’ai déjà écrit un certain nombre de nouvelles pour le recueil Après la Guerre, d’autres attendent des autorisations morales. Je ne sais pas à quel rythme les publier ni même si cela intéressera les lecteurs ; l’horreur qui naît de la barbarie et de la souffrance humaine trouve peu d’écho en ces temps d’incertitude planétaire.

J’écris malgré tout, pour qu’il n’y ait plus d’enfants terrifiés et de parents désespérés, j’écris parce que les mots c’est comme la peinture ou la musique, une tentative dérisoire de fraternité.