Le royaume disparu

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royaume disparuJe ne connaissais pas la prolifique Brigitte Aubert, auteur entre autres de romans policiers. J’ai pris l’un d’entre eux, Le royaume disparu, sans savoir qu’il appartenait à une série. Cela n’est pas très important, le lecteur se rend très vite compte, à travers les dialogues des personnages, qu’il est entré dans une conversation entamée bien avant son arrivée mais qu’on ne lui en tient pas rigueur.

L’histoire commence en septembre 1898, époque où les populations des grandes villes raffolaient d’expositions où des créatures humaines étaient exposées comme au zoo. Dans le village dahoméen reconstitué du Jardin d’acclimatation à Paris, on retrouve un corps décapité dont la tête, posée sur un trône, est fichée d’un fragment de canne où sont gravés de mystérieux signes. Puis un deuxième corps, mêmes effets.

L’enquête peut commencer, menée par Louis Denfert, journaliste au Petit Éclaireur. Voilà le premier clin d’œil d’un roman qui en compte beaucoup : Louis est l’exact opposé du Rouletabille de Gaston Leroux : grand, mince et blond… Il est le très jaloux fiancé d’une jeune comédienne, Camille De Saens. Ses amis dont on comprend très vite qu’ils seront de l’enquête sont un ex-sergent-chef reconverti en professeur de boxe et d’escrime, Émile Germain, ainsi qu’un jeune médecin légiste, Albert Féclas.

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Le royaume disparu
Brigitte Aubert
10/18, septembre 2013, 384 p., 8,40 €
ISBN : 978-2-264-05391-6

Une Saint Valentin très épicée

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Couv_Blog_1ereLa nature se réveille et vous aussi :  déjà la Saint Valentin, que faire cette année ? Pour un euro le livre électronique, soit le prix de dix petits pains selon un homme politique qui ne doit pas souvent passer à la boulangerie, je vous propose Un repas inoubliable, de Droolyn Hantée.

Soit :

– six jeunes femmes surexcitées munies d’un appétit féroce

– un jeune homme en tenue d’Adam servant de table

– une maîtresse de cérémonie étrange et fort peu vêtue

– un homme terrifié par l’appétit de ces dames

– des plats aphrodisiaques certifiés par la faculté

– une énorme surprise au moment du dessert.

Vous pouvez bien sûr vous gaver de petits pains, mais ce serait dommage : cette nouvelle va vous donner des idées, je suis sûre, pour concocter, que vous soyez cuisinier(ère), table garnie, amateur(trice) de desserts originaux. Vite, à vos tablettes, vous n’avez plus beaucoup de temps pour soigner les courses et la décoration.

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Post-vérité contre démocratie

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Le mot de l’année 2016 selon l’Oxford Dictionaries est “post-truth”. L’anglais possède une capacité que ne connaît pas le français de créer facilement de nouveaux mots évocateurs. Post-truth, nom désignant une vérité reconstituée a-postériori, il est difficile de trouver un équivalent qui reste à créer dans notre langue.

Le dictionnaire  le définit comme un substantif « relatant ou indiquant des circonstances dans lesquelles les faits objectifs sont moins importants pour faire changer l’opinion publique que les appels à l’émotion et à la croyance personnelle ».

Trump media part

Photo Mediapart

Le mot « post-truth » a été beaucoup employé après les attaques répétées du président Trump accusant les journalistes de propager des fausses nouvelles pour le desservir. Bien sûr qu’il y avait plus de monde pour son investiture que pour celle d’Obama, les médias avaient falsifié les images. Les médias ne l’aiment pas, ils veulent sa peau, il ne se laissera pas faire. Sa vérité triomphera.

Fillon

Photo Paris Match

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Être ici est une splendeur, Vie de Paula Becker

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PaulaMarie Darrieusecq a emprunté son très beau titre à un vers de Rainer Marie Rilke dans Élégies de Duino. Le grand poète allemand joue un rôle clé dans le roman-biographie de Marie Darrieusecq, d’ailleurs, peut-on parler de biographie quand les éléments de la vie de Paula Becker avant sa vie de peintre ne prennent que quelques pages ?

Paula Modersohn-Becker n’a vécu que trente-et-un ans, elle est morte dix-huit jours après la naissance de sa fille Mathilde.

Entre les deux, elle s’est installée à l’âge de vingt ans dans la communauté d’artistes de Worpswede et elle a peint. Beaucoup. Intensément. Elle a écrit aussi, car Paula appartient à une famille où l’on aime écrire. Des lettres et des textes magnifiques qui seront connus après sa mort grâce à sa mère.

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Être ici est une splendeur
Marie Darrieussecq
P.O.L, mars 2016, 158 p., 15 €
ISBN : 978-2-8180-3906-9

Le travailleur qui mendie

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VM 11

Il est d’une maigreur extrême, il baisse les yeux. Il ne vit pas dans la rue : sa veste est très propre, sa casquette aussi. Rien de déchiré, d’abîmé. Il est sans doute marié, sa tenue trahit les soins d’une femme qui tient à sa dignité.

Son teint hâlé de travailleur en plein air, les muscles crispés de sa mâchoire, tout indique que jamais il n’aurait dû se retrouver là, à tendre sa misérable et dérisoire sébile de carton posée sur sa canne blanche. Canne d’aveugle suite à un accident de travail ? Impossible de le déterminer.

Restent le désespoir et la honte de cet homme, ce travailleur penché en avant, le dos parallèle à sa canne. Vivian Maier s’est peut-être mise à genoux (elle est grande) pour saisir la lumière éclatante qui descend depuis le cadre d’aluminium situé à l’arrière du mendiant, continue sur la lame de sa chemise, revient sur le gobelet et la canne. Une lumière plus douce tombe sur la casquette, le col et les épaules. À sa gauche, dans l’ombre noire d’un bâtiment obscur dont la porte est ouverte, trois mystérieux trous de lumière.

Cet homme est aussi désespéré que le clown qui n’arrive pas à sourire, mais si les deux hommes sont brisés, c’est de manière différente. Le clown respirait la solitude. Notre travailleur, lui, doit porter les soins, l’amour et l’angoisse de sa compagne.

Dans les deux cas, Vivian Maier essaie de leur rendre, à travers cette lumière qui les magnifie, leur dignité laminée.