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Pendant les cérémonies incontournables que sont mariages et enterrements, comme si la proximité des engagements que l’on suppose définitifs excitait les travers des participants, explosent situations incongrues et comique involontaire…

Travers numéro un : la distraction.

La journée était belle, vraiment belle, le mariage de la fille de mon amie Marianne allait rayonner dans les souvenirs comme la plus belle journée de juin. Et nous aussi nous étions beaux : toute la famille s’était pomponnée depuis le matin, prête à avaler les kilomètres qui nous reliaient à la petite ville où le mariage devait être célébré en robe longue pour les dames et costume trois pièces pour les messieurs.

Un grand mariage, vous l’aurez compris.

Nous avions pris une marge suffisante pour ne pas arriver en retard, les retardataires c’est la plaie des mariages. Les femmes en tenue sexy entrent dans l’église et les maris des femmes ponctuelles lorgnent sur leur arrière-train, cela met une mauvaise ambiance au moment de l’orgue et des fleurs blanches devant l’autel.

Mon mari avait regardé le plan, aucun problème, les petites villes c’est sans imagination, l’église se trouve toujours au centre et celle-là ne fait pas exception.

Belle journée, pas trop de circulation, cinq minutes avant la cérémonie nous avons garé la voiture devant l’église.

Oui, juste devant.

Un tel coup de chance nous ravit avant de nous inquiéter sérieusement : le parking de l’église était désert.

–        C’est étonnant, tu ne trouves pas ? Toute la noce devrait être là, il est bientôt trois heures…

Pas une âme à l’horizon. Pas de somptueuse voiture décorée avec débauche de glaïeuls et de roses blanches. Un affreux doute commença à s’insinuer dans les esprits :

–        On s’est trompés de samedi ?

–        Elle a renoncé à se marier ?

–        Au fait, tu as le carton d’invitation ?

Bien sûr que j’avais le carton d’invitation, ils me prenaient pour qui ? Main fébrile, main tremblante, double page cartonnée, festonnée, bons mariés, bonne date, bonne heure mais Cérémonie à l’église réformée.

Nous nous étions trompés d’église. En membre très actif du club MFE (mauvaise foi évidente) je me mis à arroser mon malheureux mari de noms plus fleuris les uns que les autres pendant qu’il cherchait frénétiquement un plan de la ville.

Pas de plan.

–        Il faut demander dans un commerce, ils doivent savoir, les commerçants savent tout !

L’homme est un saint. Il supporte mes sautes d’humeur, mes oublis, mes plats carbonisés, il supporte tout. SAUF de demander son chemin. Cela signifie que son sens de l’orientation infaillible est pris en défaut, quelque chose comme une atteinte directe à sa virilité, vous l’aurez compris.

–        Inutile ! Dans toutes les villes les églises se serrent les unes contre les autres, en plus cela se voit, ce genre d’édifice ! On remonte dans la voiture et on cherche !

Quand il use de ce ton-là, personne ne conteste.

La ville n’était pas grande, mais pas si petite que ça. Et même les petites villes ont des plans de circulation, des sens uniques et des sens interdits. Sans compter les feux, rouges, évidemment. Cela virait au cauchemar, nous allions emboutir une voiture, un gendarme ou une vieille dame, et pas un mot dans la voiture, l’atmosphère n’était pas à la chansonnette ou aux consignes de prudence.

Pas d’église réformée en vue, pas de voitures décorées, rien. Enfin, dans une ruelle en pente, notre fille entrevit un cœur blanc à l’arrière d’une voiture.

–        Là !

Vigoureuse marche arrière et pas une place de libre, rien que des voitures rutilantes avec un cœur blanc sur la plage arrière et des rubans sur les balais des pare-brise. Encore un tour, enfin une place dans une rue adjacente, et les dames de la maison de cavaler en talons aiguilles en soulevant la robe longue pour courir plus vite dans la montée, nous entendions déjà les grandes orgues, au loin on voyait le toit pointu de la petite église… Le mariage était terminé et les gens commençaient à sortir.

– Félicitations pour votre sermon, monsieur le Pasteur !

Nous avons pris la file, félicitant le pasteur d’un sermon que nous n’avions pas suivi, un peu rouges tout de même, puis la file des gens qui embrassaient les mariés.

–        Vous vous êtes trompés d’église, je parie, me murmura mon amie Marianne en souriant.

Un sourire complice et elle me glissa le cœur blanc et les rubans dans mon sac.

 

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