Archives de l’auteur : Nicole Giroud

Évadée de l’EHPAD au volant d’un camion de pompiers

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Véhicule de secours et assistance aux victimes

Kevin. B, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

L’histoire d’Amandine Berthet s’évadant de sa maison de retraite pour rentrer chez elle, puis réaliser enfin un de ses rêves les plus chers a semblé de la fiction à nombre de lecteurs. Parfois la réalité dépasse la fiction : fin mars une retraitée s’est évadée de sa maison de retraite au volant… d’un camion de pompiers. Elle a profité, comme Amandine dans mon roman, de ce moment propice qui ne se reproduira sans doute jamais et qu’il faut saisir.

Le samedi 27 mars, rapporte le Progrès de l’Ain, les pompiers sont appelés dans une résidence de Châtillon-sur-Chalaronne pour porter secours à un résident de l’EHPAD La Montagne. Une résidente qui n’a pas perdu tout sens de l’observation constate que dans leur précipitation les pompiers ont laissé la clé de contact. Aussitôt, alors que tout l’établissement est occupé à porter secours ou à regarder les pompiers s’activer, elle se glisse dans le camion, le met en route et se sauve.

Elle veut retourner chez elle, comme Amandine dans Par la fenêtre.

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Em, de Kim Thúy : éclats de vie et d’horreur

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Kim Thúy, l’autrice québecoise de ce court et dense roman, avait dix ans lorsqu’elle est partie du Vietnam avec sa famille dans une cale de bateau. Elle fait partie de ces centaines de milliers de boat people qui ont fui le régime communiste. Dix ans, c’est un âge suffisant pour imprimer à jamais dans sa mémoire à la fois son pays d’origine, les traumatismes de la guerre et la douleur de l’exil.

Les héros de son dernier roman, Em, sont des oubliés de l’Histoire, les enfants nés des femmes soumises au plaisir des colons français puis des soldats américains. Que sont devenus ces enfants dont on ne parle jamais ? Ils sont les héros fragmentés de ce livre qui réunit Tâm, Louis et Em Hông qui deviendra Emma-Jade.

Tâm est née des amours d’Alexandre, son père français planteur d’hévéas et de Mai, l’adolescente qui était chargée de le détruire, mais qui est tombée amoureuse de lui. Le géniteur de Louis était noir, quand à Em Hông, sa peau est très pâle.

Leur histoire à tous les trois va se croiser, se mêler à des faits historiques, comme le massacre de My Lai. De cours chapitres, des notations de personnes, des témoignages réduits à l’os et le massacre prend une violente résonance pour le lecteur.

Les paysans ne craignent pas les soldats à cause de leurs grenades et de leurs mitraillettes, ils redoutent leur imprévisibilité. Mais puisque le village est habitué aux patrouilles surprises, les voisins ont continué à prendre leur petit-déjeuner, […] et les enfants ont couru vers les soldats qui arrivaient à pied, espérant recevoir chocolats, crayons et bonbons. Personne ne s’attendait à ce qu’ils mettent le feu aux huttes en tirant avec la même allégresse sur les poules et sur les humains.

La veille, Tâm s’est couchée enfant ; le lendemain, elle se réveille sans famille. Elle est passée des rires spontanés au silence des adultes aux langues coupées. En quatre heures, ses longues tresses de gamine se sont défaites devant des crânes scalpés. (p.37 et sq)

L’horreur et la sidération des témoignages, la description du massacre et de ses atrocités en une page et demie que je n’ai pas transcrite ici. Cette violence-là, le lecteur ne peut pas s’en préserver. Continuer la lecture

Em
KimThúy
Liana Levi, mars 2021, 160 p., 15€
ISBN : 979-10-349-0380-1

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Femmes, continuez la tradition, soyez des guerrières !

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Vous trouvez que cela sonne un peu trop slogan ? Des guerrières, qu’est-ce que c’est que ces élucubrations de féministe attardée ? Tout le monde sait que les femmes attendaient sagement dans la caverne pendant que l’homme s’attaquait au mammouth pour nourrir sa petite famille, itou pour les princesses dans leur château qui languissaient de leur seigneur en écoutant un damoiseau gratter du luth.

Erreur. Monumentale erreur, comme on dit dans un célèbre film américain.

Les guerrières ont existé à toutes les époques, même les plus reculées. Les nouvelles technologies permettent d’analyser très finement les squelettes. Elles ne révèlent pas seulement le sexe, mais aussi les blessures ou maladies, la force musculaire et les habitudes de vie. Ce qui conduit certains savants à manger leur chapeau. Continuer la lecture

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La petite fille

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Petite fille s'accrochant à la jupe de sa mère

© Vivian Maier/Collection John Maloof Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York Les Douches La Galerie, Paris

Comme j’aime cette photo de la très grande photographe Vivian Maier ! Elle a été prise il y a un demi-siècle, mais elle est intemporelle. Toutes les petites filles ou presque s’accrochent à la jupe de leur mère lorsqu’elles ne se sentent pas en sécurité, qu’il y a du monde inconnu et qu’elles ont peur de perdre celle qui est leur point de repère dans la vie.

Je me souviens de ce qui avait été un drame pour ma fille. Nous étions invitées dans un endroit inconnu pour elle, il y avait des gens qu’elles ne connaissaient pas. Elle s’était éloignée un moment, ou bien moi peut-être, je ne sais plus, et puis elle m’avait cherchée. Un enfant navigue à vue de regard, et, comme la petite fille de la photo elle s’était accrochée à ma jupe, une corolle pleine de couleurs qu’elle aimait beaucoup et qu’elle pensait à nulle autre pareille. Seulement – hasard de la vie – nous étions deux à porter la même jupe achetée à des centaines de kilomètres de distance. Continuer la lecture

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Les mots de la nostalgie

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Comme le jour est gris ! Nous avançons masqués, angoissés à l’idée que peut-être nous ne retrouverons jamais notre vie d’avant. Alors la nostalgie nous saisit. Mais quelle nostalgie ? Les différentes langues expriment des notions parfois intraduisibles de ce concept, comme le mot gallois « hiraeth » qui parle de la nostalgie d’un pays que nous ne pouvons pas connaître ou qui n’existe plus.

Nous éprouvons le besoin de nous réfugier dans le pays des jours heureux, celui qui surgit de notre enfance et nous échappe, celui qui nous vient des descriptions de nos parents exilés ou d’une lecture transformée en éblouissement, ce pays où l’on n’arrive jamais, plein de mystère et d’enfance, comme dans le beau roman d’André Dhôtel. Hiraeth. Expulsez très fort votre souffle au moment du i avant d’enchaîner avec un r rocailleux suivi d’un a qui ouvre votre bouche, et termine le mot avec un è suivi de ce th qui ressemble presque à un v. Un mot empreint de rugosité et de douceur, une notion poignante et intraduisible, comme si les déchirements de la côte et de l’histoire, l’omniprésence de la mer et une certaine mélancolie fondamentale qui se noie dans les pubs permettaient d’affiner toutes les nuances de la nostalgie.

Nous sommes tous, un jour où l’autre, des déracinés de la vie, semble nous dire hiraeth. Continuer la lecture

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