Archives de catégorie : Divers

Le bonhomme de neige

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Il est un peu de guingois avec son sourire mangé par les flocons qui tombent, c’est un bonhomme de neige d’adulte qui essaie de se souvenir des gestes de ses enfants. Il y a longtemps que ces derniers se sont envolés. Contrées lointaines, vie professionnelle palpitante.

Les parents sont restés collés à leur maison et leur jardin, leurs enfants voyageurs n’ont pas fini de bouger. Et voudraient-ils d’eux dans les parages ?

La neige est tombée de nombreux hivers de suite, ou elle était absente, quelle déception. Retour des grands enfants, bonheur de recréer la fratrie, la famille, la magie de Noël. Quelques jours d’illusion avant la valse des aéroports.

Mais voilà que s’annonce un petit bonhomme, loin, très loin. Au chaud, au très chaud, celui qui exige une climatisation autrement c’est insupportable. Sa maman a peur de lui faire attraper des microbes pendant toutes ces heures d’avion, ces transferts, et la grand-mère encore plus angoissée comprend.

Le petit grandit. Il va avoir deux ans, et le virus planétaire est passé par là. Il n’a jamais vu la neige, seulement dans les beaux albums cartonnés qui lui décrivent une magie qu’il ne connaît pas. Bonhomme de neige et Père Noël se mélangent dans son esprit. Alors la grand-mère fait un bonhomme de neige, celui sur la photo, un peu maladroit, le sourire crispé : la dernière fois qu’elle a serré le petit dans ses bras il avait trois mois.

Il va être content, la neige c’est comme la crème du pâtissier, quand il viendra chez ses grands-parents il en mangera beaucoup, beaucoup.

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L’Envol du sari et les restes de l’avion indien sur le Mont-Blanc

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Le dix novembre, un sujet du journal télévisé de France 2 (à 32mn:59s) a remis la fonte du glacier des Bossons et les catastrophes aériennes indiennes sur le devant de la scène.Sari-et-Montagnes

Deux avions indiens se sont écrasé sur le Mont-Blanc au même endroit, à seize ans d’écart, leurs restes ont été pillés ou enfouis dans les séracs, dans l’éternité du chaos glaciaire. Mais le géant surplombant la vallée de Chamonix qui semblait immuable est menacé de disparition et recrache les restes que les chercheurs de trésors n’ont pas trouvés.

C’est une drôle d’histoire, un mélange de destins tragiques et de secrets, une histoire improbable et terrible dont le glacier dévoilera peut-être certaines clés, à moins que celles-ci dorment déjà dans des coffres marqués secret défense.

Tout le monde a entendu parler du Malabar Princess qui s’est écrasé sur le Mont-Blanc en novembre 1950, ne serait-ce que grâce au joli film avec Jacques Villeret. Par contre, le Kangchenjunga, le deuxième avion qui a explosé au même endroit en janvier 1966, personne n’en a entendu parler, et pas seulement à cause de son nom imprononçable qui signifie « les cinq trésors de la grande neige », c’est-à-dire les cinq plus hauts sommets de l’Inde, ou de l’absence de film à son sujet. Reprenons l’histoire.

Le trois novembre 1950, le Malabar Princess n’arrivera jamais à son escale de Genève, il vient de s’écraser avec 48 personnes à bord sur le glacier des Bossons, à côté du sommet du mont Blanc.

Ce qui se passe ensuite tient du roman policier et du film politique.

Chamonix est envahie par un mélange hétéroclite de dirigeants d’Air India, de militaires, de hauts fonctionnaires français sans compter les journalistes qui débarquent de toute l’Europe. On apprend que le Constellation ne faisait pas partie des vols de ligne habituels, qu’il avait été affrété pour transporter trente-neuf marins devant rejoindre leur bateau dans le nord de l’Angleterre. On s’interroge très vite ; que ou qui transportait-il donc en dehors de ces malheureux esclaves modernes, cet avion venu d’un pays qui n’existait pas trois ans plus tôt ?

Les rumeurs s’amplifient, les journaux parlent d’un personnage clé de l’indépendance indienne qui aurait voyagé incognito dans l’avion, de valeurs importantes qui se seraient trouvées dans la soute…

Le 24 janvier 1966, un autre avion d’Air India s’écrase à peu près au même endroit que le précédent, son épave est localisée à proximité du rocher de la Tournette, à 4’677m d’altitude, comme pour le premier avion. Il y avait 117  personnes à bord, c’est le Kangchenjunga.

Le même mauvais temps. La même compagnie aérienne, alors qu’il n’y a eu jusqu’à aujourd’hui aucun autre accident de vol commercial. Si la présence de quelqu’un d’important avait été suspectée lors du crash du Malabar Princess, elle est avérée lors du crash du Kangchenjunga. Il s’agit du professeur Bahbha, le responsable du programme nucléaire indien qui se rendait à une conférence sur le désarmement des pays non-alignés à Vienne.

Le contexte international est tendu entre les blocs de l’Est et de l’Ouest qui se font la guerre par pays interposés, c’est la Guerre Froide. L’Inde fait partie des pays du tiers monde qui refusent de choisir de choisir entre l’OTAN (l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord) et le Pacte de Varsovie, ce que le Pandit Nehru nomme le « non-alignement ».

L’Inde progresse en direction de l’arme nucléaire grâce aux travaux du professeur Bahbha, ce qui inquiète le monde : que se passerait-il si le géant indien possédait la bombe et l’utilisait contre le Pakistan ou la Chine ? La mort du professeur Bhabha  retardera longtemps le programme nucléaire indien.

L’avion a-t-il été victime d’un attentat ? Le secteur est bouclé, côté français comme côté italien, et les journalistes sont interdits, tout comme les recherches non autorisées. Pendant des années le secteur sera étroitement surveillé et les documents sont classifiés.

La gendarmerie reçoit des courriers depuis Londres à l’en-tête de la compagnie d’assurance Lloyd’s, la compagnie qui assure les biens précieux sur la planète entière. Ils font mention d’un coffret en bois rempli de pierres précieuses et promettent une récompense importante à qui les retrouvera. Cette boîte a été retrouvée par un jeune homme en 2013.

Les rumeurs d’attentat n’ont pas disparu malgré l’hypothèse la plus probable selon laquelle  l’explosion en plein vol du Kangchenjunga serait due à la collision accidentelle avec un avion de chasse italien lors de manœuvres de l’OTAN.

Les mystères ne sont pas tous éclaircis, loin de là, et cette histoire qui m’avait bouleversée et qui est à l’origine de L’Envol du sari, retrouve toute son actualité. Le reportage de France 2 montre la photo d’un couple d’Indiens retrouvée par Timothée Mottin, le gérant de la buvette des Bossons. Impossible de ne pas songer à Firoz et Rashna, les héros de L’Envol du sari. Me revoilà plongée dans cette période et dans le désarroi des familles, leur besoin de compréhension et d’apaisement, la fascination que je ne demande qu’à vous faire partager.

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Un si long silence

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Oui, d’accord, je donne dans la facilité avec ce titre plein de sous-entendus littéraires ou douloureux, selon la sensibilité du lecteur. La vérité est ailleurs, comme aurait dit Mulder : sidération du confinement, puis redécouverte du plaisir de se laisser aller aux jours qui passent, le tout suivi du travail à rebondissement autour de mon prochain roman à paraître en octobre. Le confinement a atteint tout le monde, compliqué le travail, brouillé les agendas.

Bref, j’étais occupée. Mais pas que. J’avais l’esprit embrouillé dans un dilemme dont je vais vous faire part. Si, si, il n’y a pas de raison que vous soyez toujours consommateurs, vous allez m’aider.

Vous avez remarqué que je n’écrivais pratiquement plus de critiques de romans, depuis quelques mois ? La faute aux écrivains. Ceux que j’ai rencontrés et qui sont des gens charmants, des gens fragiles, aussi. Un livre, ce n’est pas un produit formaté (à part certains spécialistes, mais je ne lis pas leurs productions), on y met son âme, et, aussi célèbre que puisse être l’écrivain, les critiques l’atteignent en plein cœur. Ce n’est pas son livre qu’on n’aime pas. C’est lui, c’est sa personne, et c’est destructeur.

Alors la critique m’est devenue difficile, impossible de me concentrer seulement sur le texte puis d’écrire les réserves que j’ai par rapport à ce récit.

Impossible, je vous dis. Je n’ai pas l’âme assez noire ni le cuir arrogant des grands critiques littéraires qui éreintent un auteur avant de manger à la même table que ce dernier lors d’une soirée.

Est-ce la raison pour laquelle très peu de textes contemporains m’ont fait vibrer, ces derniers mois ? La peur de ne pas m’enthousiasmer ? L’habitude de détecter les faiblesses ?

blog funéraireJ’ai résolu de ne lire que les auteurs défunts, histoire de ne pas les blesser, mais c’est assez expéditif comme solution. Il y a aussi les écrivains étrangers que je ne risque jamais de rencontrer, quoique, avec la mondialisation…

Si vous avez une solution, je suis preneuse. Autrement vous lirez un blog littéraire funéraire, le charme de l’éternité, mais cela pourrait manquer de vie.

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Paysage sonore de mon lieu de confinement

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Racontez la vie de votre village ou de votre ville, l’espace d’une journée, à travers ses bruits.

Il est évident qu’en ces temps de confinement, cela change beaucoup de choses ! À défaut de commerces ouverts, la vie peut se réfugier dans les sons : l’heure du merle ou celle du courrier dans la boîte aux lettres, l’heure des pleurs du bébé de la voisine ou de sa radio, etc.

À vous de jouer et de transformer les temps uniques que nous vivons en poésie.

 

L’heure

L’heure du réveil des habitants du passage de la reine de Hongrie

L’heure de l’ouverture du café de la rue du moulin de la pointe

L’heure du ramassage des poubelles de la rue du somme des Alpes

L’heure de l’ouverture de la boulangerie de la rue du roi de Sicile

L’heure de l’extinction des réverbères de la rue du pot de fer

L’heure de l’ouverture de la boucherie de la rue du faubourg du temple

L’heure du lever des enfants de la rue de la poterne des peupliers

L’heure de l’ouverture de la charcuterie de la rue du moulin des prés

L’heure de l’invasion des voitures de l’avenue de la porte d’Orléans

L’heure de l’ouverture du salon de coiffure de la rue des colonnes du trône.

Jacques Roubaud, La forme d’une ville change plus vite, hélas, que le cœur des humains, Gallimard, 1999

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Proposition numéro quatre : Je veux une vie

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Je veux une vie…

Voici le souhait de Boris Vian, mais vous, quelle vie voulez-vous ?

Commencez votre poème par « Je veux une vie » autant que vous le voudrez !

N’hésitez pas à délirer, rêver, rire ou émouvoir, selon votre humeur du moment :

Je veux une vie en forme d’arête

Sur une assiette bleue

Je veux une vie en forme de chose

Au fond d’un machin tout seul

Je veux une vie en forme de sable dans des mains

En forme de pain vert ou de cruche

En forme de savate molle

En forme de faridondaine

De ramoneur ou de lilas

De terre pleine de cailloux

De coiffeur sauvage et d’édredon fou

Je veux une vie en forme de toi

Et je l’ai, mais ça ne me suffit pas encore

Je ne suis jamais content

Boris Vian, « Je veux une vie en forme d’arête » extrait de Dernier recueil.

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