Archives de catégorie : Mot du jour

Une seconde nous sépare ???

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Dans son livre choc La civilisation du poisson rouge Bruno Patino affirme que l’attention d’un poisson rouge dans son bocal est de huit secondes, alors que celle de tous les jeunes humains habitués à scroller ou à swiper sur leur écran serait de neuf secondes.

Une seconde nous séparerait des poissons rouges ?

 

Je me permettrai quelques réserves devant les chiffres annoncés par le président d’Arte. En effet, ils ne correspondent pas aux observations que je fais depuis des années en observant les poissons rouges de mon bassin. Je vous assure qu’au moment de la saison des amours leur capacité d’attention me semble bien supérieure aux chiffres annoncés, même si je n’ai pas eu l’indécence de les chronométrer. Ils passent le reste de leur temps à rechercher de la nourriture, du soleil ou de l’ombre selon la saison – et à échapper au héron. Je ne suis pas sûre que l’apparente facilité de la vie dans un bocal d’appartement avec nourriture lyophilisée et température d’eau constante leur conviendrait.

Cela m’inspire une question importante : la capacité d’attention des poissons rouges est-elle liée à l’espace et à l’environnement dont ils disposent ? Aux dangers éventuels ? À la nécessité de trouver leur nourriture, bref à lutter ? L’absence de facilités fabrique-t-elle des poissons plus vivants, d’une certaine façon ?

Je me garderai bien d’extrapoler cette réflexion aux êtres humains, ne connaissant pas la validité scientifique des allégations de monsieur Patino.

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Mot du jour : réveil

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Entrée du musée de la résistance et de la Déportation au sein de la citadelle de Besançon.

C’est un objet devant lequel les jeunes qui se sont toujours réveillés à l’aide du smartphone campé près de leur oreille doivent passer sans s’arrêter.

Il est pourtant intéressant, ce petit réveil destiné au peuple allemand, c’est un exemple typique de la propagande visuelle nazie. L’idéologie nazie a utilisé tous les supports à sa disposition, y compris des objets aussi triviaux que celui-ci. L’image du Führer et la croix gammée sont omniprésentes sur tous les objets ou images de cette époque.

Sur un fond bucolique de campagne représentant l’Allemagne éternelle, le Führer en uniforme regarde le peuple allemand s’éveiller pendant qu’une croix gammée égrène les secondes, tic-tac, tic-tac : lève-toi, la nation a besoin de toi ! Le premier « Heil Hitler » de la journée, écrit sur le cadran, imprègne la rétine des travailleurs en même temps que l’heure.

Au début de l’été 2025, un jeune en sortie pédagogique au musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon, a fait un salut nazi face à un drapeau exposé. Je gage qu’il n’a pas vu le petit réveil dans la vitrine du musée.

Ce petit réveil qui s’est remis à faire « tic-tac » depuis quelques années dans la tête de beaucoup de monde, tic-tac, éternité du pays et chasse aux immigrés qui ont remplacé les Juifs d’autrefois comme boucs émissaires, est-il encore possible de l’arrêter ?

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À la femelle au pénis, au mâle le vagin

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penis-neotrogla_0Désir de revanche devant le débat sur le genre? Que nenni! Le pénis féminin existe bel et bien tout comme le vagin masculin chez quatre espèces d’insectes ailés cavernicoles du Brésil.

Les Neotrogla vivent dans la pénombre d’une grotte et leur accouplement dure de quarante à soixante-dix heures. Leur découverte a été relatée 17 avril 2014 dans la revue Current Biology sous le titre « Female Penis, Male Vagina, and Their Correlated Evolution in a Cave Insect ». Continuer la lecture

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Les mots de la nostalgie

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Comme le jour est gris ! Nous avançons masqués, angoissés à l’idée que peut-être nous ne retrouverons jamais notre vie d’avant. Alors la nostalgie nous saisit. Mais quelle nostalgie ? Les différentes langues expriment des notions parfois intraduisibles de ce concept, comme le mot gallois « hiraeth » qui parle de la nostalgie d’un pays que nous ne pouvons pas connaître ou qui n’existe plus.

Nous éprouvons le besoin de nous réfugier dans le pays des jours heureux, celui qui surgit de notre enfance et nous échappe, celui qui nous vient des descriptions de nos parents exilés ou d’une lecture transformée en éblouissement, ce pays où l’on n’arrive jamais, plein de mystère et d’enfance, comme dans le beau roman d’André Dhôtel. Hiraeth. Expulsez très fort votre souffle au moment du i avant d’enchaîner avec un r rocailleux suivi d’un a qui ouvre votre bouche, et termine le mot avec un è suivi de ce th qui ressemble presque à un v. Un mot empreint de rugosité et de douceur, une notion poignante et intraduisible, comme si les déchirements de la côte et de l’histoire, l’omniprésence de la mer et une certaine mélancolie fondamentale qui se noie dans les pubs permettaient d’affiner toutes les nuances de la nostalgie.

Nous sommes tous, un jour où l’autre, des déracinés de la vie, semble nous dire hiraeth. Continuer la lecture

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Les fiches de l’écrivain

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Une de mes amies a trouvé le premier chapitre de L’Envol du sari sur internet. Elle m’explique comment elle a procédé, mais cela reste nébuleux pour moi ; j’ai le sentiment que des ondes négatives m’empêchent d’atteindre le Saint Graal de la connaissance.

— Est-ce que toi aussi tu as deux boîtes avec des fiches ?

— Bien sûr que non ! La façon dont travaille Quentin, c’est un idéal que j’aimerais atteindre…

Dans ce fameux chapitre, j’explique que Quentin, mon écrivain narrateur, est un personnage ordonné, méticuleux, qui a sur son bureau deux boîtes qu’il remplit méthodiquement et vide au fur et à mesure de l’avancée de son roman, quelque chose comme les vases communicants : d’un côté la vie réelle, de l’autre la création. On imagine un beau bureau, avec un écran d’ordinateur et deux belles boîtes en bois avec les fameuses fiches massicotées pile aux dimensions de leur contenant.

été 2019 094Hélas, mon bureau semble avoir subi un vent force cinq : feuilles et bouts de papiers étalés partout, y compris sur le rebord de la fenêtre, livres étouffés par la paperasse, stylos égarés sur cette houle de papiers griffonnés, raturés, parfois soulignés de rouge.

Il n’y a pas eu de coup de vent, seulement un esprit brouillon enthousiasmé par tant de découvertes qui pourraient devenir des romans ou des chroniques sur le blog. Au  verso de vieilles photocopies, de nombreuses listes se chevauchent et cherchent le dessus des piles :

  •  Livres qu’il faut absolument lire. (soulignés, mis au marqueur jaune, le seul qui ne soit pas sec, ou au stylo rouge)

  • Sites d’écrivains ou de blogueuses qu’il faut visiter. (pas de rouge ni de jaune, sauf exception)

  • Listes de plantes pour le jardin ou de manière de simplifier celui-ci. (Le jardin ressemble à mon bureau, un fouillis végétal où je m’épuise à mettre de l’ordre).

  • Recettes de cuisine.

  • Personnages réels rencontrés dans des revues historiques, scientifiques, sociologiques, etc que je dévore depuis des années. Ils feraient de magnifiques personnages de roman, c’est sûr, un jour je me plongerai dans leur vie.

Toutes ces belles personnes qui ont hissé l’humanité au niveau du sublime, comment ne pas avoir envie de leur rendre hommage et de leur rendre la vie ? Tous ces hommes qui ont lutté contre le destin qui leur semblait imposé, qui ont montré une telle force de vie qu’admiration est un mot insuffisant pour décrire ce que l’on éprouve en découvrant leur existence ! Ils attendent tous sur mon bureau. Où une magnifique idée chasse l’autre, papillonne avant de se poser sur une masse de papiers ou une autre.

Ajoutez à cela toute une série de dossiers plus ou moins complets sur des sujets aussi variés que la magie noire ou la notion de conscience et vous aurez une idée assez exacte de l’état de mon bureau.

— Est-ce que toi aussi tu as deux boîtes avec des fiches ?

J’ai répondu trop vite : oui, j’ai une boîte de fiches derrière mon bureau, sur la bibliothèque. Une ancienne boîte de chocolat remplie de fiches en carton découpées avec une paire de ciseaux. Les grandes contiennent les citations de livres trop essentielles pour être confiées à l’ordinateur. Les petites (devant, comme sur les photos de famille) contiennent des mots rencontrés, mots inconnus, prétentieux ou savants, poétiques ou étrangers. Ces mots ne me servent à rien. Je les relis de temps à autre en rêvant de les employer, enfin, pas tous, certains se montent vraiment trop le col. Quant aux citations, c’est la même chose, j’en relis certaines, en élimine pour faire de la place. Mais c’est toujours la même qui tient la première place, une citation de Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra :

Il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante.

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