Que vivre c’est apprendre à mourir ?

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La sagesse et la liberté du choix selon Montaigne :

C’est ce qu’on dit, que le sage vit tant qu’il doit, non pas tant qu’il peut ; et que le présent que nature nous ait faict le plus favorable, et qui nous oste tout moyen de nous plaindre de nostre condition, c’est de nous avoir laissé la clef des champs. Elle n’a ordonné qu’une entrée à la vie, et cent mille yssuës.

Michel de Montaigne, Les Essais, Livre II, Chap. III

L’écrivain  ne pouvait pas savoir que 450 ans plus tard  les issues de la vie seraient barrées par le progrès médical et la puissance de la loi. C’est fini. On ne peut plus prendre la clé des champs lorsqu’on a atteint le trop grand âge, impossible de sauter la barrière et de rejoindre les espaces inconnus d’où personne n’est revenu. Quelqu’un doit le faire à notre place, décider d’une sédation massive ou nous laisser agoniser dans l’angoisse la plus profonde.

Puissance et solitude du corps médical.

En ce moment, l’affaire Humbert et l’acquittement du docteur Bonnemaison occupent l’espace médiatique. Nous sommes tous concernés par le problème de la fin de la vie : cancers, accidents de la route, AVC, extrême vieillesse, le panorama est sinistre. Autrefois on mourait plus vite, regretté de tous. Maintenant les enfants eux-mêmes au bord de la vieillesse naviguent entre soulagement et culpabilité lorsque le très grand âge de leurs ascendants s’arrête enfin.

Le sage vit tant qu’il doit, non pas tant qu’il peut, écrit Montaigne. Ce n’est plus vrai depuis longtemps et cela provoque de terribles déchirements dans les familles. Quant au corps médical, il doit se sentir parfois bien seul malgré tous les garde-fous mis en place par la loi.

L’acquittement du docteur Bonnemaison par un jury populaire est le signe de cette angoisse que nous éprouvons tous et abolit les problèmes moraux pour les remplacer par une réaction émotionnelle. On simplifie terriblement quand l’émotion prend la place de la réflexion.

Les parents qui refusent de voir partir leur fils, la femme qui veut se retrouver du côté de la vie et tourner la page, les uns et les autres qui se targuent de savoir ce qu’il voudrait, celui qui repose intubé sur le lit d’hôpital, c’est une situation que nous pourrions tous connaître. Je me souviens de mon père qui me montrait le fusil (il était chasseur) sur son râtelier : Tu vois, lorsque je sentirai que mes moyens diminueront, je mettrai une balle. Mais lorsqu’il est devenu aveugle et atrocement diminué il s’est accroché à la vie comme les animaux qu’il chassait autrefois.

Chacun doit opérer sa propre réflexion en sachant que c’est très différent de disserter de la mort lorsqu’on est bien portant que lorsque la camarde s’approche inexorablement.

 

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2 réflexions au sujet de « Que vivre c’est apprendre à mourir ? »

  1. Eric

    C’est un sujet sensible, pertinent. Je vous rejoins dans l’expression réflexive de votre dernière phrase.
    Marie de Hennezel de par son expérience auprès des personnes en fin de vie, de ses connaissances, a écrit plusieurs ouvrages sur le thème du vieillissement et de la fin de vie. Je l’ai connu au travers du livre « La chaleur du cœur empêche nos corps de rouiller » . Voici un lien vers son site internet http://www.toslog.com/mariedehennezel

    1. Nicole Auteur de l’article

      Merci Eric. Au sujet de Marie de Hennezel, je connais une jeune femme médecin spécialisée dans les soins palliatifs. Elle trouve que Marie de Hennezel est trop optimiste: les familles ne se réconcilient pas toutes, loin de là, devant la mort d’un proche, elle en fait souvent l’expérience. Cependant la seule façon d’avancer est dans la générosité et la foi dans l’homme, merci pour le lien.

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