Tragédies aériennes et traitement des victimes

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Sur les lieux du crash de l’A320. Photo AFP. Site Le Dauphiné.

Pendant une semaine les images ont tourné en boucle, toujours la même photo du jeune copilote souriant de l’Airbus A320 qui a entraîné avec lui 150 personnes dans la mort le 24 mars 2015. Maintenant que l’enquête avance et que l’on connaît avec certitude les causes de cette catastrophe, on en est à l’évacuation des débris, à celle des corps également. Un très grand respect des victimes et des familles, une humanité empathique, que ce soient les sauveteurs, pompiers, policiers, professionnels de la montagne ou population locale.

Je ne peux m’empêcher de comparer cette gestion exemplaire de la catastrophe avec la façon dont ont été traitées les victimes des deux seules catastrophes aériennes civiles au-dessus du Mont-Blanc.

C’était en 1950 et 1966, et chaque fois des avions d’Air India. Il y a des images pour le premier avion, le Malabar Princess, mais pour le deuxième, le Kangchenjunga, elles sont beaucoup plus impressionnantes. Les archives de l‘INA  (hélas, impossible de supprimer la publicité qui précède, soyez patients cela en vaut la peine) montrent les mêmes débris éparpillés sur le glacier des Bossons, à côté du sommet du Mont-Blanc. La même impression d’émiettement, de violence, d’effroi. Les images ont presque cinquante ans, rien à voir avec les images en couleur très nettes que nous avons vues à satiété. Rien à voir non plus avec la façon dont ont été traitées à l’époque les victimes du crash.

Que ce soit pour le Malabar Princess ou le Kangchenjunga on a procédé à l’époque d’une façon particulièrement indigne avec les victimes.

Les corps ont été jetés dans les crevasses du glacier, glacier des Bossons côté français et glacier du Miage côté italien. 48 personnes à bord d’un Constellation le trois novembre 1950, certaines carbonisées sur leur siège ; 117 personnes à bord du Boeing 707-437 qui s’est pulvérisé contre la montagne le 24 janvier 1966. Seulement sept corps intacts, dont certains, non réclamés, ont été remis dans un hélicoptère et jetés sur le glacier.

Contrairement à l’avion qui nous bouleverse tous, on n’a jamais su exactement ce qui était arrivé. Dans les deux cas on a chargé le pilote pourtant expérimenté (le deuxième avait même été chargé du transport du pape Jean-Paul II). Dans le premier avion qui n’était pas un vol régulier et transportait théoriquement uniquement des marins illettrés, on a suspecté l’incertitude des instruments d’altitude de l’époque. Pourtant la gestion surprenante de cette catastrophe, les objets inattendus que les sauveteurs qui ont bravé l’interdiction de monter sur les lieux ont trouvés, le battage médiatique et le mystère qui ont entourés cette catastrophe hantent encore la vallée de Chamonix. Quant au deuxième avion il transportait le père de la bombe atomique indienne, le professeur Homi J. Bhabba. Explosé en plein vol. Des débris qui ressemblent à ceux de l’Airbus 320… et des archives tenues secrètes pour des décennies.

Le Kangchenjunga recèle tant de mystères que j’en parlerai plus tard sur mon blog puisqu’il est le sujet du roman dont je poursuis actuellement la réécriture.

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