Un trésor retrouvé sur le Massif du Mont Blanc ?

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Un jeune homme vient de retrouver une boîte contenant des pierres précieuses dans le massif du Mont Blanc. Il y a de fortes chances pour que ce soit le colis plein d’émeraudes de la taille d’une boîte de cigares qui se trouvait à bord du Kanchenjunga, le deuxième avion indien écrasé sur le Mont Blanc en janvier 1966. Le premier, le Malabar Princess, qui s’est écrasé seize ans plus tôt au même endroit est plus connu grâce au film du même nom avec Jacques Villeret.

Le colis qui s’est promené pendant plus de cinquante ans dans les glaces portait l’adresse d’un certain Isaacharov à Londres mais il ne reste sans doute plus d’adresse sur la boîte. Les autorités pourront sans doute trouver qui sont les propriétaires grâce à la Lloyd’s qui était la compagnie d’assurance des joyaux à l’époque.

Si cette histoire vous intéresse, lisez le livre de la journaliste  Françoise Rey, Crash au
Mont-­­Blanc
, paru chez Glénat en mars 1996. Si vous avez un peu de patience, attendez le livre que je suis en train d’écrire sur le sujet. Cela fait des mois que les situations extraordinairement romanesques entourant les deux seuls crashs d’avions civils de l’Histoire sur le Mont Blanc, tous deux Indiens, à trois cents mètres de distance et seize ans d’intervalle, alimentent mon imaginaire et mon travail.
Tant d’éléments troublants, de personnages importants ou bouleversants, la présence du père de la bombe atomique indienne dans l’avion, les passions que cela a suscité dans la région de Chamonix, etc… Je ne vais pas vous en dire plus, cela prendrait trop de place.

Et voilà, comme un signe du destin, qu’un jeune homme vient de retrouver les joyaux que tant de gens cherchent depuis un demi siècle!

La suite de mon travail s’en trouvera forcément influencée.

 

 

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De la philosophie comme amuse-bouche

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Ce livre est une commande, histoire de surfer sur le succès de la vague d’amuse bouche philosophiques. L’idée de départ est intéressante : restituer l’étrangeté du monde une fois les automatismes évacués. Pour cela, autant d’expériences incongrues, inquiétantes ou simplement dérangeantes pour retrouver l’étonnement du monde et peut-être progresser dans la connaissance de soi-même.

Je trouve le titre un peu aguicheur, ces expériences étant pour la plupart d’entre elles de pures vues de l’esprit. Progresser, vraiment ? Je ne suis pas sûre que l’étrangeté de notre façon d’être au monde, les protections automatiques de notre moi fragile gagnent à cette série de jeux plutôt superficiels.

Un livre pour les vacances, aimable divertissement dans le meilleur des cas, les vacances sont terminées, oubliez-le ou passez au suivant, je crois que la série est loin de se tarir…

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Les braves gens ne courent pas les rues chez Flannery O’Connor

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Le Sud des Etats Unis des années 30 et le racisme, la religion, les petits blancs, les noirs nonchalants: les nouvelles de Flannery O’connor se lisent comme du Faulkner à la sauce féminine, la même violence mais du poison dans le potage plutôt que coup de poing dans l’estomac.

Le titre anglais extrait d’une phrase de la première nouvelle du recueil me parle plus : « A good man is hard to find ». Un homme bon est dur à trouver. Manifestement, durant sa courte vie, Flannery O’Connor a échoué dans sa recherche. Elle aurait pu ajouter « A good woman and a good child too » parce que les femmes et les enfants ne suscitent pas plus d’indulgence. Dans ses nouvelles elle projette son jus acide sur tous les âges et les sexes avec une égale jubilation : pas de quartier pour l’humanité.

Quant aux rapports entre mère et fille, c’est du concentré : dans Braves gens de la campagne, la fille unijambiste obligée de vivre à la ferme de sa mère (comme Flannery après la découverte de sa maladie), ne brille pas par ses sentiments filiaux :

« Son vrai prénom était Joy, mais, dès qu’elle était devenue majeure et avait quitté la maison, elle l’avait fait changer légalement. Mrs Hopewell était certaine qu’elle s’était creusé la tête nuit et jour jusqu’à ce qu’elle découvre le nom le plus laid de toutes les langues. Alors elle avait abandonné le joli nom de Joy, sans en prévenir sa mère : son prénom officiel était maintenant Hulga.

Ce nom évoquait dans l’esprit de Mrs Hopewell quelque hideux cétacé des mers glaciales. Elle se refusait à le prononcer. Elle continuait de l’appeler Joy et l’autre répondait, mais par pur automatisme. »

Les enfants, même très jeunes, se montrent arrogants ou malfaisants, comme dans Un cercle de feu ils ne provoquent aucune tendresse mais au mieux de l’irritation, au pire un malaise et de la peur.

La plupart des titres sont férocement ironiques, voire antithétiques : Les braves gens ne courent pas les rues met en scène un féroce assassin évadé de prison, Un heureux événement nous parle de la grossesse d’une femme qui refuse de toutes ses forces l’idée même d’enfanter, Les temples du Saint-Esprit deux adolescentes à la bêtise confondante, Braves gens de la campagne un jeune pervers déguisé en vendeur de bibles naïf, etc.

Tout n’est que conflit sournois, bavardages imbéciles de dames patronnesses où se distillent ennui, vacuité, cruauté, crimes épouvantables. Et on rit ! On rit ! Ce jeu de massacre est un véritable concentré de vie et de vacherie, un shaker où miss O’Connor a savamment dosé les ingrédients, un mélange d’horreurs et d’observations. Nous sommes dans l’Amérique raciste des petits blancs où la différence de ceux-ci avec les ouvriers agricoles noirs qui ne sont plus esclaves est ténue. Une affaire de degré, mais vitale. Et chacun essaie de rouler celui qui lui est immédiatement supérieur, quitte à fomenter des alliances allant jusqu’au crime le plus atroce, comme dans La personne déplacée, lorsqu’on sent une menace sur sa sécurité.

Flannery O’Connor : encore une écrivaine du Sud des Etats-Unis, décédée à moins de quarante ans en 1964 d’un lupus érythémateux, comme son père. Une vie brisée par la maladie, avec la connaissance intime de l’inéluctable ; à l’annonce de la nouvelle, l’écrivain prometteur et fêté revient vers sa mère et ne quittera plus la ferme familiale, fascinée par la beauté de ses paons magnifiques.

La douleur rend meilleur, dit-on. A moins qu’elle n’exacerbe les dons d’observation de celui que la souffrance contraint à l’inaction. Contrairement à Carson Mc Cullers, pas de musique des mots ni d’empathie pour l’humanité mais de l’acide, du concentré qui dissout les apparences et sculpte une humanité peu reluisante : lâche, bête, cruelle.

Et si drôle. Si férocement drôle.

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Le rêve de Victor Hugo et celui des enseignants

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Maintenant que tout le monde est rentré, qu’enseignants et élèves ont surmonté leurs appréhensions respectives, voici un petit extrait des Contemplations de Victor Hugo. Cela date de 1856, autant dire de la préhistoire de l’éducation, un temps si éloigné qu’on a peine à comprendre de quoi parle le grand poète :

 

« Un jour, quand l’homme sera sage,
Lorsqu’on n’instruira plus les oiseaux par la cage,
Quand les sociétés difformes sentiront
Dans l’enfant mieux compris se redresser leur front,
Que, des libres essors ayant sondé les règles,
On connaîtra la loi de croissance des aigles,
Et que le plein midi rayonnera pour tous,
Savoir étant sublime, apprendre sera doux. »

 

Le grand Victor nous parle d’un temps où les élèves s’ennuyaient en silence et souffraient de la férule imbécile de maîtres ignorants appelés « maîtres » ou « professeurs ». Il rêvait d’un enfant libéré de la contrainte apprenant avec bonheur. « Savoir étant sublime, apprendre sera doux »

Cher Victor, si vous assistiez à certains cours de ceux qui sont devenus des « enseignants »,  peut-être modifieriez-vous votre poème de cette façon:

Un jour, l’enseignant partira à l’abordage
De ces caboches sauvages
Au portable allumé, il  fera barrage
A l’orthographe défaillante et à la procrastination
Il refusera de participer au naufrage de l’éducation
Tant que les élèves estimeront  être des aigles
Et refuseront d’apprendre et d’exercer les règles,
L’enseignant appellera la poubelle à la rescousse
Et virera les portables des trousses
Que les enfants et les parents ne se courroucent
Des fautes soulignées et du silence imposé
Et laissent l’enseignant enseigner
Sans l’avocat immédiatement désigner.
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La ballade du café triste, musique obsédante

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Voilà la saison de la rentrée littéraire, comme le Beaujolais nouveau ou la saison du blanc, et une obscure lassitude me saisit devant la quête toujours recommencée du roman qu’il ne faut surtout pas rater avant qu’il ait obtenu un prix. Je me suis tournée vers deux auteures du Sud des Etats-Unis, mortes toutes les deux depuis belle lurette.

Commençons par Carson Mc Cullers, morte à cinquante ans en 1967, avec une vie à la Gatsby, pleine d’alcool et de jalousies d’écrivains, de fuites éperdues et d’amours tristes.

La ballade du café triste, comment peut-on trouver un titre si beau ? Est-il dû à Michel Tournier ? Quand un grand écrivain français traduit un grand écrivain américain cela fait penser à Baudelaire traduisant Poe, une re-création d’une beauté envoûtante dont on ne sait à qui appartiennent la séduction et la mélancolie.

Je n’ai pas voulu commencer par la préface de Michel Tournier, pourtant je me doutais qu’elle fournirait un éclairage bouleversant et multiple, chasserait les ombres et dissiperait les ambiguïtés ; je me suis jetée dans ce texte dans l’éblouissement du début de la première nouvelle qui donne son titre au recueil :

« La ville même est désolée ; il n’y a guère que la filature, des maisons de deux pièces pour les ouvriers, quelques pêchers, une église avec deux vitraux de couleur, et une grand-rue misérable qui n’a que cent yards de long. Les fermiers des environs s’y retrouvent chaque samedi pour parler affaires. Le reste du temps, la ville est triste, solitaire, un endroit loin de tout, en marge du monde ».

Une ballade comme celle des bardes saxons qui chantaient les combats des guerriers avec la préparation de la bataille, le combat et ses suites.

Dans ce lieu de nulle part, miss Amélia va combattre son ex-mari, combat homérique, cosmique, à la mesure de la poésie du texte. Trahison, défaite, destruction : nous sommes en pleine tragédie amoureuse alors que nous croyions assister à un match de catch avec grimaces feintes et exagérations.

Les sept nouvelles de ce recueil parlent de douleur, de déception ou de peur de décevoir. L’enfant prodige de Wunderkind a grandi, et, atteint l’adolescence, a perdu sa magie. Comme Carson Mc Cullers, pour qui sa mère avait vendu un bien de famille pour qu’elle puisse payer son inscription à la Julliard School : comment assumer la déception, après tant d’attentes ?

Carson se mettra à l’écriture, mais la musique continuera de hanter son écriture, mélodies entêtantes, fluides ou staccato, dissonances et soupirs.

L’amour ne rend pas heureux dans ses nouvelles, il apporte incompréhension, solitude dans le couple, alcool, regrets, affabulations.

L’amour n’est pas une sonate facile dans les nouvelles de Carson Mc Cullers, mais gageons que vous n’oublierez pas de sitôt cette incroyable musique transcendée par la traduction de Jacques Tournier.

 

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