Quel livre magnifique ! Je l’ai commencé ce matin très tôt, le corps douloureux et l’âme pleine de bleus ; je l’ai terminé tout à l’heure, apaisée, une lumière dans cette grise journée, et je ne peux m’empêcher de vous faire partager mon enthousiasme et mon émotion.
Őr est le dernier roman de l’Islandaise Auđur Ólafsdóttir paru aux éditions Zulma, un texte bouleversant de finesse et de poésie, d’humanité et de générosité, d’humour et de tendresse humaine. Précipitez-vous sur ce très beau roman sans attendre, la chaleur de ce texte venu du grand Nord vous réconfortera plus que n’importe quelle saga exotique.
Note de l’auteur p.237 :
Le mot islandais Őr signifie « cicatrices ». Il n’est ni féminin ni masculin, mais d’un troisième genre qu’on appelle neutre. Őr est identique au singulier et au pluriel : une ou plusieurs cicatrices. Le héros de Őr, Jónas Ebeneser, en a sept, chiffre assez proche de la moyenne. Őr dit que nous avons regardé dans les yeux, affronté la bête sauvage, et survécu.
Auður Ava Ólafsdóttir
traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson
Zulma, octobre 2017, 242 p., 12,99 €
ISBN : 9782843048067

Voici un extrait de la quatrième de couverture qui est plutôt un résumé de Point cardinal, le dernier roman de Léonor de Récondo.
Dans ce court texte que l’on ne peut vraiment pas qualifier de roman, ni par sa longueur ni par son sujet, Eric Vuillard choisit quelques moments clés de la marche à la guerre. Certains sont connus, comme la réunion du 20 février 1933, où les plus puissants patrons allemands (Krupp, Opel, Siemens etc), acceptent de financer la campagne du parti nazi pour les législatives, ou l’entrevue entre Adolf Hitler et le chancelier autrichien Kurt von Schuschnigg le 12 février. Même grossièreté, même méthodes d’intimidation, et Hitler n’est chancelier que depuis quelques semaines !
Cette maison d’édition au travail si soigné, logo épuré, blancheur resplendissante de la couverture, et ces lettres qui semblent tapées à la machine, aucune majuscule, ni dans le nom de l’auteur, ni dans le titre, cette maison qui doit encore employer de vrais correcteurs tant le texte est parfait, les éditions verticales donc ont publié le roman de Arno Bertina des châteaux qui brûlent en 2017. Cette minuscule dans le titre colle au sujet du livre, à la vie des gens qui vont se croiser, s’interpeller, raconter leur vie dans ce roman social choral, des vies minuscules dans le monde de l’abattoir, mais loin du style de Pierre Michon.
C’est une photo heureuse, elle date de l’été passé, exactement durant les quelques jours où la souffrance s’est apaisée. Bientôt elle va se ruer par vagues sur tout le corps, me laisser pantelante, désespérée devant la force de ce qui ne peut s’oublier, de ce qui mange tout le reste. La douleur.