Femmes, continuez la tradition, soyez des guerrières !

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Vous trouvez que cela sonne un peu trop slogan ? Des guerrières, qu’est-ce que c’est que ces élucubrations de féministe attardée ? Tout le monde sait que les femmes attendaient sagement dans la caverne pendant que l’homme s’attaquait au mammouth pour nourrir sa petite famille, itou pour les princesses dans leur château qui languissaient de leur seigneur en écoutant un damoiseau gratter du luth.

Erreur. Monumentale erreur, comme on dit dans un célèbre film américain.

Les guerrières ont existé à toutes les époques, même les plus reculées. Les nouvelles technologies permettent d’analyser très finement les squelettes. Elles ne révèlent pas seulement le sexe, mais aussi les blessures ou maladies, la force musculaire et les habitudes de vie. Ce qui conduit certains savants à manger leur chapeau.

Les paléontologues estiment désormais que 30 à 50 % des femmes préhistoriques participaient à la chasse, plus même : les artistes des grottes ornées étaient loin de tous posséder les attributs du sexe dit fort.

Dans l’antiquité, aux environs de 1760 av. J-C, une reine des Amazones nubiennes, Eurypyle, a mené des expéditions contre Ninive et Babylone. D’autres exemples existent, comme la reine grecque Artémise 1ère qui a participé à la seconde guerre médique, ou Boadicée, la reine d’un peuple britannique, les Icéni, qui a lutté contre l’invasion romaine.

De la Volga à l’Oural on a retrouvé une centaine de sépultures guerrières féminines scythes et sarmates (Ve siècle avant notre ère).

Les Vikings terreurs des mers avaient fière allure à bord de leurs drakkhars, et lorsqu’ils mouraient au combat on les enterrait avec leurs armes. Lorsqu’on découvrit une tombe viking du Xe siècle d’un chef viking important et que l’archéologue Charlotte Heden Stierna-Jonson osa faire la supposition qu’il s’agissait d’une femme, tous ses collègues ont gloussé. Malheureusement la science a parlé : les lances, épées avec leurs flèches, les deux boucliers, la hache, le couteau, le poignard et le carquois appartenaient à une guerrière. Tout comme les deux chevaux avec leur harnachement. Cette magnifique tombe suédoise était celle d’une femme ! Consternation, les archéologues du Nord de l’Europe se montrant aussi sexistes que les autres. En plus la guerrière ne se contentait sans doute pas de se battre et de commander, elle devait réfléchir également. Un jeu d’échec figurait dans sa tombe. Depuis, les collègues de Charlotte ont dû admettre que les femmes commandant une flotte viking ne relevaient pas seulement des légendes.

L’histoire se termine comme en beaucoup d’endroits de la planète quand la religion prend du pouvoir. La christianisation de la Scandinavie au XIe siècle a renvoyé les femmes dans leurs foyers. La guerrière de Birka a dû se retourner dans sa tombe…

Oui mais, dans nos contrées plus tranquilles ? Tout d’abord au Moyen-Âge, il n’y avait pas de contrées tranquilles, et les dames ne passaient pas leur vie à faire de la tapisserie. Madeleine de Saint Nectaire, la châtelaine de Miremont, par exemple. Elle se retrouve veuve fort jeune (ce qui l’a peut-être aidée, je le concède). Un vilain sire des environs lui prend son château ? En 1574 elle mène une compagnie de cavalerie qu’elle a recruté à la bataille et récupère son bien. Il ne faut pas trop chatouiller les jeunes veuves, le vilain sire qu’elle a occis elle-même en a fait l’expérience.

Cliché Wikipédia

On pourrait multiplier les exemples de ces « dames » qui ont défendu leurs terres et leurs serfs les armes à la main, comme la dame de Saint-Baslemont en Lorraine pendant la Guerre de Trente ans (1618-1638).

Rien que de la noblesse, allez-vous me dire, le style « Touche pas à mon château et à mes terres ». Pas du tout ! L’historienne Sylvie Steinberg de l’université de Rouen a retrouvé dans les archives la trace de 44 femmes enrôlées dans les troupes aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les citoyennes ont voulu se battre avec les révolutionnaires, elles se sont retrouvées sous l’uniforme de canonnier, de grenadier ou de fusilier. Las, cela a fait long feu : un décret du 30 avril 1793 les limite au rôle de lavandières ou de cantinières.

Et à l’extérieur de l’Europe, les femmes ont-elles combattu ? Bien sûr, pourquoi voudriez-vous qu’il en fût autrement ?

Au Pérou, on a découvert la tombe d’une jeune femme inhumée avec des armes de chasse il y a 9 ooo ans. Il semblerait que la chasse féminine soit répandue sur tout le continent américain.

Cliché Wikipédia

Au Japon les Onna-Bugeisha, les femmes combattantes de la haute-société japonaise, étaient nombreuses durant la période du shogunat de Kamakura (1185-1331). Formées au maniement du poignard (kaiken) et de la faux de guerre (naginata), elles protégeaient leur maison pendant les périodes de conflit, comme les châtelaines européennes. À partir de la période Edo (1600-1868), sous l’influence de la pensée néo-confucéenne, elles ont été renvoyées à leurs casseroles. Je ne saurai trop vous recommander d’aller sur ce site où vous découvrirez des photos surprenantes de ces femmes guerrières.

En Afrique, lors de la conquête du puissant royaume du Dahomey, les troupes du général Alfred Dodds se sont heurtées aux bataillons féminins du roi Behanzin. Cette armée de guerrières, les « Minos » (« nos mères » en langage fon), formaient un corps d’élite quasi sacré. Il a été dissout quand le protectorat français a été imposé en 1894.

Une femme soldat du Dahomey dessinée par Frederick Forbes in 1851. © Wikipedia Commons

Je vais arrêter là mon énumération de guerrières de tous les temps et de tous les continents. Les femmes défendent depuis toujours leur territoire et les familles qui sont sous leur responsabilité, et elles peuvent aussi faire preuve d’esprit de conquête. Il nous reste à nous, à vous, femmes du XXIe siècle, à montrer autant de combativité que ces femmes courageuses qui ne connaissaient pas les mots « passivité » ou « découragement ».

Je goûte moyennement la journée de la femme qui succède à la journée des grand-mères en attendant je ne sais quelle invention destinée à nous faire oublier tous les combats à mener. Ce doit être tous les jours « les progrès de la femme » ou « les victoires de la femme », petits progrès, petites victoires et grandes dénonciations.

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4 réflexions sur « Femmes, continuez la tradition, soyez des guerrières ! »

  1. alainx

    Chère Madame,
    C’est bien volontiers que je vous communique les chiffres en question :
    nombre de filles mineures mises en cause dans les procédures : augmentation de 6,8 % chaque année (étude sur cinq ans)
    nombre d’agressions constatées dont l’origine est définie : de 4200 cas à 7500 sur un an
    vol à l’étalage par des filles mineures : plus 9,1 % en cinq ans.
    Vols violents par des filles contre des femmes. Plus 6,3 % en cinq ans
    violences physiques non crapuleuses : toujours par des jeunes filles mineures : plus 3 %.
    Etc. la liste est relativement longue.
    (Source : Rapport de ONDRP observatoire nationale de la délinquance et des réponses pénales).

    Par ailleurs, vous avez totalement raison, les filles sont moins incarcérées, c’est un choix de politique pénale du gouvernement. Une manière de masquer la hausse de la délinquance chez les filles mineures, ça ne plaît beaucoup pas dans les chaumières.

    Quand aux soldat(e)s, c’est évidemment de la délinquance autorisée par l’État qui délivre un permis de tuer qui l’on veut comme on veut. Il n’y a donc ni sanction ni incarcération, sauf crime de guerre ou contre l’humanité, ce qui demande 20 à 30 ans de procès préalablement… Quand il y a des poursuites…
    Alors je ne prendrai pas la défense« des guerrières »ni d’ailleurs des guerriers.

    1. Yannick

      Monsieur,
      Auriez-vous l’amabilité de me fournir la référence du rapport de l’ONDRP faisant état de ces chiffres ? En effet, ma seule information reste La note (46) émise par le même organisme en juin 2020 qui ne distingue quasiment pas les mineures femmes des mineurs hommes.
      En ce qui concerne la clémence de la justice envers les femmes, il semble que la réponse soit un peu plus compliquée. Le bulletin d’information statistique du ministère de la justice : Infostat Justice No 149 mars 2017 développe et appuie en grande partie l’article , Un traitement judiciaire différent entre hommes et femmes délinquants Faustine Büsch, Odile Timbart. Insee-Référence « Femmes et Hommes l’égalité en question », mars 2016.
      Article dont voici un extrait : «Ce traitement judiciaire différencié, en apparence plus clément envers les femmes, repose en partie sur trois facteurs appréhendables statistiquement : la nature des infractions commises, la complexité de l’affaire (approchée par le nombre d’infractions) et le passé délinquant de l’auteur de l’infraction. En effet, la délinquance féminine est dans l’ensemble différente et moins violente que celle des hommes. Les femmes sont condamnées pour des affaires moins complexes et ont surtout deux fois moins souvent d’antécédent judiciaire. »
      Cela étant, je ne pense pas que les femmes soient des anges, mais plus simplement que l’éducation est, en grande partie, la raison de ces écarts. Réf Le coût de la virilité de Lucile Peytavin.
      Nicole, il est bien entendu que vous pouvez supprimer mes commentaires qui alourdissent votre excellent article et qui n’ont aucun rapport avec lui. Cordialement.

  2. alainx

    Il n’y a pas de problème… elles continuent…
    la tradition est largement assurée.
    les filles de 13 ans dans nombre pays dits civilisés sont de plus en plus armées jusqu’aux dents pour trucider le chaland…
    Récemment à Béziers trois femmes ont roué de coups une jeune fille qui passait par là…
    l’avenir est assuré ! Vive les femmes belliqueuses et agressives !

    Et pour les grands-mères, il y a toujours calamity-Jane !

    1. Yannick

      Bonjour Monsieur,
      Avez-vous des chiffres à nous fournir concernant la montée de la délinquance féminine ou est-ce seulement votre ressenti (ou votre réaction face à un fait-divers) ? Les femmes représentaient 3,3 % de la population carcérale en France en janvier 2021. Depuis 1980, ce chiffre n’est jamais allé au-delà de 4,5 %. Etant entendu que les femmes représentent environ 51% de la population française, vous concevrez que nous sommes loin de la parité. De plus, l’article de Nicole nous parle de guerrières donc, de femmes d’armée, faites-vous le même parallèle lorsque vous lisez un article sur des soldats; les comparez-vous aux délinquants ?

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