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Sourires de loup, Zadie Smith déchiquète la société anglaise

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Sourires de loupVoici un pavé jeté dans la mare de la littérature anglaise en 2001 par une jeune auteure de vingt-cinq ans, de père jamaïcain et de mère anglaise, dont c’était le premier roman.

Pavé au sens propre, parce qu’il fait voler en éclat le mythe de l’intégration, et pavé littéraire de plus de 550 pages qui manie l’humour anglais, le parler jamaïcain, l’argot londonien, les lamentations anglo-indiennes et le snobisme bourgeois : un véritable défi pour le traducteur Claude Demanuelli !

Dans cette saga multiethnique très dense, pleine d’humour et d’émotion, de finesse et de cruauté, on suit deux familles liées par l’amitié indéfectible entre l’Anglais Archi Jones et le Bangladais Samad Iqbal qui se sont rencontrés pendant la seconde guerre mondiale et qui sont liés par un pacte de sang. Trente ans après la fin de la guerre, ils se retrouvent à Willesden, près de Londres, et on suit leur évolution et celle de leur famille respectives pendant presque la même durée.

Ce roman-fleuve s’inscrit dans un contexte historique précis, quand l’Angleterre peine à intégrer harmonieusement tous les peuples de son ancien empire et à admettre son déclin. Zadie Smith a réussi pour son premier roman une fresque d’une surprenante maturité et d’une densité étonnante. Chacun des personnages – et ils sont nombreux – possède une véritable identité : pas de silhouettes hâtivement bâclées, mais des vraies personnes, attachantes ou inquiétantes, solidement arrimées à l’histoire. Lire la suite

Sourires de loup
Zadie Smith
trad. de l’anglais par Claude Demanuelli
Gallimard, juillet 2001, 544 p., 23,30€
ISBN : 2-07-075806-0

La foire aux enfants de Barcelonnette

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Je ne suis pas généalogiste, mais je lis avec plaisir les Rameaux (le bulletin d’information du Centre Généalogique de Savoie) qui est une mine de faits et de collections de Vies minuscules que n’aurait pas renié l’écrivain Pierre Michon, des vies qui rejoignent souvent l’Histoire avec une H majuscule.

Dans les Rameaux d’octobre (n° 84), la responsable de l’antenne du Chablais, Annie Teuma, raconte l’histoire de son aïeul qui a quitté sa famille piémontaise lorsqu’il était enfant. Au passage (p. 29), elle cite un extrait du livre de Romain Rainero, Les Piémontais en Provence :

… le problème des mineurs piémontais dans l’émigration vers la France […] ne débute pas avec la véritable émigration de masse. Il prend ses racines dans une très ancienne habitude de « louage » des enfants qui, lors des migrations saisonnières classiques, caractérisait cette forme d’expatriation enfantine. Ici, nous ne parlons pas de jeunes gens, mais bien d’enfants dont l’âge est compris entre 5 et 13 ans. La foire de Prazzo, en Italie, et Barcelonnette, en Haute-Provence, étaient les centres de cette pratique de « louage ». En temps normal, une véritable « foire aux enfants à louer » s’y tenait, peu avant Pâques, autour du 20 avril.

Les enfants arrivaient de toutes les régions du Piémont et par tous les moyens, mais le plus souvent à pied à travers les montagnes italiennes, par familles entières. Une fois arrivés, les parents les cédaient pour plusieurs mois – jamais moins de six – aux éleveurs ou autres. Leurs services étaient rémunérés pour une somme donnée aux parents et qui pouvait osciller de 80 à 100 francs. […]

PiémontaisDans un autre texte,  Romain Ronairo donne la source de son travail, à savoir une enquête  effectuée par des experts mandatés en 1877 par le sénat italien pour connaître les conditions de vie des paysans italiens dans leur ensemble. Celle-ci a duré pendant plusieurs années et dresse un tableau précis de la vie rurale ; l’auteur a utilisé ce qui concernait la ruralité piémontaise, deux volumes tout de même… Lire la suite