Archives par étiquette : Pauvreté

Quand la prison remplace la maison de retraite au Japon

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La publicité allemande mettant en scène un vieil homme qui ne trouve que l’idée d’annoncer sa mort pour réunir sa famille était une fiction qui vous a beaucoup émus, amis lecteurs… Angoisse de ce qui pourrait vous arriver un jour ? Peur de la solitude ?

C’était de la fiction, mais Edmée de Xhavée parle dans son commentaire d’un vieillard (belge sans doute, car l’euthanasie n’est pas légale en France) qui avait décidé de se faire euthanasier. Et devant le bonheur de revoir ses enfants qui avaient choisi de l’accompagner dans ce moment définitif, il avait repris goût à la vie et renoncé à son projet.

photo Shiho Fukada

photo Shiho Fukada

De manière moins dramatique peut-être, mais infiniment douloureuse et inquiétante, j’aimerais évoquer ce véritable phénomène de société au Japon, à savoir l’explosion du nombre de personnes âgées en prison depuis une dizaine d’années. Continuer la lecture

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Le travailleur qui mendie

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VM 11

Il est d’une maigreur extrême, il baisse les yeux. Il ne vit pas dans la rue : sa veste est très propre, sa casquette aussi. Rien de déchiré, d’abîmé. Il est sans doute marié, sa tenue trahit les soins d’une femme qui tient à sa dignité.

Son teint hâlé de travailleur en plein air, les muscles crispés de sa mâchoire, tout indique que jamais il n’aurait dû se retrouver là, à tendre sa misérable et dérisoire sébile de carton posée sur sa canne blanche. Canne d’aveugle suite à un accident de travail ? Impossible de le déterminer.

Restent le désespoir et la honte de cet homme, ce travailleur penché en avant, le dos parallèle à sa canne. Vivian Maier s’est peut-être mise à genoux (elle est grande) pour saisir la lumière éclatante qui descend depuis le cadre d’aluminium situé à l’arrière du mendiant, continue sur la lame de sa chemise, revient sur le gobelet et la canne. Une lumière plus douce tombe sur la casquette, le col et les épaules. À sa gauche, dans l’ombre noire d’un bâtiment obscur dont la porte est ouverte, trois mystérieux trous de lumière.

Cet homme est aussi désespéré que le clown qui n’arrive pas à sourire, mais si les deux hommes sont brisés, c’est de manière différente. Le clown respirait la solitude. Notre travailleur, lui, doit porter les soins, l’amour et l’angoisse de sa compagne.

Dans les deux cas, Vivian Maier essaie de leur rendre, à travers cette lumière qui les magnifie, leur dignité laminée.

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