Comment attirer les lecteurs dans un salon du livre?

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Cela faisait longtemps que je n’avais pas assisté à un salon du livre traditionnel, Covid oblige. Renouer avec cette ambiance si particulière fut un plaisir, surtout que le salon du livre – joliment intitulé Escale du livre – à Échenevex, petite commune proche de Gex dans l’Ain, était plein de chaleur. Je ne parle pas des radiateurs qui soufflaient par intermittence de l’air frais aux malheureux auteurs installés près des grandes baies vitrées, mais de la chaleur humaine. Tout le monde s’était impliqué à fond dans cet événement local, depuis celui qui remplissait les estomacs des auteurs et qui s’était levé à trois heures du matin, les bénévoles et les organisateurs qui, j’espère, avaient dormi un peu plus. La salle bruissait de sollicitations : un croissant ? un café ? un thé ?

Les objets de tant d’attention, les seules personnes restées assises à bavarder avec les lecteurs étaient les auteurs dont je faisais partie.

Facile, me direz-vous, de tailler une bafouille avec des lecteurs buvant vos paroles et prêts à vous acheter vos ouvrages en vous remerciant chaleureusement de votre présence. Hum. Comment dire, la réalité des salons est sensiblement différente, et les longues files d’attente de lecteurs attendant d’échanger trois phrases avec leur idole appartiennent à des organisations stratosphériques ou des phantasmes de débutants.

Nous connûmes de longs moments de solitude heureusement partagés, ce qui a créé des liens entre nous. Le samedi matin les gens font leurs courses, et le dimanche matin la grasse matinée, à part les amis proches et la famille venus soutenir leur poulain. Les après-midis furent beaucoup plus animées. Un public nombreux se pressa dans la salle, face à une armada d’auteurs – enfin j’exagère un peu, nous étions une vingtaine.

Photo du Progrès

Pour un lecteur intéressé par le salon mais qui n’a pas envie d’acheter un livre à chaque exposant (il n’a pas amené un caddie avec lui et n’a pas l’intention de faire chauffer sa carte bancaire), l’ensemble peut être intimidant. Il a peur de se faire agresser et de se sentir obligé d’acheter un livre pour lequel il ne ressent aucune affinité. Alors il passe d’un air distrait devant les auteurs, accompagne parfois celui-ci d’un œil noir interdisant toute tentative d’approche. Ce n’est que timidité, malaise devant les attentes et les espoirs qu’il pressent. Il arrive qu’au troisième passage enfin il s’arrête et dise « Parlez-moi de votre livre » ou bien « Je crois que je vais le prendre ».

Il se peut qu’il embrasse l’ensemble de la table de l’auteur qui l’intéresse, alors, de manière instinctive, il saisit le volume le plus coloré et se met à lire la quatrième de couverture.

Cette étape me semble toujours la plus délicate. Je ne veux pas agresser le lecteur, moi aussi je me rends dans des salons du livre, et je déteste qu’on me saute dessus. D’un autre côté j’aime parler de mes livres, leur écriture me prend souvent des années d’investissement, de recherches, de difficultés. J’ai envie de partager ce corps à corps avec le texte. Que faire ?

Je regarde le cuir chevelu penché devant moi, hasarde : « Il s’agit d’une histoire vraie » lorsqu’il s’agit de l’Envol du sari. À ce moment nos yeux se croisent, et nous pouvons échanger. Enfin. Parce que les auteurs qui sont présents dans un salon se trouvent là pour vendre des livres, bien sûr, mais surtout pour expliquer pourquoi ils les ont écrits, ce qu’il y a à l’intérieur des deux ou trois cents pages que le lecteur potentiel tient entre ses mains. S’il pose des questions, quel bonheur ! Un lien est établi, et ce n’est pas une question de tiroir-caisse.

J’éprouve plus de difficultés à accrocher le lecteur lorsqu’il s’arrête à la belle couverture de Par la fenêtre. Que lui dire ? Qu’Amandine est la fusion de plusieurs femmes qui me sont proches ? Qu’Amandine a pris son indépendance et m’a imposé certains épisodes de sa vie ? Que ce roman était plein de tendresse pour les vieilles personnes ? Plein d’espoir et d’humour malgré sa dureté ? Les mots ne passent pas, impossible de me sortir les tripes. Mais certaines personnes sont reparties avec le roman suite à un échange intense, où elles ont dévoilé avec pudeur des plans douloureux de leur vie.

Quel cadeau !

Les auteurs d’un salon viennent d’horizons très variés : quoi de commun entre un ouvrage définitif sur un sujet pointu, une bande dessinée ou un roman ? Et il y a tant de catégories de romans : la fantasy, la science-fiction, l’auto-fiction, le roman historique, le roman policier, la romance et j’en passe. Une diversité dans laquelle chaque visiteur peut trouver exactement ce qui lui convient. À moins qu’il ait envie de s’écarter de ses lectures habituelles, et les auteurs sont là pour lui donner envie de ce pas de côté.

Vraiment j’ai fait de belles rencontres, à Échenevex, que ce soit du côté des organisateurs, des auteurs ou des lecteurs. Deux jours sur une chaise avec de l’air frais dans le dos, c’est fatigant, mais je ne suis pas prête d’oublier les rencontres et les beaux moments.

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