Summer, l’été qui ronge ceux qui restent

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La famille Wassner – père célèbre avocat, mère très belle, fille ressemblant à sa mère et fils adolescent complexé –  vit à Bellevue, dans une magnifique maison au bord du lac Léman. Les fêtes données par la famille ressemblent à celles de Gatsby le magnifique. Argent, luxe et fêlures. Dans le cas du roman de Monica Sabolo, celles-ci tournent autour de la mère, personnage énigmatique, et de Summer qui se montre si provocante avec les invités.

Puis Summer disparaît lors d’un pique-nique avec ses amies. Personne ne sait ce qu’elle est devenue, elle s’est évaporée. La famille bouleversée, l’attente, le cercle amical qui s’enfuit avec le malheur. Benjamin, le cadet de quatorze ans, doit apprendre à vivre avec le mystère et la dislocation familiale. Adolescence difficile, enfouissement de ce qui le ronge, avancée un peu fantomatique dans la vie.

Où sont les êtres que l’on a perdus ? Peut-être vivent-ils dans les limbes, ou à l’intérieur de nous. Ils continuent de se mouvoir à l’intérieur de nos corps, ils inspirent l’air que nous inspirons. Toutes les couches de leur passé sont là, les tuiles posées les unes sur les autres, et leur avenir est là aussi, enroulé sur lui-même, rose et doux comme l’oreille d’un nouveau-né. (p. 212)

Summer (« été » en français), a disparu en été. Presque vingt-cinq ans plus tard, lors d’une grave dépression, les souvenirs de Benjamin remontent à la surface. Cette métaphore liquide correspond à l’omniprésence du lac, miroir des angoisses de Benjamin.

Poissons, noirs, visqueux. Fougères, phosphorescentes, aplaties. (p. 10)

J’entends dans l’obscurité le lac qui bruisse. Sa surface est luisante comme celle d’un miroir mystérieux. L’eau est violette, elle semble épaisse et vivante, nimbée d’un halo de lumière de lune. (p. 297)

Le roman se passe dans le canton de Genève, il est imprégné du secret genevois qui n’est pas seulement celui des banques, mais de tout ce qui pourrait troubler la surface lisse du pays « propre en ordre » qu’est la Suisse. On ne s’épanche pas, on garde pour soi ce qui pourrait troubler la sérénité de la société helvétique. Le lac, les secrets qui remontent comme des bulles, et la résolution du mystère de la disparition de Summer.

Tout le long du texte on désire savoir ce qui est arrivé à la jeune fille solaire, cela participe de la tension du texte. Pourtant la résolution du mystère n’est pas la partie la plus importante, je la trouve presque accessoire pour tout dire. L’essentiel se trouve dans cette magnifique expression de l’absence, de la façon dont les disparitions d’êtres chers, lorsqu’elles sont inexpliquées, peuvent ronger les vivants.

Je sais maintenant que nos fantômes sont là, juste de l’autre côté de la rue. Ils nous regardent. Ils nous appellent. Ils chuchotent notre nom, d’une voix basse, implorante, à intervalles réguliers. Parfois ils s’approchent si près que leurs doigts blancs effleurent nos visages.

Mais nous ne les entendons pas, nous ne les voyons pas. Sauf la nuit, dans nos rêves qui sont les animaux sauvages que nous tenons en laisse le jour. (p. 307-308)

La plume poétique et sensible de Monica Sabolo met du baume sur les disparitions incompréhensibles.

Summer
Monica Sabolo
JC Lattès, août 2017, 320 p., 19 €
ISBN : 978-2-7096-5982-6

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