Archives par étiquette : Littérature française

Le livre de ma mère d’Albert Cohen, un texte complaisant

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En ce moment, je pratique cette opération cruelle que les bibliothécaires appellent le désherbage. Pour faire de la place sur les rayonnages, les livres qui ne sont pas sortis depuis longtemps finissent sur les étagères Servez-vous.

Hier c’était au tour d’Albert Cohen et de son texte Le livre de ma mère, présenté comme « le chant d’amour le plus émouvant, le plus délicat, Un des plus beaux romans d’amour, Livre déchirant » et j’en passe. Comme les sensibilités ont changé !

Pour ma part, j’ajouterai : livre irritant, où l’auteur imbu de lui-même s’affirme avec une naïveté complaisante et emberlificotée.

Rien n’est plus cruel que le vieillissement d’un style, et ce texte paru en 1954 en est la preuve :

Allongée et grandement solitaire, toute morte, l’active d’autrefois, celle qui soigna tant son mari et son fils, la sainte Maman qui infatigablement proposait des ventouses et des compresses et d’inutiles et rassurantes tisanes, ankylosée, celle qui porta tant de plateaux à ses deux malades, allongée et aveugle, l’ancienne naïve aux yeux vifs qui croyait aux annonces des spécialités pharmaceutiques, allongée, désœuvrée, celle qui infatigablement réconfortait.

Cette mère en adoration devant son fils, est morte toute seule en 1943 pendant que son fils se trouvait à Londres. Continuer la lecture

Le livre de ma mère
Albert Cohen
Gallimard, avril 1974, 192 p., 6,30 €
ISBN : 978-2070365616

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L’anomalie du train 006 de Pascal Fioretto : un pastiche réjouissant

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Comment devient-on un excellent pasticheur ? En étant un grand lecteur, pour commencer, capable de repérer les thèmes récurrents de l’écrivain qu’il a pris pour cible, ses tics d’écriture et sa façon de penser. Dans L’Anomalie du train 006, Pascal Fioretto fait soliloquer ses victimes qui sont immédiatement identifiables par ses lecteurs. Ses victimes ? Oui, parce qu’un bon pasticheur doit saupoudrer son texte de méchanceté qui agit comme un acide sur une plaque de métal et la rend plus brillante.

Pascal Fioretto adore surfer sur la vague et parodier des auteurs au style extrêmement varié, choisissant à chaque fois l’ouvrage auquel personne n’a pu échapper en son temps : Sérotonine de Michel Houellebecq devint Mélatonine, L’Élégance du hérisson de Muriel Barbery se transforma en L’Élégance du maigrichon, quant à Marc Lévy, son célébrissime Et si c’était vrai vira en Si c’était niais. Redoutable.

Autant dire que, avec son million d’exemplaires vendus pour L’Anomalie, prix Goncourt 2020, Hervé Le Tellier ne pouvait lui échapper. Continuer la lecture

L’Anomalie du train 006
Pascal Fioretto
Éditions Herodios, juin 2021, 144 p., 16€
ISBN : 978-2-940-66629-4

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Sorj Chalandon, Profession du père : destructeur d’enfance

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Comment réussir à dominer une enfance traumatisante, la mettre à distance tout en lui rendant sa force de destruction ? En la racontant, au plus près du souvenir, de sa réalité qui revient en force avec les mots. Sorj Chalandon a tourné autour pendant des années, mais il lui a fallu attendre la mort de son père pour rendre à cette période une vie qui a conditionné la sienne. Enfin les mots allaient mettre à distance les maux, empêcher leur nuisance de continuer à empoisonner son existence.

Il nous rend avec Profession du père une plongée hallucinante dans un huis-clos familial dominé par la toute-puissante folie paternelle.

Mon père a été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Église pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider.

Je n’avais pas le choix.

C’était un ordre.

J’étais fier.

Mais j’avais peur aussi…

À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet.

Émile a douze ans quand commence le roman. Il ne sait jamais quoi écrire à la rubrique « profession du père », celui-ci en a eu tellement !

Profession du père ? Ma mère n’avait pas osé remplir le formulaire. Mon père avait grondé.
— Écris la vérité : « Agent secret ». Ce sera dit. Et je les emmerde.

Continuer la lecture

Profession du père
Sorj Chalandon
Grasset, août 2015, 320 p., 19 €
ISBN : 9782246857136

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Le neveu d’Anchise : lumière et sensualité de Maryline Desbiolles

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Dans les romans de Maryline Desbiolles, personnages et lieux sont récurrents, tant son œuvre est ancrée dans un territoire. Les personnages se retrouvent, se croisent, se répondent en échos au fil du temps, comme dans la vie. Publié il y a plus de vingt ans aux éditions du Seuil, Anchise avait reçu le prix Fémina. Le Neveu d’Anchise reprend l’histoire après la mort du vieil homme et nous conte un moment crucial de la vie de son petit-neveu, Aubin.

Je ne l’ai pas connu […] ce vieux con de boiteux, ce vieux fou, mon grand-oncle Anchise, l’apiculteur qui peu de temps après s’immola dans sa voiture à laquelle il avait mis le feu sur un chemin blanc de la colline. (p. 7-8)

Inutile d’avoir lu le roman précédent, même si une furieuse envie de retrouver Blanche et Anchise vous viendra à la lecture de celui-ci. Le personnage est restitué à touches impressionnistes, et son amour fou pour celle dont on avait oublié le prénom et qu’on surnommait Blanche,

le surnom qui disait bien plus l’extraordinaire de sa blondeur

serre le cœur. Continuer la lecture

Le Neveu d’Anchise
Maryline Desbiolles
Seuil, janvier 2021, 144 p., 16€
ISBN : 978-2-02-146517-4

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Le bal de Diane Peylin, jaillissement de couleurs et de sensations

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L’écriture de Diane Peylin, c’est une plongée dans les vibrations, l’expression douloureuse et sensuelle à la fois de ces mots qui signent notre façon d’être au monde.

Chaque roman de l’autrice aborde des rivages différents, et pourtant on reconnaît aussitôt son écriture, à la fois solaire et poétique.

Dans Le Bal, une famille se retrouve dans la maison de famille. Robin vient d’apprendre qu’il est guéri de son cancer et rentre chez lui retrouver sa mère, Rosa, sa femme et sa fille. Robin veut retrouver la vie, après un an de peur et de souffrance.

Sa mère, Rosa, photographe connue, souvent absente lors de l’enfance de ses garçons, règne désormais sur la petite tribu. C’est la mère nourricière, les pieds ancrés dans la terre.

Plus de quarante ans qu’elle cultive ce carré de verdure. Elle vient ici tous les jours. Tôt le matin et tard le soir. Elle vient pour les fruits et légumes, pour les libérer des parasites, les abreuver, les tailler, les cueillir, mais elle vient surtout pour elle. Pour son corps comme pour son âme. Besoin de respirer le compost, de toucher la paille, de piétiner la boue, de couper, semer. Besoin de ce dehors pour remplir le dedans. De cette lumière évanescente. Orange, aérienne, rose, blanche, épaisse, éblouissante, trouble, féerique. Indescriptible, cette sensation d’éternité déclenchée par ces instantanés aux reflets changeants.

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Le Bal
Diane Peylin
Éditions Héloïse d’Ormesson, avril 2021, 192 p., 18€
ISBN : 978-2-35087-763-1

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