Archives pour la catégorie Mot du jour

Porte-coton, une profession d’avenir ?

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Hyacinthe Rigaud

Hyacinthe Rigaud

Il ne s’agit pas d’un petit accessoire au design épuré chargé de porter de jolies boules de coton de couleur pour le démaquillage de madame, non, il s’agit d’un homme, plus exactement l’officier de la garde-robe qui présentait la serviette au Roi-Soleil pour qu’il puisse torcher ses augustes fesses. La serviette souillée était ensuite remise sur un plateau et l’officier – jamais un noble de rang élevé  s’éloignait dignement.

Le porte-coton de Louis XIV a été aboli à la Révolution puis rétabli par Louis XVIII et Charles X. Lire la suite

Chatbots I

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LauraLes chatbots ? Vous voulez dire sabots et vous êtes enrhumé ? Cela se prononce « chat-botte » ? Alors un mélange de chat botté et de « ça me botte », un mot valise pour renouveler le « ça me va » ou le « OK » laconique ?

Rien de bucolique ou de poétique dans ce mot, un chatbot est bien un mot-valise, mais une contraction entre le chat anglo-saxon, la conversation, et le mot d’origine tchèque robot. Un chatbot est un logiciel qui converse avec les humains et vous avez sans doute déjà eu affaire à un certain nombre d’entre eux.

Vous ne les connaissez peut-être pas, mais vous leur parlez très souvent parce qu’ils ont envahi notre vie. La plupart des grandes entreprises utilisent ces logiciels qui portent un prénom et répondent à nos questions. Féminin, le prénom, bien sûr, comme Laura d’EDF bleu ciel. Si votre problème n’est pas trop compliqué vous ne vous apercevez même pas que vous n’avez pas eu affaire à un être humain derrière son ordinateur mais à un robot. Mais ce n’est pas toujours le cas, nombre de chatbots avancent masqués et font irruption sur des sites, bien décidés à soutirer des informations utilisables.

Une grande partie des conversations sur les réseaux sociaux sont le fait de chatbots, histoire de modifier nos comportements, gonfler les chiffres du trafic ou provoquer des envies d’achats. L’équivalent de la musique d’ambiance et des faux clients dans un restaurant : plus il y a de monde, plus on entre.

Les chatbots en disent long sur notre société coincée entre besoin de rentabilité et solitude, efficacité et besoin de s’épancher.  Leur nombre ne cessent d’augmenter. Un site spécialisé répertorie 1285 chatbots, mais leur nombre ne cesse d’augmenter, des startups inventives sont à l’affût de nos besoins.

Les chatbots devenant de plus en plus performants, ils sont donc appelés à se généraliser dans notre vie ; les assistants personnels se multiplient. Là encore, on devrait parler d’assistantes, parce que les prénoms choisis sont majoritairement féminins : Alexa d’Amazon, Cortana de Microsoft ou Siri d’Apple. Ces douces voix féminines répondent à nos questions pratiques et finissent par meubler notre solitude. Voix sensuelles ou maternelles selon notre besoin,  elles font reculer nos angoisses existentielles.

Plus fort encore, certains chatbots font reculer la mort. Je vous en parlerai dans un autre article.

Le mot du jour : soupirail

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Le mot soupirail désigne une ouverture donnant un peu de lumière à un sous-sol. Il vient du verbe soupirer au sens d’exhaler, c’est dire si la lumière qu’il diffuse est comptée. Ce mot si évocateur de peu de vie va prendre une nouvelle jeunesse avec l’ingéniosité des architectes qui cherchent sans cesse à agrandir les maisons des villes. Lorsqu’ils ne peuvent surélever les maisons, ils creusent. Cela s’appelle un souplex, la version termite du duplex. On prend la cave et on la transforme en cuisine, en salon ou en chambre, c’est selon. À Londres certains propriétaires ont exagéré : pourquoi se contenter d’un niveau alors qu’on peut aller plus profond ? C’est ainsi que le vertige du m2 gratuit dans la ville la plus chère du monde a conduit à des termitières fragilisant les maisons voisines…

Un petit conseil pour nos amis architectes ; apprivoisez le client effrayé par le mot soupirail et remplacez-le par un de ses synonymes : saut-de-loup, jour-de-terre, étripe-chat.

soupirailVous n’êtes pas convaincu par l’étripe-chat ? Vous avez raison, si la propriétaire fait partie de la SPA adieu le contrat. Cependant, la gaffe consommée, vous pouvez toujours argumenter : l’étripe-chat est un soupirail protégé par une grille agressive, comme son nom l’indique… Par extension les cambrioleurs ne sont donc pas les bienvenus… Le saut-de-loup fait un peu sauvage ? Je vous comprends, mais celui-ci est nettement plus grand qu’un soupirail classique, cela sert à flatter l’ego de celui qui va payer la note.

Réservons le plus beau pour la fin :  jour-de-terre, n’est-ce pas magnifique ? De la pure poésie avant de commencer à creuser.

MOI dans l’espace

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Depuis plusieurs jours, impossible d’échapper à l’astronaute français Thomas Pesquet dans les médias ; celui-ci doit participer à une mission devant durer six mois à bord de la station spatiale internationale. pesquet-2Et que l’on se gargarise, et que l’on étale à l’envi le visage sympathique de celui qui redonne du lustre à notre pays en ces temps de morosité préélectorale.

Il est enfin parti et le décollage s’est bien passé. Entre autres tâches d’une valeur scientifique certaine,  il doit accomplir une œuvre conçue par un artiste, nous précise le commentateur mi-goguenard mi-sérieux. Dans l’espace, notre valeureux astronaute va envoyer un mot découpé dans du papier blanc, et le mot résultant de ce découpage que tous les enfants ont fait en début d’école primaire, ce mot, je vous le donne en mille, c’est MOI. Est-ce un gag ? Mi-novembre, cela semble loin d’avril… Le présentateur a-t-il voulu faire de l’humour ? montrer son exaspération devant cet intempestif vedettariat ? Pas du tout, c’est très sérieux… La preuve, cette citation tirée du site du CNES :

À l’occasion de la prochaine mission Proxima à bord de l’ISS, l’Observatoire de l’Espace, le laboratoire arts-sciences du CNES, propose un projet artistique qui n’existe qu’en apesanteur. Télescope intérieur est une poésie spatiale imaginée par l’artiste Eduardo Kac, une œuvre de papier où le langage libéré des contraintes de la pesanteur est vecteur d’une expérience inédite.

En inscrivant dans son programme de recherche à bord de l’ISS un dispositif poétique, l’Agence spatiale européenne nous rappelle qu’explorer et expérimenter ne sont pas l’apanage des sciences et techniques, et que la culture et la création artistiques forment une composante majeure de la vie humaine, notamment dans un environnement qui la force à se réinventer.

Le dispositif imaginé par Eduardo Kac lance une question aux spécialistes de l’espace comme au reste du public : quel type d’écriture et quelle expérience de l’écrit peut-on concevoir, non pas à propos de l’Espace, mais en son sein, avec ses outils et ses contraintes ?

Représentant d’une parcelle de l’humanité exportée dans l’espace, Thomas Pesquet incarne un point vivant, à qui revient la réalisation de cette œuvre de Poésie Spatiale. C’est en partant de l’individu comme un expérimentateur qu’Eduardo Kac propose d’engager une méditation sur notre avenir sur la Terre et sur notre présence dans l’univers. Détaché de notre planète natale, Télescope Intérieur devient, par l’intermédiaire de Thomas Pesquet dans l’ISS, un instrument d’observation et de réflexion poétique pour réinventer notre rapport au monde.

Bigre. Je n’avais pas imaginé la profondeur philosophique de ce découpage, le bouleversant message interstellaire envoyé comme une bouteille dans l’immense océan primordial. Voici l’artiste et son assistant préparant le geste d’une insondable poésie :

eduardo-kac-et-thomas-pesquet

Sur cette image, vous pouvez constater que l’astronaute compare son « M » avec celui de l’artiste. Le « M » de « MOI », message d’une poésie insondable, c’est sûr. Cela me fait penser à Jean-Marie Messier, vous savez, Moi, Maître du Monde… Quand la poésie percute l’hypertrophie de l’ego.

Ce message d’une richesse sidérante va-t-il flotter dans le vide intersidéral sous la forme fragile d’une bandelette de papier jusqu’à ce qu’un débris le réduise à néant ?

Mautam, la mortelle floraison des bambous

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bambou-noirIls sont très beaux toute l’année, si graphiques avec leurs cannes noir et leurs feuilles vert tendre… Les bambous noirs du jardin, c’est l’irruption d’un pinceau asiatique dans la campagne occidentale.

Lorsqu’on achète Phyllostachys nigra en jardinerie, aucune mention de sa floraison. Il est vrai que celle-ci est tout sauf spectaculaire : imaginez des sortes de hampes verdâtres qui pendent au bout des tiges comme des mousses malsaines. Une autre raison sans doute plus importante justifie le silence des notices : la floraison du bambou entraîne la plupart du temps sa mort. Ce qu’il y aura de particulier en ce qui concerne le bambou noir des jardins, c’est que depuis 1932 on le multiplie seulement par rejet, sur toute la planète…

Lorsque le bambou noir fleurira, ce qui n’est pas arrivé depuis 1932, tous les pieds fleuriront en même temps et mourront sans doute en même temps. Une extinction massive appelée Mautam en Asie où le phénomène connaît des connaissances autrement dramatiques que dans nos jardins d’agrément.

800px-bamboofloweringDans le nord-est de l’Inde, Mautam (qui signifie « mort du bambou ») est une malédiction cyclique : tous les 48 ans les grandes forêts de bambous sauvages qui couvrent le tiers du pays fleurissent et meurent. Cet événement est immédiatement suivi par une terrible famine : une fois les graines de bambous épuisées, les rats envahissent les villages. Ils n’ont plus rien à manger dans les forêts de bambous et dévorent tout sur le passage. Tous les 48 ans la population attend le phénomène, et l’absence de réactions des autorités a d’ailleurs provoqué de violentes révoltes. La dernière floraison a eu lieu en mai 2006 et le gouvernement a mobilisé l’armée pour prévenir la famine.

Il est possible que l’action des rongeurs soit un mécanisme de contrôle biologique : ils dévorent toutes les graines de tous les chaumes de bambous, y compris celles qui auraient pu fleurir en dehors de la période de floraison, ce qui a un impact positif sur leur fertilité. Une fois qu’ils ont épuisé cette manne, ils se tournent vers les parcelles cultivées, d’où la famine.

Le Mautam de 1958-59 a provoqué la mort d’une centaine de personnes et ravagé la région. On estime que la population a tué au moins deux millions de rats.

La mort redoutée mais attendue du bambou noir dans les jardins n’aura sans doute pas des conséquences aussi dramatiques, mais si vous connaissez de grandes bambouseraies dont le bambou noir est l’espèce dominante, précipitez-vous pour observer ce phénomène que vous ne reverrez pas de si tôt…