Les solitudes de Raymond Depardon et Edward Hopper

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Elle trône, coincée entre le bleu intense et sans nuage du ciel qui mange la moitié de la photo et les nuances de gris de la route à double voie :  gris clair de l’îlot de granit, gris moyen de la route et du trottoir, gris sombre parce qu’opposé à la lumière du soleil du panneau un peu de guingois. Entre le bleu et le gris, les nuances tendres des champs vallonnés, et la voilà au milieu, avec ses couleurs sucrées et proprettes et ses touches de géraniums débordant aux fenêtres. CommercyOn dirait un jouet posé dans la solitude, tenu par les fils électriques en triangle noir dans le ciel bleu ; un jouet qui en attend d’autres pour que le jeu s’anime. Le vert du garage rappelle celui des champs, à droite de la photo. Vert amande, pâtisserie léchée amoureusement par ceux qui l’habitent et que l’on ne voit pas. Où sont-ils, ceux qui doivent animer cette maison, où sont-ils ? Pas la moindre trace d’un jardinier, d’un piéton, d’un vélo ou d’une voiture : solitude, vide, silence. Même pas un moineau ou un corbeau pour trouer le silence du ciel.

C’est une icône, cette maison de Commercy en Lorraine photographiée par Raymond Depardon. On vient de loin pour la voir ; d’autres photographes la photographient sous le même angle, espérant ainsi aspirer un peu de la notoriété de leur aîné.

À la voir, on jurerait un tableau, impossible de ne pas penser à Edward Hopper, à la maison près de la voix ferrée, même solitude, l’inquiétante étrangeté en sus. Deux maisons coincées dans une modernité, dans un ciel vide, présentes, évidentes, insistantes. Mais là où Hopper a instillé l’angoisse de la maison abandonnée à coup de rouille et de verdâtre, Depardon a laissé le choix entre l’ennui d’une retraite à meubler et la nostalgie d’une enfance rêvée avec une pâtisserie délicate.maisonpresdelavoieferree

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4 réflexions au sujet de « Les solitudes de Raymond Depardon et Edward Hopper »

  1. Eric

    Bonjour Nicole,

    Merci pour cette présentation et votre lecture de l’image de Depardon. J’apprécie votre lien entre le sujet, les couleurs et la pâtisserie délicate au parfum d’enfance.

    Cette image sent bon le printemps avec cet écho des couleurs de la façade avec la nature environnante. Les fleurs sauvages sur le bas côté à droite répondent aux balconnières généreusement débordantes. Cependant cette harmonie des couleurs, de paysage doucement ondulé en arrière plan est contrastée avec ce terre plein au premier plan, ce panneau terne à gauche m’intriguait dans la composition.

    Après recherche, j’ai mieux compris au travers de ce reportage : https://fr-fr.facebook.com/France3Lorraine/videos/157662710951056/

    L’image de Hopper me paraît sur-réaliste et à l’atmosphère intrigante

    1. Nicole Giroud Auteur de l’article

      Merci Eric pour cette analyse fouillée de l’image. Quand vous déciderez-vous à reprendre vos photos si belles sur votre blog?

  2. Edmée De Xhavée

    Oui en effet… Je ne connaissais pas du tout Depardon, par contre bien Hopper dont j’ai vu la rétrospective à Paris il y a peu. Moi je ne vois jamais Hopper comme la solitude dans le sens « triste solitude » mais solitude reposante, silence, pensées paisibles… Cette maison fleurie donne aussi cette impression!

    1. Nicole Giroud Auteur de l’article

      Chacun sa version de la solitude, il n’y a d’ailleurs pas d’exclusion, cela dépend des moments de la vie je crois, et de l’état d’esprit du moment. Cette maison est en effet habitée par des retraités amoureux de leur maison, cela se voit aux soins dont ils l’entourent. Je n’ai pas vu la rétrospective à Paris, mais j’ai découvert Hopper à travers la somptueuse exposition du musée Rath à Genève il y a une vingtaine d’années au moins. Un rêve de visite: la solitude face aux tableaux dans le silence du musée, une après-midi…

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