Archives de l’auteur : Nicole Giroud

Le héron de Guernica et la transmutation de l’horreur

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Après Cour Nord aux éditions du Rouergue, Antoine Choplin publie Le héron de Guernica dans la même maison.

Si vous avez aimé Cour Nord vous retrouverez la même intensité dans l’écriture mais vous changerez de media artistique, de pays et de lieu.

L’histoire se passe à Guernica, la ville espagnole martyre, juste avant que les avions allemands s’exercent grandeur nature sur la petite ville, en avril 1937.

Le jeune Basilio vit de petits travaux agricoles mais sa vraie passion, c’est la peinture et son seul sujet les hérons cendrés. Il les attend patiemment dans les marais de Guernica, essaie de reproduire la vie qui sourd des beaux échassiers. La guerre est là, Basilio a essayé de s’enrôler chez les républicains qui n’ont pas voulu du « peintre ».

Basilio peint, va au bal, s’occupe de son oncle, vend ses haricots et son cochon, il est amoureux de Celestina qui travaille à l’usine de confiserie mais rêve de travailler dans la mercerie de sa tante.

Tout une humble vie, quotidienne et paisible, occupe la première partie du roman, avec quelques soldats fatigués ou blessés qui traversent l’espace comme un avertissement.

Basilio se rend dans le marais ; il veut peindre un héron pour Celestina.

« D’abord, c’est juste un faible ronronnement au lointain. Il voit le héron qui fait quelques pas nerveux vers l’arrière jusqu’à disparaître parmi les roseaux.

Lentement, le bruit s’intensifie et change de texture. Gagne dans les graves.

L’avion vole à très basse altitude. En un instant, il est juste au-dessus du pont et du marais. Basilio remarque le frémissement des eaux. En même temps, il se couvre les oreilles de ses deux mains et résiste à l’envie de se plaquer au sol ».

Basilio ne comprend rien à ce qui se passe : «  Les yeux fermés, il goûte la polyphonie joyeuse des chants d’oiseaux ».

La compréhension vient peu à peu, avec le ballet des avions allemands Heinkel sur la ville de Guernica : « Là-bas, les coups portés sur la ville, à lui briser les os ».

Comment raconter l’Apocalypse ?

Antoine Choplin recourt à l’art pictural : il joue sur les codes et la description d’un des tableaux les plus célèbres de Picasso, Guernica et les compare à ce que voit et vit Basilio.

Le taureau Minotaure de Picasso s’oppose aux « taurillons étincelants » : « Ils avancent la gueule ouverte, agités de fréquents soubresauts et produisent des mugissements rauques et irréguliers. L’un d’eux est tout entier enveloppé d’un halo clair qui dissimule la netteté de ses contours ». Ils ont pris feu.

Avant que son église soit détruite, le Père Eusébio demande à Basilio de prendre des photos pour montrer au monde ce qui vient de se passer, ce sont les « éclairs blancs » de la dernière partie. Autre référence à Picasso qui a vu les photos de Guernica  en flammes et qui a peint son tableau en noir et blanc, comme un témoignage photographique.

L’usine de bonbons où travaillait Celestina a été bombardée, c’est la blessure dont ne se remettra pas Basilio.

Ce beau roman connaît une unité de temps, entre la fin avril et le 25 mai 1937 au moment de la présentation du tableau dans le pavillon qui représente l’Espagne  à l’Exposition universelle de Paris.

L’espace tourne en boucle : le roman commence à Paris où Basilio est venu voir Guernica, revient à Guernica pour se conclure à Paris. Entre les deux, Basilio a vécu l’horreur de la guerre et ses déchirements, Picasso a peint ce qu’il n’a pas vu mais il l’a rendu sensible au monde entier.

La rencontre entre les deux artistes n’a pas vraiment lieu.

« Il songea au héron. / A sa reculade à lui, dans le lointain de la roselière. / A sa blessure silencieuse. / Au sang écoulé, irisant la surface des marais. »

Deux artistes. Deux témoins, chacun à leur manière, de la violence de ce qui s’est passé ce jour-là, à Guernica.

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Certaines n’avaient jamais vu la mer, choral intemporel

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certaines n'avaient jamais vu la mer« Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n’étions pas très grandes. Certaines d’entre nous n’avaient mangé toute leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n’avaient que quatorze ans et c’étaient encore des petites filles. Certaines venaient de la ville et portaient d’élégants vêtements, mais la plupart d’entre nous venaient de la campagne, et nous portions pour le voyage le même vieux kimono que nous avions toujours porté – hérité de nos sœurs, passé, rapiécé, et bien des fois reteint. Certaines descendaient des montagnes et n’avaient jamais vu la mer, sauf en image, certaines étaient filles de pêcheur et elles avaient toujours vécu sur le rivage. Parfois l’océan nous avait pris un frère, un père, ou un fiancé, parfois une personne que nous aimions s’était jetée à l’eau par un triste matin pour nager vers le large, et il était temps pour nous, à présent, de partir à notre tour. »

Voilà le début du roman incantatoire et polyphonique de Julie Otsuka. Il nous parle de ces femmes japonaises qui ont traversé l’Océan Pacifique pour épouser des Japonais installés aux Etats-Unis. Elles ont communiqué par lettres, de belles lettres élégantes contenant de belles photos. Elles sont parties par bateaux entiers, poussées par leur famille. Mais rien ne correspondait : ni la photo ni le métier. En réalité elles étaient attendues par un ramassis de pauvres hères qui attendaient une esclave docile pour partager la leur, guerre plus enviable.

Imposture.

Choc de cette arrivée et de leur nuit de noce.

Aucune héroïne pour représenter le groupe, un « nous » composé d’une multitude de prénoms et de destins mêlés pour former une unité chaotique. Chant de femmes flouées, esclaves dociles et douloureuses, révoltes minuscules et regards baissés.

En huit chapitres, de « Bienvenue, mesdemoiselles japonaises ! » ( à regretter la grossière faute d’impression dans la table des matières !) à « Disparition », c’est un condensé de vie brutal et superbe que nous offre Julie Otsuka, écrivaine américaine qui semble connaître le sujet de l’intérieur.

Ces femmes victimes d’un mirage ont trouvé en Amérique une condition pire que celle qu’elles avaient fui : esclaves aux champs ou dans les maisons des Blancs, méprisées en tant que femmes par leurs époux, par les Blancs en tant que Japonaises, par leurs enfants en tant qu’immigrées parlant mal la langue du pays d’accueil.

Elles finissent par être victimes de l’Histoire: quand le Japon entre en guerre contre les Etats-Unis, les immigrés Japonais deviennent des ennemis publics que l’on parque dans des lieux inconnus.

Disparition.

Julie Otsuka relate admirablement comment, de ces travailleurs et travailleuses discrets et infatigables dont on regrette l’absence, on passe à l’indifférence et à l’oubli.

Cette façon de grouper ces femmes, d’évoquer leurs vies fondues les unes dans les autres en chapitres courts donne une densité extraordinaire à leur histoire mais c’est un peu étouffant aussi. Heureusement le livre est court ( 142 pages ), ce qui évite la lassitude, Le choix de l’auteur, ces voix sans cesse mêlées sans que l’une ou l’autre domine, se justifie pleinement par ces vies inconnues et broyées, de l’autre côté du Pacifique.

A quand le roman français polyphonique évoquant les malheureuses Mauriciennes envoyées comme épouses aux paysans français dans les années 1970-1980 ?

Ces « mariages par correspondance » utilisaient les mêmes procédés que ceux que décrit Julie Otsuka et le roman de la misère et de l’humiliation du côté de nos campagnes reste à écrire, certains titres n’ont même pas à être changés.

Je vous conseille sur le sujet le remarquable mémoire de Martyne Perrot,  L’émigration des femmes mauriciennes en milieu rural français. Stratégie migratoire contre stratégie matrimoniale.

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Au secours, Monaco, au secours !

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Au secours, Monaco, au secours ! Gérard Depardieu ne pourra pas tenir longtemps, le tourisme en Russie au mois de janvier cela épuise, pensez à Napoléon et à Hitler, tous ces déçus de l’hiver russe.

D’accord, il y a la chaleur de l’accueil, la démocratie triomphante, la grandeur d’âme de Poutine, mais cela ne suffit pas ! Gérard a beaucoup donné depuis un mois pour masquer le vide du pouvoir, il a dû l’expliquer à Hollande dans son coup de téléphone, mais tout de même l’héroïsme patriotique connaît des limites…

Au secours, Monaco, au secours !

On ne parle plus de la Principauté dans les médias depuis le mariage d’Albert avec Charlène, l’ex-championne de natation sud-africaine.

Tiens, justement, Charlène pourrait mouiller son maillot.

Par exemple aller chercher son prince dans une boîte de nuit de la principauté et lui tirer dessus, juste une éraflure à l’épaule, rien de douloureux, mais du spectaculaire, de manière à laisser souffler Gérard qui n’est plus si jeune et pas vraiment sportif. Le lever de coude n’est pas encore homologué aux jeux olympiques, tandis que la natation est la reine des disciplines.

Charlène, je vous en conjure, ne demeurez pas indifférente à cet argument olympique !

Imaginez toutes les suites possibles de votre geste :

L’Afrique du Sud demande le rapatriement de Charlène pour un jugement serein.

Oui, je sais, il faudra empêcher Gérard de demander l’asile politique en Afrique du Sud, kidnapper Brigitte qui trouvera sans doute que c’est une meilleure destination que la Russie pour les éléphantes tuberculeuses, mais le potentiel est énorme !

Depuis le Dakar qui ne se passe plus en Afrique, on est tourneboulé, l’Afrique du Sud renouvelle le fait divers monégasque usé par des décennies d’usage intensif.

Albert pardonne le geste d’amour fou de son épouse.

Tout rentre dans l’ordre : larmes de la princesse au chevet de l’époux blessé, soulagement des monégasques qui se voyaient déjà à la recherche d’une nouvelle princesse, la boîte de nuit est momentanément fermée pour travaux, l’Afrique du Sud reste vigilante.

La princesse Caroline se met au tir à la carabine.

Titre douteux. On ne sait plus très bien qui est le dernier époux de la princesse, est-ce qu’il mérite un tir ajusté ? N’est-ce qu’une illumination sportive pour corser le festival du cirque de Monaco ?

Albert promet à Charlène de renoncer aux boîtes de nuit et de s’occuper de la préservation des dauphins.

Gros potentiel… Il faudra voir avec Nicolas Hulot pour une nouvelle émission, il paraît qu’Ushuaïa se termine.

Et Gérard, pendant ce temps, si loin de la France, perdu au pays des moujiks, souriant sur les immenses panneaux publicitaires de la capitale, oui, et Gérard, que devient-il ? Il a la gueule de bois. Il ne veut pas voir Brigitte. Il en a assez de la neige. Il regarde les journaux et trouve que cette Charlène possède à la fois la beauté, le chic, la passion, bref tout ce qu’il aime chez une femme.

C’est décidé : il va demander le passeport monégasque.

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Retour aux choses sérieuses

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Et une nouvelle année, et une!

Il faut reprendre le bâton de pélerin et faire connaître Louis Favre, donc je vous annonce deux conférences en janvier 2013:

La première le vendredi 18 janvier à 20 h 30 à Annecy, Maison du Diocèse, La Puya, 4 avenue de la Visitation.

La deuxième organisée par l’université populaire le mercredi 30 janvier à 20 h. à Annemasse,au salon orange, Clos Babuty à Ambilly. Tout sera fléché car il y a eu un changement de salle. Le Clos Babuty se trouve de l’autre côté de la mairie d’Ambilly.

Venez nombreux, j’aime raconter comment j’ai fait connaissance avec ce grand homme qui aimait rire.  

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Vœux pétaradants

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En ces temps de vœux, de feux d’artifices et de pétards, une petite nouvelle à méditer… 

Les marins contemplent les boules hérissées de piquants flottant entre deux eaux : ce sont des mines sous-marines équipées d’hydrophones, une des nouveautés de cette année 1943 depuis que les Etats-Unis sont entrés dans la guerre. Les spécialistes de l’armement ont concocté cette petite merveille de technologie : l’hydrophone transforme les oscillations acoustiques en oscillations électriques. Les U-boots allemands ne sont pas signalés à proximité de la côte est des Etats-Unis d’Amérique mais on peut tout attendre de ces diables de nazis, au moindre bruit de machine, navire de surface ou sous-marin, boum ! l’explosion, le feu d’artifice, la surprise du chef.

–        Pour ce que ça va servir, grommelle le quartier-maître Jérémy Stettson, surnommé « Grognon » par ses camarades de chambrée, on sait bien que les Allemands ont certainement déjà trouvé la parade à nos mines !

–        Arrête, « Grognon », les Allemands peuvent toujours essayer de nous envahir, ils vont avoir le comité d’accueil…

L’équipage du Pilgrims’ Surveyor, vient de terminer sa mission. C’est la guerre sur la mer, une guerre pleine d’inventions techniques des deux côtés des belligérants.

Les mines acoustiques posées font partie du réseau de surveillance des côtes américaines, à la moindre explosion l’amirauté sera immédiatement prévenue et la défense du territoire s’activera.

Une seule obsession : la mer ; l’ennemi sous-marin, le U-boot qui va saborder les bateaux de la Navy et le cuirassier outrecuidant venant bombarder la côte. On épie le ciel et l’eau, on attend l’attaque.

La menace ne tarde pas à se concrétiser : une explosion se fait entendre, puis une autre, et encore une autre !

Les téléphones s’activent, le pire est arrivé : les Allemands sont là ! Toutes les sirènes hurlent, les canons des batteries sont dirigées vers la côte, les puissants projecteurs balaient la nuit.

Toutes les mines posées la journée par « Grognon » et son équipe ont explosé, il n’y a pas de hasard.

Deux navires de reconnaissance se rendent sur les lieux de l’attaque pendant que le haut-commandement est prévenu.

Nuit noire. Silence radio.

Pas de navire, il doit s’agir de sous-marins.

Tension à bord, le sonar se met au travail, les marins s’attendent d’une seconde à l’autre à l’attaque.

Une heure passe, et puis deux, et puis trois, et le jour se lève, aube grise et calme plat.

Pas de tache d’huile. Pas de bruit non plus. Seulement quelques cadavres de maigres, ventre scintillant à l’air, la seule livrée gris-vert de ce matin de mai vient de l’océan.

Personnellement je ne comprends pas très bien comment Argyrosomus regius, le grogneur connu également sous le nom de courbine, ce poisson gris-vert au ventre argenté qui peut mesurer près de deux mètres et peser cent kilos, est appelé « maigre ». Est-ce dû à sa chair qui rappelle un peu le bar et qui ne rend pas de gras ? Je n’ai pas de réponse.

Le maigre reste au bord de la côte, il aime bien son petit coin et n’embête personne, croquant petits poissons et crustacés pendant la nuit et se reposant le jour. Il se déplace, et encore, pas de sur de longues distances, uniquement pour changer d’eau et trouver femelle aux œufs accueillants au printemps…

Ce poisson à la chair délicieuse est surnommé le « grogneur », parce qu’il fait résonner sa vessie natatoire en agissant sur un muscle, un véritable chant des sirènes qui attire les femelles… et les prédateurs humains. Dans l’estuaire de la Gironde, au mois de mai, on peut voir des pêcheurs l’oreille collée contre le fond de leur bateau. Ils ne sont pas devenus fous, ils écoutent le grognement appel de l’amour et repèrent ainsi les bancs de maigres.

On ne doit pas beaucoup pêcher en temps de guerre, encore moins coller son oreille au fond d’une barque pour repérer les grondements et autres pets de communication des occupants marins… les mines ont explosé à cause des cris des maigres ou « grogneurs », perturbés par l’irruption de ces objets insolites dans leur environnement habituel.

Moralité de cette histoire vraie : Puissants de ce monde, écoutez les grognements et les cris venus des profondeurs, autrement certaines situations pourraient bien exploser.

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