Archives de l’auteur : Nicole Giroud

Conte hypnotique pour grands enfants: Le Général Solitude d’Eric Faye

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Le Général SolitudeLe Général Solitude d’Eric Faye n’a d’intérêt ni pour l’originalité de son sujet ni pour la façon dont il est traité et les références littéraires qui viennent à l’esprit en le lisant abondent.

Cela commence comme Le Désert des Tartares ou Le Rivage des Syrtes: le général Soledad, chef d’une armée de mille hommes, face à l’immensité verte d’une jungle que l’on suppose amazonienne, scrute l’horizon à la recherche de signes de vie des insurgés.

Même attente. Même solitude de l’homme face à l’immensité. Même hostilité supposée de ce qui se trouve en face, quelque part, et ne demande qu’à s’exprimer pour que le destin se mette en marche.

Le général Soledad, le soir de ses quarante ans, alors qu’il fête son anniversaire, est alerté par une sentinelle : on aperçoit des feux qui brûlent à l’horizon. Ces feux fascinent l’armée et son général : ils viennent d’un endroit impossible, ils varient, ils sont un appel. Le général doit rejoindre l’armée espagnole du général San Martinez à Iquita mais il décide de partir en direction des feux, avec toute son armée.

Désobéissance caractérisée, retour impossible, là encore peu d’originalité: le Rivage des Syrtes explore le thème avec une tout autre richesse. Quant à la suite de l’histoire, ces mille hommes construisant une cité idéale autour d’une place dont le centre est une fleur, une fleur si grande et si belle, que sa croissance terminée la plante meurt, la métaphore est transparente. Ce paradis non répertorié, ce monde voué à la destruction (aucune femme dans l’armée, donc aucune procréation ni continuation possibles), ce monde égoïste né de la motivation pathétique d’un homme qui veut oublier une femme, reste abstrait tout au long du livre.

Mélange des créations des utopistes du XIXème siècle et de Sa majesté des mouches lorsque le général en vient à des punitions aberrantes, ce conte sur la toute puissance des mots ne fait pas peur. Jamais nous ne pensons que c’est pour de vrai : nous sommes dans l’épure, rien de charnel ou d’effrayant dans ce monde abstrait voué à la disparition.

Mais alors, me direz-vous, où est l’intérêt de ce livre ? Dans l’écriture, uniquement dans l’écriture, et qui dira que ce n’est pas suffisant ?

Ecoutez ces mots qu’il faut prononcer à voix haute, comme le discours du général devant ses hommes : « Ce soir, j’ai envie de rudoyer les mots, leur faire dire ce qu’ils n’ont jamais avoué, non, pas sous la torture, mais sous ivresse. Qu’ils pivotent enfin, cessent de rester au garde-à-vous, dévoilent leur face cachée. Ce soir je souhaite une levée en masse des mots oubliés. Que les lieux communs soient rayés de la carte ! Sur la place j’ai prononcé des mots très écoutés. J’ai appelé les colons à hisser leur âme sur la grande vergue, à renoncer aux grossièretés. Remplacez-les ! leur ai-je dit. Poétisez-les ! Jurez par les prénoms de celles qui vous ont trahis, de ceux… Si un madrier tombe sur votre pied, gueulez à travers la cité : Dolorès ! Ofelia ! Elena ! Jurez ! Jurez de ne plus jurer que par leurs prénoms, jusqu’à ce qu’ils aient perdu leur contenu, leur contenance, loin de nous, devant leur miroir, dans la rue, pendant la joie ou le cafard ».

Ce livre est un hommage à la toute puissance des mots, avec ses phrases peaufinées, lustrées jusqu’à devenir des pierres de lune, un hommage à l’amour aussi, car tout le monde créé par le général Solitude comme un bouclier contre le risque d’aimer n’est que baudruche : les soldats se sauvent. L’oubli des autres est impossible et le volcan vient opportunément ensevelir ce monde et ses occupants sous un linceul de cendres.

Reste le journal du général, comme dans les histoires de pirates, et nous voilà revenus aux contes pour enfants.

Un conte, donc, mais les contes de notre enfance, avez-vous oublié le plaisir que vous avez éprouvé à les écouter ? Le Général Solitude n’est pas indispensable dans votre bibliothèque, mais vous passerez un beau moment ; vous vous arrêterez ici ou là pour réfléchir à votre propre vie, au sens du destin, de la prise de décision, de la création, de la solitude aussi. N’est-ce pas déjà beaucoup ?

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Sérénité

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Sérénité

Laissez-moi vous offrir un pur moment de sérénité.

Dans un halo de gris-bleu très doux, le visage et les mains roses des deux enfants apportent la couleur de la vie ; avec les  avant-bras de la petite, l’ensemble forme un triangle parfait.

Protection, concentration, contemplation.

La petite si belle et le sourire paisible du bébé, douceur, douceur.

La lumière sur le visage et les mains de la petite, ses cheveux blonds qui brillent, ses mains aussi, et la manche du bébé, et la couverture, toute cette lumière forme une aura de tendresse.

Sérénité.

Le monde est violent, imparfait, bruyant : il reste dehors.

Dans cet espace de douceur tout n’est qu’harmonie, tendresse et silence.

Retirons-nous sur la pointe des pieds.

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Plumes Sergent-Major

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Je regarde la main de la calligraphe tracer les traits sur le papier épais, un beau papier 100% cellulose, sans acide pour la conservation. Pour rien au monde elle n’emploierait du parchemin d’animal : cette seule idée la fait frémir. Chèvre, agneau ou veau, elle ne fera souffrir aucun être vivant pour créer de la beauté.

L’encre vient mourir au bord du trait. La calligraphe reprend, sans trembler, la ligne cassée, et petit à petit le motif apparaît, il sort du brouillard pour se révéler dans son évidence.

La plume métallique, si fine, si souple, repose maintenant dans le plumier, et avec elle une autre plume revient à ma mémoire avec une précision cruelle, la plume Sergent-Major de mon enfance et ses pages d’écriture.

 

Mon frère remplit les encriers, petits récipients de porcelaine blanche insérés dans un trou à la droite des bureaux de bois. Il tient la burette avec concentration, la moindre brusquerie dans le remplissage et ce serait la catastrophe : des éclaboussures d’encre partout sur le plancher de bois de la salle de classe, plancher poreux nettoyé à l’eau de javel. Il le sait. Le remplissage des encriers est une mission de confiance, la maîtresse ne le confierait pas à n’importe qui.

Surtout pas à moi.

Je sens son regard sur moi, lorsque mon frère se penche devant mon bureau. Elle ne m’aime pas. Je la vois qui sourit d’aise, ses grosses bajoues plissées par le contentement anticipé : ce matin nous devons copier la poésie de Baudelaire L’albatros dans le cahier sobrement intitulé Poésies.

Elle sait que je vais faire des pâtés, je ne domine pas encore la plume Sergent-Major la si bien nommée. Cette plume si fine, si précise et si dure, n’autorise aucun remords et trahit toutes mes maladresses auprès de la maîtresse.

J’ai les mains qui transpirent et je baisse la tête. Mon frère fait durer le remplissage pour me donner un peu plus de temps ; il s’est déplacé légèrement pour me masquer la maîtresse sur son estrade de bois. Solidarité fraternelle… Mais cela ne peut pas durer, il vient un moment où il doit s’éloigner et remplir son office ailleurs.

La maîtresse a écrit le poème au tableau.

–        Surtout appliquez-vous, je ne veux pas de pâtés, c’est entendu ? Le cahier de poésies est le plus beau, le cahier Clairefontaine.

Je sens des regards de compassion en ma direction. Je suis la plus jeune de la classe, la plus maladroite aussi ; la maîtresse ne me pardonne aucun de ces défauts.

Tous les cahiers de poésies sont ouverts, une belle page blanche nous attend, avec le fin trait rose de la marge et les lignes bleues sur ce papier si beau, et l’encre dans l’encrier de porcelaine, et la plume Sergent-Major sortie du plumier.

La plume de tous les écoliers avant l’apparition du stylo bille, la plume enfilée dans son porte-plume de bois m’attend.

Sur le tableau noir, juste devant moi, L’Albatros, avec les pleins et les déliés, le L épais, la première jambe du A légère, l’autre appuyée, je vais y arriver, je vais y arriver.

Je réussis à écrire le titre du poème sans tache.

Je sens son souffle dans mon dos : je ne l’avais pas entendue arriver.

–        Eh bien, tu vois ! Quand tu veux, tu peux !

Mais ce n’est pas un encouragement, c’est de la déception.

J’essuie ma main trempée de sueur sur le buvard. Je sais qu’elle attend le pâté, la goutte d’encre qui va riper avec cette plume qui ne pardonne rien.

La sueur m’envahit le dos. La maîtresse s’éloigne.

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

 

J’ai réussi à faire le Q. Le plus dur. Ma main tremble. Les lettres deviennent irrégulières. Cette fois il y a un g. Il faut appuyer un peu dans l’arrondi, juste au milieu et revenir avec la plume avec souplesse, ma main crispée gratte le papier. Je suis sûre qu’elle a entendu, là-haut, sur l’estrade qu’elle a regagnée. Elle lit le journal, elle sait que nous en avons pour un moment et de temps à autre ses petits yeux durs sautent de l’un à l’autre. Le silence est total.

Mon frère me regarde : s’il pouvait, il viendrait m’aider, mais elle a mis son bureau loin du mien.

L’index et le majeur de ma main droite sont pleins d’encre. Je les essuie sur le buvard.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux

 

Encore un g il l’a fait exprès, le poète. Un effort, pas trop d’encre, là, il tremble un peu dans le jambage, mais pas de pâté.

Je vais y arriver, je vais y arriver. Cette fois je vais m’amuser avec les autres pendant la récréation.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime en boitant, l’infirme qui volait.

 

Cinq g et un ! Je ne vais pas y arriver, ce n’est pas possible ! Les jointures de mes doigts sont toutes blanches, la boule d’encre tombe dans l’encrier avant de se répandre sur le bureau. J’ai envie de pleurer.

Il faut que j’y arrive.

Le beau papier blanc Clairefontaine gondole un peu en bas de la page, je n’ai pas bien mis le buvard rose.

J’ai évité et la tache et le trou dans la feuille ! Les g ne sont pas beaux, le f non plus, les autres lettres ne penchent plus vers la droite comme l’exige la calligraphie, mais je n’ai pas fait de tache. Elle ne me donnera pas de bon point, elle fera une remarque, mais elle ne me punira pas.

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

 

Un seul !

Cette fois je vais jouer au ballon prisonnier !

Je prends peu d’encre dans l’encrier, ce serait trop bête, je fais un beau P majuscule pour le poète, j’aime les poètes, les autres ne vont pas se moquer de moi, cette fois, bien mettre le buvard, là, ça y est presque…

La goutte d’encre s’est écrasée sur le h de huées, je ne me méfiais pas de la remontée de la boucle, les petits points noirs ont atteint gauche et veule.

La catastrophe.

Déjà la maîtresse s’approche de moi, les yeux brillants.

Alors, je reprends une énorme goutte d’encre qui s’écrase sur les ailes de géant.

–        Je le savais !

Elle triomphe, me fait honte devant toute la classe et s’empare de ma plume Sergent-major.

La maîtresse adore dessiner, c’est sa faiblesse. A la place de la tache, elle esquisse un magnifique corbeau noir. Elle contemple son œuvre, satisfaite.

–        Tu recopieras le poème sur une feuille à la maison, mais au crayon à papier.

Double punition : mes parents sauront que j’ai mal fait mon travail, je serai punie à la maison et je devrai recopier au crayon, comme les petits. Elle leur fait savoir qu’elle n’est pas contente de mon travail et pas contente que le maître des petits m’ait fait sauter une classe.

Elle va chercher la ficelle qu’elle avait déjà préparée sur son bureau, me fait mettre debout et m’attache le cahier dans le dos, puis elle frappe dans les mains :

–        Récréation !

 Tenue de la plume et des doigts

Pour donner quelques précisions à la position de la plume telle qu’on l’enseignait jusqu’au début des années 60, voici quelques précisions trouvées sur le très riche blog d’un collectionneur : 

Conseils pédagogiques destinés à l’utilisation optimale de la plume en acier dont allaient être équipés les écoliers.
D’après le dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson paru en 1887

Tenue de la Plume

1-Réunir tous les doigts
2-Ployer légèrement le pouce
3-Le majeur et l’index ne doivent pas toucher le pouce
4-Tourner légèrement la plume à droite pour ne pas écrire sur le tranchant
5-La main droite ne doit pas traîner sur le papier, l’extrémité seulement du petit doigt sert de point d’appui
6-Le manche de la plume passera sur la première phalange et ne franchira jamais la première articulation
7-Eviter de serrer la plume

Position du Corps

1-Le corps fait face à la table, le tenir droit
2-La poitrine ne touche pas la table
3-Les jambes d’aplomb
4-Les coudes sur le bord de la table à égale distance du corps
5-La tête droite
6-Mettre une distance de 30 centimètres entre les yeux et le cahier

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Minitel rose et littérature grise, une théorie de l’ennui

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La théorie de l'informationJusqu’où irez-vous dans la lecture de « La théorie de l’information » d’Aurélien Bellanger ?

Je dis bien « lecture », sans vous octroyer le droit – pourtant légitime dans cet ennuyeux pavé de presque 500 pages – de la lecture rapide.

Cela démarre à Vélizy-Villacoublay, décor tristounet de la saga familiale (ne vous attendez ni aux Atrides, ni à Dalllas, c’est français moyen moyen); on ne nous épargne pas l’historique familial de l’adolescent  qui va devenir un surdoué de l’informatique et surtout des affaires.

On connaît déjà, tous ces milliardaires de l’informatique se ressemblent, celui-là est français, l’auteur l’appelle Pascal Ertanger, et sa famille (on ne nous évite même pas le grand-père…) frise le sommet de l’échelle statistique de la classe moyenne.

Pitié !

L’auteur  s’est sans doute fendu de recherches précises en dehors d’Internet pour fabriquer son héros censé représenter Xavier Niel, le fondateur de Free, mais l’on peine à trouver le personnage intéressant tant l’écriture est plate et le personnage tiré vers la baudruche prête à s’envoler vers des paradis virtuels.

C’est lourd. C’est plat. C’est ennuyeux.

Quelque chose entre Wikipédia et une encyclopédie dont les auteurs auraient oublié d’enlever les lourdeurs. Même mon mari, ingénieur système dans le civil, a peiné sur l’écriture, c’est dire ! Il a continué la lecture, parce que cela lui remémorait certains éléments de son passé informatique, moi j’ai arrêté en plein minitel rose. Je m’ennuyais trop.

Tant de livres, aboutis ou pas, mais vivants, vous attendent chez votre libraire préféré…

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Alexandre Jollien et sa danse avec le tragique

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Petit traité de l'abandonAlexandre Jollien, le philosophe magnifique qui ne se fabrique pas des constructions éthérées mais lutte pour construire une vie bonne et joyeuse, l’écrivain aux phrases superbes et à l’humour un peu cru.

De livre en livre, on le voit évoluer, construire une idée de l’homme sans oublier la glaise qui le colle au sol et le terrasse parfois.

Mais il avance, avec détermination, pour vivre, ici et maintenant, dans la joie alors qu’il aurait toutes les raisons de maudire la mauvaise chance qui lui a fait enrouler trois fois le cordon ombilical autour de son cou à sa naissance.

« Je crois que la détermination, c’est conjuguer l’abandon et une infinie confiance en la vie. Qu’est-ce que je peux faire pour me protéger de la vie ? Absolument rien. Et pourtant, jour après jour, j’essaie de construire des boucliers et des façades qui me protégeraient du tragique de l’existence. La dimension tragique de l’existence fait partie de la vie. Quand on l’a compris du fond de son être, on peut danser avec ce tragique sans se crisper ».

« Ce qui nous sauve, c’est de savoir que l’on ne peut pas guérir de ses blessures mais que l’on peut vivre avec, que l’on peut cohabiter avec elles sans qu’il y ait nécessairement de l’amertume ».

De livre en livre, depuis Eloge de la faiblesse, il avance sur le chemin cahotant de l’acceptation de soi ; de livre en livre, il parle avec une précision cruelle parfois de ce corps soufrant, objet des regards, ce corps rebelle avec qui il doit composer et lutter pour avancer dans sa vie d’homme.

« Quand je prétends maîtriser la vie, ou vouloir changer l’autre, je m’éloigne de la terre. Il me plaît que le mot « humilité » contienne la racine humus, la terre, qui nous rapproche aussi de l’humour. L’humour peut facilement – enfin, quand il ne consiste pas à se moquer de l’autre – nous rapprocher de la terre, de ce que nous sommes vraiment. Un auteur anglais a dit : « Les commodités, les toilettes, c’est le lieu pour apprendre l’humilité. ». L’humilité, c’est être juste à sa place. Elle se conjugue également, comme pour Spinoza, avec un acquiescement total à soi. Celui qui se dénigre va mendier à l’extérieur l’acquiescement, le bonheur, le plaisir, la joie d’être. Tandis que l’humble, parce qu’il « colle » à la réalité, n’a pas besoin d’importer le bonheur. Le suffisant et celui qui se dénigre sont loin de l’humilité. Le premier se coupe du monde en ne comptant que sur lui-même. Le second se coupe de lui-même en ne comptant que sur les autres ».

« Je ne suis pas ce que j’étais hier, je ne suis pas ce que je serai demain, je suis humblement ce que je suis ici et maintenant. Être humblement, là, signifie totalement, pleinement, joyeusement ».

Lisez ce Petit Traité de l’abandon. Pensées pour accueillir la vie telle qu’elle se propose, par Alexandre Jollien, pour la sérénité joyeuse et les leçons de vie de cet homme, philosophe et écrivain, pensant au plus près de l’humain. Vous trouverez tant de richesse humaine, tant de pensée clairement énoncée que la glaise de votre propre vie ne sera plus aussi collante à vos pas.

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