Bridget a seize ans, elle est rousse, belle et plutôt insolente. Elle vient de perdre son père, et marche dans la prairie jusqu’à ce qu’elle atteigne une petite ville de l’Ouest où elle se retrouvera bientôt pensionnaire dans le bordel de la ville, le Buffalo Queen.
Nous nous trouvons dans l’Ouest américain, avec un shérif, des bandits, des cow-boys et des fusillades, mais pas d’Indiens à l’horizon. On ne quitte pratiquement pas le bordel (même pour assister à une pendaison les filles ne quittent pas le balcon), on croit entendre le beuglant, les filles aguichent et boivent du thé pendant le service, nous sommes dans un western. Mais féministe, le western, avec les femmes qui s’épaulent, se jalousent parfois. Les prostituées (au grand cœur, souvent mais à la faible cervelle) servent habituellement de décor dans les westerns, mais là elles tiennent le rôle principal et les hommes sont réduits à leur fonction et leur désir animal. Continuer la lecture
Claudia Cravens
traduction de l’anglais(États-Unis) par Carine Chichereau
Éditions Les Escales, août 2024, 352 p., 23€
ISBN : 978-2-36569-792-7

Il prie dans l’église désertée. Seul face à toutes ces bougies allumées comme autant de requêtes, il joint la sienne. Les yeux levés vers un Christ miséricordieux invisible, il attend un signe, un conseil ou une consolation peut-être. Il est à genoux sur le premier banc en face de l’autel, les avant-bras sur le prie-Dieu. La lumière tremblotante des bougies éclaire la ligne discontinue, le bois s’est usé aux endroits le plus souvent utilisés par les fidèles.
Le superbe premier roman de l’autrice amérindienne Diane Wilson, best-seller aux États-Unis en 2022, nous est parvenu deux ans plus tard avec la belle traduction de Nino S. Dufour aux éditions Rue de l’échiquier. Celui-ci commence par un poème et finit par une prière, et entre ceux-ci trois femmes appartenant à des époques différentes nous transmettent la tragédie de l’oppression coloniale américaine et la force de l’espoir des Amérindiennes.
La Finlande est un pays neutre depuis son indépendance en 1917, elle est dotée d’une armée mal équipée, mal armée, aux effectifs ridicules face à son puissant voisin. Voilà que Staline veut les terres de Finlande qui permettront à ses troupes de manœuvrer facilement dans la guerre. Il pense avaler la petite Finlande d’un battement de cil. L’auteur emploie une majuscule pour tout ce qui se rapporte à celui dont on n’ose prononcer le nom, celui à qui l’on s’adresse en tremblant, Lui le dieu cruel et tout puissant qui a des millions de morts à son actif. Ses représentants les commissaires du peuple ont tout pouvoir et les militaires ne contestent aucune de leurs décisions, aussi aberrantes soient-elles.