Minitel rose et littérature grise, une théorie de l’ennui

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La théorie de l'informationJusqu’où irez-vous dans la lecture de « La théorie de l’information » d’Aurélien Bellanger ?

Je dis bien « lecture », sans vous octroyer le droit – pourtant légitime dans cet ennuyeux pavé de presque 500 pages – de la lecture rapide.

Cela démarre à Vélizy-Villacoublay, décor tristounet de la saga familiale (ne vous attendez ni aux Atrides, ni à Dalllas, c’est français moyen moyen); on ne nous épargne pas l’historique familial de l’adolescent  qui va devenir un surdoué de l’informatique et surtout des affaires.

On connaît déjà, tous ces milliardaires de l’informatique se ressemblent, celui-là est français, l’auteur l’appelle Pascal Ertanger, et sa famille (on ne nous évite même pas le grand-père…) frise le sommet de l’échelle statistique de la classe moyenne.

Pitié !

L’auteur  s’est sans doute fendu de recherches précises en dehors d’Internet pour fabriquer son héros censé représenter Xavier Niel, le fondateur de Free, mais l’on peine à trouver le personnage intéressant tant l’écriture est plate et le personnage tiré vers la baudruche prête à s’envoler vers des paradis virtuels.

C’est lourd. C’est plat. C’est ennuyeux.

Quelque chose entre Wikipédia et une encyclopédie dont les auteurs auraient oublié d’enlever les lourdeurs. Même mon mari, ingénieur système dans le civil, a peiné sur l’écriture, c’est dire ! Il a continué la lecture, parce que cela lui remémorait certains éléments de son passé informatique, moi j’ai arrêté en plein minitel rose. Je m’ennuyais trop.

Tant de livres, aboutis ou pas, mais vivants, vous attendent chez votre libraire préféré…

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Alexandre Jollien et sa danse avec le tragique

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Petit traité de l'abandonAlexandre Jollien, le philosophe magnifique qui ne se fabrique pas des constructions éthérées mais lutte pour construire une vie bonne et joyeuse, l’écrivain aux phrases superbes et à l’humour un peu cru.

De livre en livre, on le voit évoluer, construire une idée de l’homme sans oublier la glaise qui le colle au sol et le terrasse parfois.

Mais il avance, avec détermination, pour vivre, ici et maintenant, dans la joie alors qu’il aurait toutes les raisons de maudire la mauvaise chance qui lui a fait enrouler trois fois le cordon ombilical autour de son cou à sa naissance.

« Je crois que la détermination, c’est conjuguer l’abandon et une infinie confiance en la vie. Qu’est-ce que je peux faire pour me protéger de la vie ? Absolument rien. Et pourtant, jour après jour, j’essaie de construire des boucliers et des façades qui me protégeraient du tragique de l’existence. La dimension tragique de l’existence fait partie de la vie. Quand on l’a compris du fond de son être, on peut danser avec ce tragique sans se crisper ».

« Ce qui nous sauve, c’est de savoir que l’on ne peut pas guérir de ses blessures mais que l’on peut vivre avec, que l’on peut cohabiter avec elles sans qu’il y ait nécessairement de l’amertume ».

De livre en livre, depuis Eloge de la faiblesse, il avance sur le chemin cahotant de l’acceptation de soi ; de livre en livre, il parle avec une précision cruelle parfois de ce corps soufrant, objet des regards, ce corps rebelle avec qui il doit composer et lutter pour avancer dans sa vie d’homme.

« Quand je prétends maîtriser la vie, ou vouloir changer l’autre, je m’éloigne de la terre. Il me plaît que le mot « humilité » contienne la racine humus, la terre, qui nous rapproche aussi de l’humour. L’humour peut facilement – enfin, quand il ne consiste pas à se moquer de l’autre – nous rapprocher de la terre, de ce que nous sommes vraiment. Un auteur anglais a dit : « Les commodités, les toilettes, c’est le lieu pour apprendre l’humilité. ». L’humilité, c’est être juste à sa place. Elle se conjugue également, comme pour Spinoza, avec un acquiescement total à soi. Celui qui se dénigre va mendier à l’extérieur l’acquiescement, le bonheur, le plaisir, la joie d’être. Tandis que l’humble, parce qu’il « colle » à la réalité, n’a pas besoin d’importer le bonheur. Le suffisant et celui qui se dénigre sont loin de l’humilité. Le premier se coupe du monde en ne comptant que sur lui-même. Le second se coupe de lui-même en ne comptant que sur les autres ».

« Je ne suis pas ce que j’étais hier, je ne suis pas ce que je serai demain, je suis humblement ce que je suis ici et maintenant. Être humblement, là, signifie totalement, pleinement, joyeusement ».

Lisez ce Petit Traité de l’abandon. Pensées pour accueillir la vie telle qu’elle se propose, par Alexandre Jollien, pour la sérénité joyeuse et les leçons de vie de cet homme, philosophe et écrivain, pensant au plus près de l’humain. Vous trouverez tant de richesse humaine, tant de pensée clairement énoncée que la glaise de votre propre vie ne sera plus aussi collante à vos pas.

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Une belle critique sur Amazon

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« Prêtre et résistant: un récit passionnant et fouillé sur la seconde guerre et l’engagement, 10 octobre 2012, par floweb (Lausanne, Suisse)

Un très beau livre bien documenté qui parle de la seconde guerre mondiale, pour la France du côté d’Annemasse ainsi que pour la petite Suisse qui essaie de se débrouiller au milieu du marasme.

Le héros est un jeune prêtre qui s’obstine à obéir à sa conscience plutôt qu’à sa hiérarchie. Les conflits moraux auxquels il est confronté nous concernent tous. La résistance dans laquelle se lance le jeune homme est un combat permanent fait de solitude et de solidarité. Son statut de religieux ne lui épargne pas les pires traitements lorsqu’il est pris. Pourtant même le récit des tortures qu’il endure est cohérent avec son désir de vérité et son engagement pour la résistance.

J’ai beaucoup aimé cette biographie dans laquelle l’auteure intervient parfois pour mentionner l’absence de sources ou des oppositions dans les témoignages. Louis Favre est magnifique. Ses relations avec sa famille et sa congrégation sont complexes et l’auteure les décrit de manière très respectueuse.

Un livre à recommander si on s’intéresse à la frontière, si on veut une fenêtre sur la vie pendant la seconde guerre mondiale, si la religion nous importe ou si elle nous insupporte. A lire parce qu’il s’agit de l’histoire d’êtres humains. »

Par floweb.

L’article originel est ici.

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La lettre de François Delpla

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L’historien spécialiste d’histoire contemporaine François Delpla, auteur de nombreux ouvrages, a rendu compte de « Mission et calvaire de Louis Favre » sur son site très documenté sur la seconde guerre mondiale.

Un extrait du début et de la fin de son article:

« Assurément l’une des belles surprises de l’année. Une enseignante de lettres, habitant un village de Haute-Savoie, se lie d’amitié avec son plus vieil habitant, qui se révèle être le frère d’un résistant fusillé en 1944. Il finit par lui transmettre les papiers et les photos conservés par la famille, et par lui demander d’entretenir le souvenir du héros. Elle se met au travail et reconstitue son parcours, aidée par des historiens, des archivistes, des religieux de la congrégation de Louis Favre et des compagnons de résistance ou leur famille, des deux côtés de la frontière franco-suisse.

[…]

Ce livre est une monographie qui pourra rendre de grands services, non seulement pour compléter l’histoire de la Résistance dans une région stratégique, mais pour débrouiller la question complexe de la relation de l’Eglise catholique avec le nazisme, en général et dans deux pays, la Suisse et la France vichyste. »

Voir l’article au complet.

 

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Barbares mous et mondes exténués chez Jérôme Ferrari

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Le sermon sur la chute de RomeLaissez-vous inonder par une écriture insinuante, envahissante, le phrasé de Jérôme Ferrari qui s’étire et vous enrobe, tel un fluide dont vous n’arriverez pas à vous défaire avant d’avoir terminé Le sermon sur la chute de Rome.

« Nous ne savons pas, en vérité, ce que sont les mondes. Mais nous pouvons guetter les signes de leur fin. »

C’est exactement le propos du livre ; guetter les signes de la fin de mondes épuisés, comme la Rome du Vème siècle saccagée par les Wisigoths d’Alaric.

Le sermon sur la chute de Rome, prononcé par Saint Augustin dans sa cathédrale africaine d’Hippone le 4 décembre 410 sert de fil conducteur. C’est la fin d’un monde, dans la fureur et le sang : Rome n’est plus, détruite en trois jours non par une grande armée mais par de médiocres barbares.

Ces mêmes barbares dont le fil ténu de l’existence, entre inconsistance et lâcheté, goût du lucre et naïveté, vont contribuer à la destruction du monde immobile d’un village de Corse.

Les amis d’enfance Matthieu Antonetti et Libero Pintus abandonnent leurs études pour reprendre un bar qui périclite dans leur village de Corse.

Argument ténu, improbable cheval de Troie pour la destruction d’un monde que ces deux antihéros : Libero le meneur, plein d’un universel mépris englobant Saint Augustin son sujet de mémoire et Matthieu le suiveur, qui a choisi Leibniz et « l’inconcevable pyramide des mondes possibles ».

Les deux amis se sauvent ,dans tous les sens du terme, en Corse.

Le canevas du livre est en place : Saint Augustin, une forteresse, les mondes possibles et de préférence heureux, la destruction compagne de la création.

Les personnages et les époques se télescopent : le grand-père de Matthieu, Marcel, – mêmes initiales, même absence de destin mais calquée sur l’histoire coloniale de la France – , sert de double à son petit-fils pour lequel il n’a que mépris. C’est lui qui prête à son petit-fils l’argent nécessaire à l’installation dans le bar, non par amour mais pour le plaisir de le voir se détruire.

Histoire familiale compliquée où l’amour n’est pas la carte maîtresse, arrière-plan incestueux courant tout au long du roman. Le père et la mère de Matthieu sont cousins germains, élevés comme frère et sœur dès les premiers mois de la vie par la sœur de Marcel dont la très jeune femme est morte dans les colonies. Cette notion d’inceste reparaît lorsque Matthieu dort avec les deux serveuses du bar, « des sœurs dont le baiser incestueux exhalait des parfums de suave rédemption ».

Peut-on parler de personnages face aux êtres inconsistants qui peuplent de leur mollesse ou de leur mépris ce roman dont on n’arrive pas à se détacher ? Peut-être l’ombrageux Libero, mais cela ne lui portera pas chance car il sera l’instrument du destin. Peut-être la jeune femme lumineuse et stupide de Marcel. Peut-être surtout Aurélie, la sœur de Matthieu, le soutien de ses parents et de son grand-père, à la recherche de la cathédrale de Saint Augustin, Aurélie qui incarne les valeurs traditionnelles de responsabilité et qui fustige la lâcheté béate de son frère.

Les mondes se croisent, les valeurs s’effondrent, rongées par l’acide de la jouissance individuelle ou les miasmes du colonialisme.

Pas sûr que la conclusion optimiste du Sermon de Rome, fondée sur une foi d’airain, convienne à notre époque et à Jérôme Ferrari.

Reste un roman magnifique, dans l’air du temps du catastrophisme ambiant, mais avec un ton si particulier, si personnel, qu’il faut absolument le lire.

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