Il était une fois une petite fille qui n’aimait pas les poupées et rêvait d’avoir un animal vivant, pas une peluche. Demande entêtée à laquelle les parents refusent d’accéder : ils lui offrent une poupée pour Noël. Terrible déception ! La petite fille s’interroge : où vont les rennes après Noël ? Que font-ils ?
Ce conditionnement inhérent à l’éducation d’un enfant ressemble fort à du dressage, et nous l’avons tous expérimenté, même si nous ne nous en souvenons plus.
Le monde est un tissu de mots, nous sommes tout entier protégés et maintenus en vie par les moyens à la fois coercitifs et maternels du texte. (p.21)
Les moyens à la fois coercitifs et maternels : mère juive omniprésente et volonté de normaliser cette enfant rebelle. Le monde des hommes est une cage pour celle qui parle d’elle à la deuxième personne, elle emploie ce « tu » agressif et dérangeant comme mise à distance et façon de secouer celle qui essaie d’ouvrir les barreaux de la cage.
En face d’elle, de ses interrogations, progressions, évolutions, les gens qui vivent avec les animaux, ou les utilisent : dresseur de loups, boucher, gardien de zoo, soigneur ; les voilà qui s’expriment à la première personne, le « je » de l’identité, et qui racontent avec minutie leur travail et la façon dont ils ont été amenés à le choisir. Et le texte se construit, alternant les passages de la petite fille qui devient femme avec les discours des professionnels du monde animal.
Le dressage de la première en filigrane du dressage des autres.
Vous savez maintenant ce que font les rennes après Noël. Le désenchantement est une forme comme une autre d’émancipation intellectuelle. (p.194)
Ce passage incessant de l’une aux autres est déroutant, souvent fatiguant, il faut tenir la distance… Les paragraphes, très courts, oscillent en perpétuel balancier. Personnellement j’ai eu de la peine, malgré la fascination exercée par certains passages étonnants, telle cette obsession du film de Jacques Tourneur, La Féline, où une femme panthère dévore son mari après l’amour, mante religieuse du règne animal. La précision ethnologique des métiers autour du monde animal versus l’émancipation d’une femme qui finit par assumer sa sexualité est intéressante, mais le système peut lasser. Je me suis un peu perdue en route, fatiguée, agressée par ce « tu » qui n’évoquait que peu de choses en moi.
Pour vous émanciper, il vous faut d’abord renoncer (p.200)
C’est évident. Chacun et surtout chacune doit choisir sa propre cage et tordre les barreaux de son choix. Et assumer son propre désenchantement…
Voici la quatrième de couverture :
« Vous aimez les animaux. Ce livre raconte leur histoire et la vôtre. L’histoire d’une enfant qui croit que le traîneau du père Noël apporte les cadeaux et qui sera forcée un jour de ne plus y croire. Il faut grandir, il faut s’affranchir. C’est très difficile. C’est même impossible. Au fond, vous êtes exactement comme les animaux, tous ces animaux que nous emprisonnons, que nous élevons, que nous protégeons, que nous mangeons. Vous aussi, vous êtes emprisonnée, élevée, éduquée, protégée. Et ni les animaux ni vous ne savez comment faire pour vous émanciper. Pourtant il faudra bien trouver un moyen. »
Olivia Rosenthal
Verticales, août 2010, 216 p., 17,15 €
ISBN : 9782070130221


La petite visiteuse du musée Bourdelle s’ennuie ; elle suit d’abord sa maman puis se sauve du côté du jardin. Magique ! Derrière la bordure de buis, elle a trouvé quelque chose. Une fleur ? Un escargot ? Un caillou ? Impossible de le savoir. Elle se penche, prête à saisir l’objet de sa convoitise ; sa petite main s’avance. Au même moment, la baigneuse accroupie penche le buste.
Dexter, Doctor Who, où il apparaît soit sous forme de personnages soit sous forme de tableau. France 2 l’a repris 

Grant Wood flanque sa sœur et son dentiste. Il vieillit la sœurette qui se retrouve avec un austère tablier comme une fermière du siècle précédent, et il déguise également
Au moment où Grant Wood a peint son tableau, la moitié de ses compatriotes se trouvaient dans un tel état de pauvreté que des troubles éclataient un peu partout dans les villes et que des milliers de familles de fermiers se retrouvaient sur les routes ou dans des sortes de camps de réfugiés, les Hoovervilles. Cette belle maison blanche traditionnelle avec ce père et cette fille vieillissante ne faisaient rêver personne : visage figé, sévère, regard triste, on ne sait pas si l’homme tient sa fourche comme une arme pour se défendre contre d’éventuels rôdeurs affamés ou pour marquer de façon symbolique son appartenance à une communauté. Vous remarquerez que le même motif de la fourche
Les deux caniches regardent les badauds, bien au chaud, dans la vitrine de l’opticien. Il s’agit d’un couple anglais traditionnel, madame arbore des lunettes roses et monsieur des lunettes bleues. Deux adorables petits chiens en mousse des bois soigneusement vaporisée : elle doit conserver sa teinte et ne pas virer au jaune lépreux des herbes mourantes.