Charlie Hebdo: sidération et malaise

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La semaine passée la France a connu un véritable séisme, le pire des scénarios possibles : des terroristes musulmans attaquant un bastion anarchiste libertaire puis une épicerie juive.

Charlie Hebdo, symbole comme tant de gens l’ont dit de l’esprit frondeur du pays, a connu un massacre qui a laissé l’ensemble de la France dans un état de sidération. Et quand celui-ci a été suivi du meurtre de cette malheureuse jeune femme agent municipal puis de la prise d’otage de l’épicerie de Vincennes, cela fit l’effet d’une bombe : le pays se trouvait en guerre.

La France n’a jamais effacé la tache du Vél’ d’Hiv et chaque attentat contre la communauté juive réveille des peurs et un malaise profond, l’appel du premier ministre israélien encourageant les juifs de France à rejoindre leur vraie patrie n’a rien arrangé.

Ce qui a suivi ces attentats restera dans l’histoire du pays comme un moment de gigantesque sursaut républicain et de communion nationale qui a culminé ce week-end avec les manifestations les plus extraordinaires depuis longtemps.

Bien sûr…

Cependant un certain nombres de choses me gênent dans le traitement des informations par exemple. Tous les médias ont fait leur une sur les événements, mais très vite cela s’est mis à ressembler à la traque de OJ Simpson, les informations en temps réel gênant plus qu’autre chose le travail de la police. Quant aux hommages de tous bords concernant Charlie, cela a très vite viré à la grand-messe : où se trouvaient donc tous ces admirateurs aux larmes plein la voix quand le journal se trouvait au bord de la faillite ?

L’extraordinaire succès de la formule « Je suis Charlie » mérite aussi qu’on s’y attarde. Un slogan simple, percutant. Tout ce noir, peu de lettres, et toutes les significations du monde, ce qui a permis à la bourse de New York de l’afficher. La bourse de New York ! On croit rêver ! S’il existe une vie après la mort ils doivent s’étouffer de rire, là-haut !

Depuis mercredi la vie du pays s’est arrêtée, quoi de plus normal. Mais cela a vite tourné à la manipulation de masse, avec un appel à l’émotionnel extraordinaire. Où était la réflexion ? Comment était-on arrivé à de pareils drames ?

On s’est beaucoup tourné vers les services de renseignement et la police, leur travail, le nombre de terroristes potentiels, la façon de les neutraliser. Parce que nous voulons notre sécurité, bien sûr, mais à quel prix ? Tant d’émotions déployées vont-elles nous mener à une surveillance accrue de tous les citoyens, à des privations de liberté ?

On s’est aussi tourné vers la communauté musulmane : pas d’amalgame, les musulmans doivent manifester, montrer qu’ils ne sont solidaires en rien avec ce qui vient de se passer, etc.

Dans les écoles on a demandé une minute de silence, on a demandé aux enseignants (souvent de français) d’expliquer ce qui venait de se passer, la liberté qu’on assassine, etc.

Combien de journaux ont parlé des difficultés des enseignants à faire passer ce qu’on leur avait demandé de relayer ? Combien de journaux ont relaté l’hostilité des élèves, leur refus de trouver le sort des journalistes de Charlie Hebdo injuste ?

On préfère parler de quelques terroristes qu’il suffit de mieux cibler pour prévenir les attentats plutôt qu’une évolution nécessaire de l’islam vers moins de soumission à la tradition et aux imams. On préfère mettre en avant le slogan « Not in my name », pas en mon nom, d’une minorité intellectuelle musulmane courageuse plutôt que de demander à la communauté musulmane de s’inscrire dans la modernité et la tolérance. Pour plus de précisions je vous conseille la lecture de cet article d’un philosophe musulman.

Le hasard, cruel, a voulu que les attentats se produisent lors du démarrage du roman de Houellebecq, Soumission, traduction semble-t-il du mot Islam. Espérons que la fiction de l’auteur français le plus connu au monde apparaisse plus tard pour ce qu’elle est : un roman et non la projection d’un monde où il ne suffira plus de manifestations de masse pour défendre la liberté de penser.

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L’ami barbare, portrait épique et fraternel

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L'ami barbareOù se trouve la littérature suisse romande aujourd’hui ? Confinée dans des territoires intimistes où le non dit s’accumule dans le texte comme le brouillard dans la plaine du Rhône ? Coincée entre un calvinisme paralysant et le puissant voisin français ? Balivernes ! Précipitez-vous sur le dernier roman de Jean-Michel Olivier, L’Ami barbare, cette fausse biographie de Vladimir Dimitrijević le fondateur des éditions L’Age d’homme à Lausanne, une des plus belles maisons d’édition européenne. Fausse biographie tellement le vrai et le faux s’entremêlent en une passion tumultueuse, et vrai roman, grand roman. Dimitri comme l’appelaient ses proches aurait approuvé. La littérature, c’était sa raison de vivre et son ami Jean-Michel Olivier lui rend, avec ce livre trépidant, la vie qui est partie dans un dernier choc en juin 2011.

Roman Dragomir vient de mourir.

Vous voici réunis, enfin, autour de mon cercueil.

Oui, vous êtes tous là, dans la petite église, ma fille gothique et mon fils businessman, mes collègues, mes complices, mes amis de toujours, mes femmes et mes docteurs, les illustres inconnus que j’ai voulu faire connaître, les souris grises de l’Université et les dames patronnesses du Journal… Oui, tout le monde est là avec cet air de contrition qu’ont les Occidentaux lors des enterrements, alors qu’il faudrait rire et danser joyeusement autour des encensoirs, comme dans mon pays, rire et chanter toute la nuit en buvant sec et en fumant des cigarettes, car la mort n’existe pas, il n’y a que des migrations.

Sept personnes vont prendre la parole devant le cercueil, sept voix auxquelles Roman va répondre, partagé entre le spectacle qui se joue dans l’église et ses réponses peu amènes aux personnages qui l’entourent. On comprend vite que l’empathie et l’urbanité ne figuraient pas dans le catalogue du défunt. Jean-Michel Olivier prend d’ailleurs un plaisir évident à se dégommer :

Ah, te voici, grand échalas mélancolique !

Même dans la fournaise, tu portes cette longue écharpe rouge qui est ta marque de fabrique ! Pourtant, il ne suffit pas de porter une écharpe rouge pour être un écrivain, tu le sais bien, Pierre : il faut écrire des livres. Et des bons livres…

Tu as l’air affecté. Lunettes noires, cheveux brillantinés, costume de lin gris clair. Traits creusés par les nuits blanches de clope éteinte au bec. Presque une épave, Pierre ! Mais tu me connais bien : ta main tremblante dépose sur mon lit de satin une bouteille de rakia. Et pas n’importe laquelle.

Dans ce roman tout va vite, tout est excessif, loin de l’image feutrée de l’Helvétie. Il faut dire que ce Serbe sauvage a secoué le cocotier du monde endormi de l’édition lémanique, ce barbare mal éduqué et fascinant bousculait tous les codes : fini d’être entre soi voilà qu’un inconnu au pedigree invérifiable se mettait à publier à tour de bras des auteurs de l’Est, donnant un coup de projecteur éblouissant sur l’édition helvétique. Preuve absolue de mauvais goût que l’on tourne vite en sourires.

Tout se mêle dans ce roman incandescent, y compris l’épique avec l’épisode où Roman décide de devenir agent de joueurs parce qu’il a la passion du foot et qu’il lui faut se refaire car sa maison d’édition est au bord de la faillite. Trieste, Belgrade, dévastations et atrocités de la guerre, mafia locale.

Préparez-vous à un galop effréné où se mêlent le tragique et le grotesque, le naïf et l’inquiétant. Attention à tout ce qui va vous saisir dans un chaos total : une sorte de rire et de peur devant l’inconscience de Roman et la folie de l’histoire, de délectation et de malaise devant sa façon de bousculer les bien-pensants et les faibles, mais aussi une fascination romantique devant les femmes à qui l’auteur donne de très beaux rôles dans cette comédie picaresque.

Cette biographie échevelée d’un homme hors-norme, cette biographie menteuse de l’un des éditeurs les plus atypique du vingtième siècle traverse les périodes les plus sombres de notre histoire. L’enfance en Serbie avec le foot et la religion orthodoxe (le véritable Vladimir Dimitrijević est né en 1930), la guerre et les fissures entre Serbes et Croates, la création de la Yougoslavie communiste, la répression, l’espoir du Printemps de Prague, encore la répression. Tout défile dans ce livre qui n’occulte pas les dérives nationalistes et la chute de l’éditeur arrogant.

Enfin la revanche des tièdes bien de chez nous, le triomphe des intellectuels discrets !

Il est vrai que le véritable Roman s’est fourvoyé dans des dérives nationalistes, intoxiqué par ceux que l’auteur appelle les âmes noires. Mais Vladimir Dimitrijević a lutté jusqu’au bout pour la survie de sa maison d’édition, malgré les portes qui s’étaient fermées, malgré l’omerta générale ; pour faire mourir un livre pas besoin de se salir les mains, il suffit du silence des médias. Il est mort au volant de sa camionnette, en train de transporter ses livres.

L’amour des femmes, du foot, et par-dessus tout de la littérature, le tout pimenté d’âme slave – larmes abondantes et dureté – tel est le portrait qui émerge de ce roman aux multiples entrées. Impossible de résumer un être aux éléments les plus évidents de sa vie nous le savons bien : les êtres nous échappent et encore plus un feu follet comme celui que Jean-Michel Olivier s’est attaché à superbement restituer.

L’avoir prénommé Roman est une idée lumineuse à la mesure du personnage. Cette vie incroyable restituée avec intensité et humour, avec tendresse mais sans complaisance nous fait traverser presque un siècle d’histoire et découvrir que la vie dans la région de Lausanne ne ressemblait pas à une histoire de chocolats et de banques.

L’auteur fait dire au défunt :

J’ai roulé lentement, ton manuscrit sur les genoux, impatient de le lire. Je savais qu’il serait excellent.

C’est exact. Lisez si ce n’est déjà fait ce roman incandescent, presque trois cents pages d’hommage autant à un homme qu’à la littérature.

L’Ami barbare
Jean-Michel Olivier
Éditions de Fallois / L’Âge d’Homme, juin 2014, 292 p., 19 €
ISBN : 978-2-87706-877-2

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Nicolas Couchepin l’humaniste helvétique

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Couchepin_reduitLe vendredi 18 décembre 2014 l’écrivain suisse Nicolas Couchepin est venu à la bibliothèque d’Annemasse confronter les grilles de lecture de son roman Les Mensch avec ses lecteurs français dans le cadre de Lettres Frontière 2014.

Quel magnifique moment ! Joutes d’idées, collusion de lectures, d’interprétations, rien de tiède, rien d’agressif non plus parce que l’auteur est un homme porté au consensus et à la discussion et ne manie jamais l’oukase. À aucun moment il n’a contré une interprétation de son texte; attentif, tout en concertation et en écoute.

Sa façon de se dévoiler sans fard, sans protection et sans impudeur aucune, de montrer la gestation de ses personnages et ce qu’ils doivent à sa vie personnelle ont fasciné les lecteurs (enfin surtout les lectrices parce qu’il y avait peu d’hommes dans l’assistance).

Les moments les plus importants furent ceux où il a fait lecture d’extraits son roman. Alors la dimension humaine, la précision et la beauté de la langue sont apparues dans toute leur force. Le monologue de la mère parlant du deuil de vivant de son enfant handicapé a bouleversé l’assistance. Les autres pages choisies par l’auteur mettaient en lumière des évidences que je n’avais pas vues, tout à ma grille de lecture personnelle. Un écrivain n’est pas toujours la personne la plus adaptée pour lire son texte, mais là, vraiment, je crois que personne n’aurait pu rendre aussi intelligible la recherche obstinée des personnages du plus haut sens de leur vie.

J’ai fait une critique de ce livre dans ce blog, je crois que je pourrais en refaire une autre : oui Les Mensch est un titre bien choisi, la famille qu’il nous décrit n’est pas ordinaire, elle fait du mieux qu’elle peut, selon l’auteur, tendue vers le bonheur de ses membres et la lumière, même si celle-ci vient de la cave. Cette famille, c’est celle de tous les hommes, pense l’auteur avec générosité. Nicolas Couchepin, l’humaniste helvétique a fait beaucoup de bien ce soir-là à ses lecteurs français.

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La conjuration des imbéciles, odyssée foireuse

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conjuration des imbécilesLes frères Cohen ont-ils lu La Conjuration des Imbéciles avant de créer le personnage du Dude dans The Big Lebowski ? La postérité de ce livre hénaurme, dérangeant, drôle et triste à la fois n’en finit pas de surprendre plus de trente ans après sa parution.

John Kennedy Toole s’est suicidé à 31 ans en 1969 par désespoir de voir son livre refusé par tous les éditeurs. Dix ans plus tard sa mère a obtenu que cette injustice soit réparée, mettant en branle un immense mouvement conduisant le livre de son fils jusqu’au prix Pulitzer en 1981 et à un incroyable succès de librairie !

La Conjuration des imbéciles doit son titre à une citation de Jonathan Swift mise en exergue au début du roman :

« Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui.

Je ne suis pas sûre qu’Ignatius J. Reilly, étudiant en littérature médiévale hypocondriaque vivant chez sa mère alcoolique soit un génie, mais ses démêlés avec tout ce qui constitue la Nouvelle-Orléans des années soixante : chrétiens fondamentalistes, beatniks, policiers, « communiss » etc. nous donne un portrait désopilant et scatologique du Sud de l’Amérique.

— Ignatius ! s’écria Mme Reilly, tragique. Chaque jour c’est à croire que tu deviens encore pire ! Que t’arrive-t-il ?

— Va donc chercher ta bouteille dans le four. Elle doit être à point.

Mme Reilly lança à son fils un regard en dessous et lui demanda :

— Ignatius, t’es bien sûr de pas êt’communisse ?

— Oh, Seigneur Dieu ! Beugla Ignatius. Chaque jour je suis soumis à une chasse aux sorcières maccarthyste dans cette bâtisse croulante ! Non ! Je te l’ai déjà dit ! Je ne suis pas un compagnon de route.

Et l’histoire avance, dans un langage chaloupé où les mots de la Nouvelle Orléans (chapeau bas monsieur Carasso pour la traduction !) enrobent de hot dogs bouillants les conversations déglinguées des protagonistes.

A la guinguette de Mattie, Jones emplit son verre de bière et enfonça ses longues dents jaunes dans la mousse.
— Cette bonne femme, là, Lana Lee, ne traite pas comme il faut, Jones, était en train de lui dire M. Watson. Si y a quèque chose qu’j’aime pas voir, c’est bien un homme d’couleur qui s’moque sa propre couleur. Et c’est ça qu’a t’fait faire en t’costumant en nègre du bon vieux temps des plantations, pas aut’chose !
— Oua-ho ! Les négros comme nous, on s’fait déjà assez chier comme ça sans qu’les gens en pusse y viennent nous charrier pasqu’on est noirs. Merde alors. Ma conn’rie, ç’a été d’dire à c’enfoirée d’Lee qu’les flicards m’avaient dit d’trouver un boulot.

Le boulot, le travail, le mot maudit, les fourches caudines sous lesquelles la mère d’Ignatius aimerait bien le voir passer pour

 affronter l’ultime perversion : ALLER AU TRAVAIL

Notre génie obsédé par son flux gastrique est placé sous la figure tutélaire menaçante de sa mère avec qui il a des disputes homériques. Ignatius méprise l’humanité entière et draine une cohorte de bras cassés dans son sillage. Quel monde ! Quelle agitation dans cette cour des miracles américaine où les aventures en eau de boudin de ces marginaux pittoresques nous font rire, d’un rire teinté d’un soupçon de tristesse et d’angoisse.

Ce n’est pas la dernière pirouette du destin que ce livre refusé par tout le monde décrivant des perdants déphasés soit devenu une success story à l’américaine.

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La suppression des notes : poudre de Perlimpinpin

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ceridwen [CC BY-SA 2.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0)], via Wikimedia CommonsEt voilà que cela recommence: on s’écharpe dur entre partisans et opposants des notes à l’école.

Et si c’était cosmétique, une façon d’agiter les médias et d’angoisser les parents d’élève ? Et si c’était une manière très économe de détourner la population du vrai défi de ce XXIe siècle à savoir la mondialisation de l’éducation et la manière d’y répondre pour que nos enfants ne soient pas hors course ?

Parlons d’abord des notes, puisque c’est ce qui suscite tant d’émotion…

Je vais vous donner l’exemple de l’enseignement genevois où des experts français viennent expliquer (dans des séminaires grassement payés) aux autorités et aux enseignants comment faire évoluer l’éducation des petits Genevois. Le Département de l’Instruction Publique (DIP) s’est toujours montré fort réceptif aux arguments de tous bords. Un petit rappel : les élèves genevois sont notés de 1 à 6, la moyenne se situant à 3,5 ou 4 selon les degrés d’enseignement. Les enseignants ont donc abandonné un temps la notation qui traumatisait leurs élèves pour passer à une notation par lettre A, B, C. Mais les élèves ne s’y retrouvaient pas, habitués qu’ils étaient à la notation ; ils demandaient : « Mais c’est un B – ou un B + ? » Quand cela a tourné au A++ (comme la notation actuelle de l’économie des états) le DIP est revenu aux notes.

A titre personnel j’ai vécu en France en tant qu’élève ce même système de notation après mai 1968… avant qu’il soit abandonné.

Les élèves ont besoin de se situer, ils ne se trouvent pas dans le monde des Bisounours et ils le savent. Observez de près la cours de récréation d’une école maternelle, vous verrez alliances et exclusions, loi du plus fort qu’il faut canaliser. Cela ne s’améliore pas, on s’en doute, dans les degrés suivants. Les notes, c’est un pis aller, une facilité pour tout le monde. Imaginez un bulletin comprenant trois pages d’acquis, en cours, non maîtrisés, à consolider, etc… Vous imaginez la perplexité des parents ? Et celle des enfants, incapables de se situer dans le groupe ?

Je ne suis pas en train de défendre la note ; j’ai enseigné très longtemps et j’ai pu constater les dégâts qu’elle peut causer. J’ai manié à l’occasion des accommodements avec celle-ci parce que je n’avais aucune illusion sur la part de subjectivité du chiffre que je mettais en haut de la feuille avec mes observations. Le miracle d’une copie tellement au-dessus de la note qu’attend l’enfant, le tout assaisonné d’une énorme dose de compliments style « Je savais qu’à un moment tu montrerais ce que tu sais faire ! » pouvait opérer des miracles. La confiance en soi. La façon de donner cette confiance éteinte par des décennies de la fameuse courbe de Gauss.

On expliquait aux jeunes enseignants qu’une bonne notation d’une série de copies devait ressembler à une courbe de Gauss, avec le même nombre de têtes qui dépassent et de têtes coupées, c’est-à-dire que quel que soit le niveau de réussite des élèves le résultat était le même… Magnifique émulation !

La note n’est pas non plus un mal nécessaire : en Finlande, pays régulièrement en tête des enquêtes PISA dont je reparlerai une autre fois, la notation des élèves n’intervient qu’à l’âge de quatorze ans à des fins d’orientation. Si l’école finlandaise réussit si bien à ses élèves, c’est que c’est un projet de société mis en place depuis quarante ans et que le socle de ce projet c’est la confiance.

Confiance envers les enseignants qui sont très soigneusement sélectionnés pour leur intérêt vis à vis des enfants et ensuite très bien formés. Pas de choix négatif parce qu’avec des études de lettres il ne reste que l’enseignement comme dans beaucoup de pays… Une fois leur formation terminée (niveau master), les enseignants bénéficient d’une grande liberté dans leur classe située dans des établissements petits et très autonomes. Une précision importante : ils ne sont pas inspectés et donc pas notés.

Confiance envers les enfants qui sont pris en charge de manière individualisée et qui apprennent à leur propre rythme dans un tronc commun obligatoire de sept à seize ans.

Un choix de société où l’école se veut le miroir de ce que cherche l’état : une société où chacun trouve sa place. N’est-ce pas ce à quoi tout le monde devrait réfléchir, du ministère de l’éducation nationale à la FCPE, de nos ministres aux citoyens qui ont le pouvoir du vote et l’oublient souvent. Une société où on ne rabote pas les enfants pour le faire entrer dans le moule impossible et imbécile de l’élève moyen. La moyenne, ce cauchemar pire que la note !

Continuons à nous écharper autour du problème de la notation plutôt qu’à réfléchir à la manière de contribuer à l’épanouissement et à l’éducation de futurs citoyens qui seront confrontés à des défis dont on peine encore à imaginer l’importance. Le choix politique d’une école plus égalitaire et plus performante ne passe pas par cette poudre de perlimpinpin mais par des décisions autrement plus ambitieuses.

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