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Dans quelle langue est-ce que je rêve ? d’Elena Lappin : le flot des langues accumulées

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LappinOn parle des migrants comme si c’était une réalité nouvelle, comme si l’afflux massif par-delà la Méditerranée, phénomène majeur de notre siècle, était une nouveauté. Elena Lappin, journaliste et écrivain dont j’hésite à donner la nationalité tant celle-ci est issue d’un mélange complexe, nous restitue à travers son cas personnel ce que signifie être migrant. Loin de ce qui nous vient à l’esprit, mais avec humour et finesse, elle décortique ses origines et tribulations familiales, les exodes successifs volontaires ou non.

Elena est née à Moscou, ensuite elle passe son enfance à Prague avant de se retrouver adolescente à Hambourg quand ses parents passent à l’Ouest. Chaque fois un nouveau pays, une nouvelle mentalité et une nouvelle langue. Lire la suite

Dans quelle langue est-ce que je rêve ?
Elena Lappin
traduit de l’anglais par Matthieu Dumont
Éditions de l’Olivier, avril 2017, 384 p., 23€
ISBN : 9782879296456

La Servante abyssine, splendide roman intemporel

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servante_abyssineJanvier : rentrée littéraire, mois du blanc et des soldes. Dans le désordre. Les sociologues nous apprennent que nos habitudes de consommation changent : on veut désormais du solide, du durable, on se précipite moins sur le miroir aux alouettes, paraît-il.

C’est la raison pour laquelle je voudrais revenir sur un roman publié chez Actes Sud en 2003, le premier roman d’une jeune femme, Carine Fernandez, un roman époustouflant de maîtrise, un roman qui se dévore d’une traite : pas de gras ou de maladresse dans ce texte de 180 pages, pas de romantisme de bazar, pas de sociologie prétentieuse ; rien que la description d’une vie de servante noire arrivée dans les années soixante-dix en Arabie Saoudite ; rien que l’obsessionnel ennui et la vacuité des femmes saoudiennes ; rien que les multiples façons de survivre dans ce pays lorsqu’on est une inférieure, noire et chrétienne dans un état où les morts non-musulmans n’ont pas le droit d’être enterrés ; rien qu’un style somptueux mis au service d’une histoire magnifique.

Elle n’était pas venue de Djakarta ni de Kuala Lumpur comme les modernes esclaves. Non, juste traversé la Mer rouge après huit journées de marche pour rejoindre Asmara et attendre deux ans et six mois le train jusqu’au port de Massaoua. Deux ans, six mois, huit jours, pour voir enfin la mer et respirer la chaleur suffocante de la plaine côtière. Même air, même mer pour eux les peuples squelettiques de la Corne d’Afrique, que pour les veaux gras du Hedjaz.

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La servante abyssine
Carine Fernandez
Actes Sud, mai 2003, 192 p., 17,30€
ISBN : 978-2-7427-4354-4