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L’Envol du sari début octobre aux éditions Les Escales

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L'envol du sari, par Nicole GiroudIl y a longtemps que je travaille sur ce roman, je vous en ai parlé à maintes reprises et je ne vais pas revenir là-dessus.

Enfin il sort début octobre, aux éditions Les Escales, ce roman qui mêle les plus hauts sommets d’Europe et de l’Inde, les débuts chaotiques de cette république du sous-continent indien avec le calme de la vie quotidienne d’une petite ville de Haute-Savoie, une haut-fonctionnaire indienne avec un romancier français très susceptible.

L’héroïne est flamboyante : elle s’appelle Rashna, ce qui signifie « la création », et c’est bien de cela dont il s’agit, puisque notre romancier fragile devra rendre la vie à celle-ci sous la surveillance de la fille de l’héroïne. Pour l’avoir vécu avec l’écriture d’une biographie romancée, je sais que les familles ne sont jamais contentes du portrait qui leur est renvoyé du héros ou de l’héroïne de la famille, à moins de flagornerie et de complaisance manifestes de l’écrivain.

Exercice de haute-voltige pour Quentin, mais aussi incursions de sa vie privée qui influe sur l’écriture du roman, tout est lié : la culture et la religion de l’héroïne, la façon peu glorieuse dont les dépouilles des victimes des deux crashes indiens ont été traitées, la découverte de la fascinante religion parsie, le choc des différences sociales, tout se mêle dans ce texte qui j’espère vous apprendra beaucoup de choses, vous fera sourire parfois, vous séduira souvent tant Rashna vous fera rêver.

Critiques (les plus récentes d’abord) :

Livres et autres babioles

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The_Rosie_ProjectLa période des achats compulsifs de Noël est terminée, et les publicités pour les « beaux livres » qui font tant d’effet au salon à côté de la boîte de chocolat disparaissent en même temps que les catalogues de jouets. Sur internet ou à la radio on vous a incité à l’achat de livres, pas de liseuses, et il semble que les ouvertures de librairies se multiplient, ce qui est réjouissant. L’achat de livres numériques ralentit malgré les nombreux avantages de ce support immatériel, et les professionnels du secteur lorgnent de nouveau du côté des lecteurs rétrogrades.

Je vais vous raconter une expérience personnelle dans le Tube de Londres. Il ressemble à tous les métros du monde : distribution de journaux gratuits juste avant la bouche  du tube digestif (traduction personnelle et non littérale de ce gouffre obscur qui avale des millions de personnes par jour).  Gens pressés, parapluies, regard orienté vers les marches et main qui prend en automate le journal tendu par un autre automate. Les heureux propriétaires d’un siège ferment les yeux ou regardent droit devant eux d’un air vague et/ou hostile s’ils se sentent observés ; hochent la tête en cadence, yeux mi-clos ; tapotent sur leur smartphone comme s’ils continuaient de travailler au bureau ou jouent à un jeu, ce qui se pratique aussi au bureau ; parcourent le journal gratuit avant de le laisser sur le siège lorsqu’ils arrivent à destination ; restent concentrés sur leur liseuse ou leur tablette, indexe levé, prêt à glisser à la page suivante ; bouquinent un livre souvent corné, vous savez, ce truc démodé dont on prédit la disparition et qui n’a pas besoin d’être rechargé.

J’avoue m’intéresser aux dernières catégories. Les lecteurs, mes semblables.

Les liseuses et leurs propriétaires me laissent dans un état de frustration intense, impossible de satisfaire ma curiosité mais les lecteurs, ah les lecteurs ! Quel bonheur de les voir refermer leur livre au message annonciateur de leur station et de découvrir à la dérobée le titre de celui-ci ! C’est comme si la porte d’entrée de ses préférences  venait de s’entre-bailler ou qu’il ait oublié de tirer les rideaux, la nuit venue, dévoilant la chaude intimité de ses aspirations.

Cette année-là de nombreux lecteurs londoniens étaient plongés dans The Rosie Project. Titre mystérieux : roman d’anticipation ? D’espionnage ? Machination atroce en vue d’anéantir l’humanité ? Au retour, dans l’avion, mon voisin de siège, un Anglais d’un certain âge, sort The Rosie Project de son sac. Impossible de ne pas lui demander de quoi parle le livre, on est serrés comme des sardines ce qui autorise une certaine familiarité. J’explique que j’ai vu beaucoup de passagers du Tube plongés dans ce livre, je veux savoir de quoi il parle. Mon voisin sourit :

— Cela parle d’un jeune homme atteint du syndrome d’Asperger, il a beaucoup de peine à entrer en contact avec les gens et il est tombé amoureux d’une jeune femme nommé Rosie. Le livre raconte ses travaux d’approche, c’est vraiment drôle et charmant.

Ainsi les passagers se passionnaient pour les maladresses d’un autiste ! Les travaux d’approche d’un jeune homme pour qui la vie en société reste obscure et les signaux brouillés, pour qui dire un mensonge ou une simple flagornerie n’est pas envisageable par absence de compréhension ! Cette histoire d’amour passionnait les foules londoniennes ! Rosie va-t-elle ou non comprendre que le dadais un peu bizarre est amoureux d’elle ? Va-t-elle répondre à son amour ? Je revoyais les lecteurs concentrés, le petit sourire fugace incongru, la concentration. Le projet de séduction d’un jeune homme maladroit et amoureux les transportait dans un monde différent qui les attendrissait. Miracle de la lecture !

Je n’ai toujours pas lu The Rosie Project, mais mon capital sympathie pour les Londoniens a nettement augmenté.

Manger l’autre, d’Ananda Devi, la dévoration des individus dans notre société

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C’est un livre énorme et violent que celui que Ananda Devi a publié en janvier 2018, un roman où tout déborde jusqu’à la nausée : la nourriture et le corps, les images et la cruauté obsessionnelles ; c’est  un roman de la dévoration et de l’excès, une métaphore transparente de notre société qui se détruit dans la surabondance.

9782246813453FSL’héroïne de Manger l’autre est une adolescente d’une obésité hors norme : elle pèse plus de dix kilos à sa naissance et déchire sa mère dans tous les sens du terme. Cette dernière fuira très vite, ainsi que toutes les nourrices qui se succéderont pour nourrir ce bébé à l’appétit insatiable. Bien sûr on ne peut que penser à Gargantua, le monstrueux bébé de Rabelais. Les illustrations de Gustave Doré ont peut-être inspiré l’auteur, qui sait ? Le livre est tellement visuel ! Cet aspect rabelaisien, ce côté « hénaurme » est essentiel ; la lecture du roman serait insoutenable sans la truculence et l’excès de nourriture, les descriptions gourmandes des repas concoctés par le père aimant, à la fois remèdes et poisons.

La mère s’enfuit mais le père reste, compense, aime pour deux. Il écrit… des livres gastronomiques qui se vendent fort bien. Tout ramène à la nourriture et aux images. Lire la suite

Manger l’autre
Ananda Devi
Grasset, Janvier 2018, 224 p., 18 €
ISBN : 9782246813453

Se lancer dans son autobiographie

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Cela me travaillait depuis quelque temps cette envie d’un retour aux échanges, de sortir de l’écriture solitaire et d’offrir aux autres une partie de l’expérience accumulée depuis des années d’écriture, que ce soit de romans, de nouvelles et d’une biographie.

Les Confessions2J’ai été confrontée à l’essai autobiographique d’une personne proche, à celle d’un vieil homme qui était passé par un biographe professionnel et à celui d’une jeune femme qui désirait réorienter sa carrière professionnelle et à qui on avait demandé d’écrire son autobiographie. Elle avait été surprise de la demande, mais elle s’était vite prise de passion pour l’exercice. Je me souviens également d’avoir pratiqué l’exercice avec un adolescent particulièrement violent et perturbé qui avait éructé sur la page un cri de colère et donné un éclairage cru sur la maltraitance paternelle dont il avait été victime. Cela l’avait beaucoup aidé à se calmer. La jeune femme a pu réorienter non seulement sa carrière professionnelle, mais sa vie privée ; son autobiographie était surtout une auto-analyse. Le biographe professionnel avait réussi à rendre plate une vie pleine de péripéties mêlées à l’Histoire, la faute peut-être aux délais, je ne sais pas. Quant à la personne proche, elle avait écrit dans l’urgence, son temps était compté. Elle n’a pas pu travailler son texte.

Tout ceci montre que le temps est nécessaire pour la réussite de l’essai autobiographique. La nécessité du recul par rapport à la vision des événements qui ont traversé l’existence, le travail sur la notion de vérité, sur la lucidité et la modestie nécessaires parce que celle ci ne sera jamais que partielle et partiale, ce que l’on veut que le lecteur potentiel retienne : tout ceci doit être mis au net avant le travail de mémoire. De nombreux conseils et exercices techniques aident au déblocage qui surgit souvent devant l’étendue de la tâche. Le travail en groupe soutient les apprentis biographes en leur montrant que les difficultés sont les mêmes pour tous, les observations des autres participants aident à progresser, à condenser le travail d’écriture, à cerner ce qui est en trop et ce qui mérite au contraire d’être développé. Ce travail est essentiel pour trouver son propre tempo, la façon unique dont on racontera sa vie.

C’est décidé. À la rentrée j’animerai un atelier initiation au récit autobiographique dans mon petit coin de montagne. Dans le texte ci-dessous j’explique les questions inhérentes à l’autobiographie, ses joies et ses difficultés. Lire la suite

Deux ans huit mois et vingt-huit nuits, c’est très long…

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deux-ans-huit-mois-et-vingt-huit-nuits_3937Il existe de mauvaises raisons de lire un roman ; le suivi moutonnier suite au matraquage médiatique, les prix littéraires et… le conformisme moral. Je n’avais jamais lu les Versets sataniques, ni les autres romans de Salman Rushdie, et je trouvais que je devais lire quelque chose d’un homme condamné à mort par une fatwa de l’ayatollah Khomeiny pour avoir écrit un roman. J’ai été punie, c’est bien fait pour moi : le conformisme en littérature comme ailleurs, est une faute, une malhonnêteté intellectuelle.

J’ai donc commencé Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, soit mille et une nuits comme les contes du même nom, l’auteur le claironne sur toutes les radios.

J’avais trouvé les histoires de Shéhérazade (la vraie) souvent répétitives, heureusement certaines coquineries devaient maintenir le sultan éveillé. Et le lecteur contemporain aussi. L’avantage des premières Mille et une nuits résidait dans leur structure  : nul besoin de tout lire, seules certaines nuits s’enchaînaient, on ne perdait pas le fil de l’histoire puisqu’il n’y en avait pas vraiment. Jamais je n’ai réussi à venir à bout des trois tomes des éditions GF-Flammarion dans la traduction d’Antoine Galland. 1 500 pages pour mille et une nuits, cela se picore, autrement l’indigestion peut être mortelle. J’aurais dû me méfier.

Les Mille et une nuits de Salman Rushdie ne durent que 312 pages écrites en plus gros caractères que leurs illustres devancières, mais c’est déjà trop. Beaucoup trop. Ces histoires de jinns qui reviennent du XIIe siècle pour mettre la pâtée aux méchants qui trouvent les humains pas assez croyants, ce n’est plus du réchauffé à ce stade-là. Son jardinier qui marche au-dessus de la boue après la tempête, cela rappelle quelqu’un, sa jinnia de la Foudre qui a engendré toute une armée, pardon, toute une descendance pour lutter contre les mauvais, les autres, les jinns puissants et méchants, c’est de l’héroïc fantasy orientale. Cela se passe à New York, les transpositions sont tellement transparentes qu’on se demande si on nous considère comme les vilains jinns, la puissance en moins. Pour le reste, reportez-vous à la théorie du goût creux : plus un camembert est fade, plus on en mange parce qu’on veut retrouver l’idée du camembert.

Je n’ai pas réussi à finir le bouquin. Bollywood sur Hudson, ce n’est pas pour moi. Les histoires qui s’étirent, les bavardages creux, le sexe de pacotille, les clins d’œil à la culture de l’auteur, tous les paravents et coquetteries de qui ressasse le même message depuis des décennies. Bien sûr que son message doit être entendu, que la terreur religieuse ne doit pas dominer le monde, mais tant de bavardages autour de cela !

Apprends-leur la langue-du-Dieu-Qui-Est-Point-Final. Il leur faut un enseignement intensif, sévère et on pourrait même dire redoutable. Souviens-toi de ce que j’ai dit à propos de la peur. La peur est le destin de l’homme. L’homme naît dans la peur, la peur du noir, de l’inconnu, des étrangers, de l’échec, des femmes. C’est la peur qui l’amène vers la foi, non parce qu’il y trouve un remède, mais parce qu’il accepte le fait que la crainte de Dieu est le sort naturel et légitime de l’homme. Apprends-leur à craindre un usage impropre des mots. Nul crime ne paraît plus impardonnable aux yeux du Tout-Puissant.

La jinnia et son armée de descendants mettent Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits pour supprimer « le chaos des étrangetés » :

Dans une ville française, les habitants commencèrent à se transformer en rhinocéros. De vieux Irlandais se mirent à vivre dans des poubelles. Un Belge se regarda dans le miroir et y vit reflété l’arrière de son crâne. Un officier russe perdit son nez et le vit qui se promenait tout seul dans Saint-Pétersbourg. Un étroit nuage fendit la pleine lune et une Espagnole qui regardait le spectacle éprouva une douleur aiguë, comme si une lame de rasoir fendait son œil par la moitié et que l’humeur vitreuse, la matière gélatineuse qui comble l’espace entre la lentille et la rétine se déversait à l’extérieur. Des fourmis sortirent d’un trou dans la paume d’une main humaine.

Cétait vraiment trop long, j’ai rendu les armes.

J’aime la littérature à l’os, les vibrations d’indignation, les resserrements de l’âme, la recherche de l’universel dans le minuscule. Les contes aussi, à condition qu’ils soient cruels et denses.

Je compatis à ce que Salman Rushdie a vécu, mais il faut constater que Les versets sataniques et sa condamnation lui ont fait une publicité mondiale. Cela a boosté sa carrière plus fort que le plus agressif combustible d’une navette spatiale. Regardez un peu la biographie annoncée en bas de la quatrième de couverture :

Membre de l’American Academy of Arts and Letters. « Distinguished Writer in Residence » à l’université de New York, ancien président du PEN American Center, Salman Rushdie a, en 2007, été annobli et élevé au rang de chevalier par la reine Elizabeth II pour sa contribution à la littérature.

Je me demande si sa Majesté a lu les romans du chevalier Rushdie…

Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits
Salman Rushdie
Traduit de l’anglais par Gérard Meudal
Actes Sud, septembre 2016, 320 p., 23€
ISBN : 978-2-330-06660-4