Archives du mot-clé Société

Jour de courage : homosexualité, Histoire et adolescent

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Brigitte Giraud connaît et aime les adolescents, elle sent leurs émois, leurs troubles, leurs interrogations, leurs douleurs aussi. Elle sait, mieux que personne, d’une écriture délicate et sensible, restituer les moments clés de leur existence, les instants où tout bascule.

J’avais été profondément émue par Une année étrangère, ce moment de fuite d’une adolescente juste avant le bac en Allemagne : contourner la douleur de sa famille en s’introduisant dans une autre, et au fil du temps, apprivoiser le deuil en même temps que la langue étrangère.

Jour de courageCette fois Brigitte Giraud aborde le problème de l’homosexualité chez les adolescents à travers le personnage de Livio qui va avoir le courage de révéler son orientation sexuelle à sa classe lors d’un exposé sur Magnus Hirschfeld durant un cours d’histoire.

La quasi totalité du roman s’inscrit dans la durée de cet exposé sur ce médecin juif allemand qui a considéré la sexualité humaine d’un point de vue scientifique et a lutté pour les droits des homosexuels en constituant une très grande bibliothèque de documents. Lui-même juif et homosexuel, Magnus Hirschfeld fut passé à tabac à Munich et une grande partie de ses documents  fut brûlée en autodafé par les nazis. Lire la suite

Jour de courage
Brigitte Giraud
Flammarion, août 2019, 160 p., 17 €
ISBN : 978-2-0814-6977-8

L’Envol du sari début octobre aux éditions Les Escales

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L'envol du sari, par Nicole GiroudIl y a longtemps que je travaille sur ce roman, je vous en ai parlé à maintes reprises et je ne vais pas revenir là-dessus.

Enfin il sort début octobre, aux éditions Les Escales, ce roman qui mêle les plus hauts sommets d’Europe et de l’Inde, les débuts chaotiques de cette république du sous-continent indien avec le calme de la vie quotidienne d’une petite ville de Haute-Savoie, une haut-fonctionnaire indienne avec un romancier français très susceptible.

L’héroïne est flamboyante : elle s’appelle Rashna, ce qui signifie « la création », et c’est bien de cela dont il s’agit, puisque notre romancier fragile devra rendre la vie à celle-ci sous la surveillance de la fille de l’héroïne. Pour l’avoir vécu avec l’écriture d’une biographie romancée, je sais que les familles ne sont jamais contentes du portrait qui leur est renvoyé du héros ou de l’héroïne de la famille, à moins de flagornerie et de complaisance manifestes de l’écrivain.

Exercice de haute-voltige pour Quentin, mais aussi incursions de sa vie privée qui influe sur l’écriture du roman, tout est lié : la culture et la religion de l’héroïne, la façon peu glorieuse dont les dépouilles des victimes des deux crashes indiens ont été traitées, la découverte de la fascinante religion parsie, le choc des différences sociales, tout se mêle dans ce texte qui j’espère vous apprendra beaucoup de choses, vous fera sourire parfois, vous séduira souvent tant Rashna vous fera rêver.

Coups de cœur (les plus récents d’abord) :

Critiques (les plus récentes d’abord) :

Livres et autres babioles

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The_Rosie_ProjectLa période des achats compulsifs de Noël est terminée, et les publicités pour les « beaux livres » qui font tant d’effet au salon à côté de la boîte de chocolat disparaissent en même temps que les catalogues de jouets. Sur internet ou à la radio on vous a incité à l’achat de livres, pas de liseuses, et il semble que les ouvertures de librairies se multiplient, ce qui est réjouissant. L’achat de livres numériques ralentit malgré les nombreux avantages de ce support immatériel, et les professionnels du secteur lorgnent de nouveau du côté des lecteurs rétrogrades.

Je vais vous raconter une expérience personnelle dans le Tube de Londres. Il ressemble à tous les métros du monde : distribution de journaux gratuits juste avant la bouche  du tube digestif (traduction personnelle et non littérale de ce gouffre obscur qui avale des millions de personnes par jour).  Gens pressés, parapluies, regard orienté vers les marches et main qui prend en automate le journal tendu par un autre automate. Les heureux propriétaires d’un siège ferment les yeux ou regardent droit devant eux d’un air vague et/ou hostile s’ils se sentent observés ; hochent la tête en cadence, yeux mi-clos ; tapotent sur leur smartphone comme s’ils continuaient de travailler au bureau ou jouent à un jeu, ce qui se pratique aussi au bureau ; parcourent le journal gratuit avant de le laisser sur le siège lorsqu’ils arrivent à destination ; restent concentrés sur leur liseuse ou leur tablette, indexe levé, prêt à glisser à la page suivante ; bouquinent un livre souvent corné, vous savez, ce truc démodé dont on prédit la disparition et qui n’a pas besoin d’être rechargé.

J’avoue m’intéresser aux dernières catégories. Les lecteurs, mes semblables.

Les liseuses et leurs propriétaires me laissent dans un état de frustration intense, impossible de satisfaire ma curiosité mais les lecteurs, ah les lecteurs ! Quel bonheur de les voir refermer leur livre au message annonciateur de leur station et de découvrir à la dérobée le titre de celui-ci ! C’est comme si la porte d’entrée de ses préférences  venait de s’entre-bailler ou qu’il ait oublié de tirer les rideaux, la nuit venue, dévoilant la chaude intimité de ses aspirations.

Cette année-là de nombreux lecteurs londoniens étaient plongés dans The Rosie Project. Titre mystérieux : roman d’anticipation ? D’espionnage ? Machination atroce en vue d’anéantir l’humanité ? Au retour, dans l’avion, mon voisin de siège, un Anglais d’un certain âge, sort The Rosie Project de son sac. Impossible de ne pas lui demander de quoi parle le livre, on est serrés comme des sardines ce qui autorise une certaine familiarité. J’explique que j’ai vu beaucoup de passagers du Tube plongés dans ce livre, je veux savoir de quoi il parle. Mon voisin sourit :

— Cela parle d’un jeune homme atteint du syndrome d’Asperger, il a beaucoup de peine à entrer en contact avec les gens et il est tombé amoureux d’une jeune femme nommé Rosie. Le livre raconte ses travaux d’approche, c’est vraiment drôle et charmant.

Ainsi les passagers se passionnaient pour les maladresses d’un autiste ! Les travaux d’approche d’un jeune homme pour qui la vie en société reste obscure et les signaux brouillés, pour qui dire un mensonge ou une simple flagornerie n’est pas envisageable par absence de compréhension ! Cette histoire d’amour passionnait les foules londoniennes ! Rosie va-t-elle ou non comprendre que le dadais un peu bizarre est amoureux d’elle ? Va-t-elle répondre à son amour ? Je revoyais les lecteurs concentrés, le petit sourire fugace incongru, la concentration. Le projet de séduction d’un jeune homme maladroit et amoureux les transportait dans un monde différent qui les attendrissait. Miracle de la lecture !

Je n’ai toujours pas lu The Rosie Project, mais mon capital sympathie pour les Londoniens a nettement augmenté.

Manger l’autre, d’Ananda Devi, la dévoration des individus dans notre société

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C’est un livre énorme et violent que celui que Ananda Devi a publié en janvier 2018, un roman où tout déborde jusqu’à la nausée : la nourriture et le corps, les images et la cruauté obsessionnelles ; c’est  un roman de la dévoration et de l’excès, une métaphore transparente de notre société qui se détruit dans la surabondance.

9782246813453FSL’héroïne de Manger l’autre est une adolescente d’une obésité hors norme : elle pèse plus de dix kilos à sa naissance et déchire sa mère dans tous les sens du terme. Cette dernière fuira très vite, ainsi que toutes les nourrices qui se succéderont pour nourrir ce bébé à l’appétit insatiable. Bien sûr on ne peut que penser à Gargantua, le monstrueux bébé de Rabelais. Les illustrations de Gustave Doré ont peut-être inspiré l’auteur, qui sait ? Le livre est tellement visuel ! Cet aspect rabelaisien, ce côté « hénaurme » est essentiel ; la lecture du roman serait insoutenable sans la truculence et l’excès de nourriture, les descriptions gourmandes des repas concoctés par le père aimant, à la fois remèdes et poisons.

La mère s’enfuit mais le père reste, compense, aime pour deux. Il écrit… des livres gastronomiques qui se vendent fort bien. Tout ramène à la nourriture et aux images. Lire la suite

Manger l’autre
Ananda Devi
Grasset, Janvier 2018, 224 p., 18 €
ISBN : 9782246813453

Se lancer dans son autobiographie

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Cela me travaillait depuis quelque temps cette envie d’un retour aux échanges, de sortir de l’écriture solitaire et d’offrir aux autres une partie de l’expérience accumulée depuis des années d’écriture, que ce soit de romans, de nouvelles et d’une biographie.

Les Confessions2J’ai été confrontée à l’essai autobiographique d’une personne proche, à celle d’un vieil homme qui était passé par un biographe professionnel et à celui d’une jeune femme qui désirait réorienter sa carrière professionnelle et à qui on avait demandé d’écrire son autobiographie. Elle avait été surprise de la demande, mais elle s’était vite prise de passion pour l’exercice. Je me souviens également d’avoir pratiqué l’exercice avec un adolescent particulièrement violent et perturbé qui avait éructé sur la page un cri de colère et donné un éclairage cru sur la maltraitance paternelle dont il avait été victime. Cela l’avait beaucoup aidé à se calmer. La jeune femme a pu réorienter non seulement sa carrière professionnelle, mais sa vie privée ; son autobiographie était surtout une auto-analyse. Le biographe professionnel avait réussi à rendre plate une vie pleine de péripéties mêlées à l’Histoire, la faute peut-être aux délais, je ne sais pas. Quant à la personne proche, elle avait écrit dans l’urgence, son temps était compté. Elle n’a pas pu travailler son texte.

Tout ceci montre que le temps est nécessaire pour la réussite de l’essai autobiographique. La nécessité du recul par rapport à la vision des événements qui ont traversé l’existence, le travail sur la notion de vérité, sur la lucidité et la modestie nécessaires parce que celle ci ne sera jamais que partielle et partiale, ce que l’on veut que le lecteur potentiel retienne : tout ceci doit être mis au net avant le travail de mémoire. De nombreux conseils et exercices techniques aident au déblocage qui surgit souvent devant l’étendue de la tâche. Le travail en groupe soutient les apprentis biographes en leur montrant que les difficultés sont les mêmes pour tous, les observations des autres participants aident à progresser, à condenser le travail d’écriture, à cerner ce qui est en trop et ce qui mérite au contraire d’être développé. Ce travail est essentiel pour trouver son propre tempo, la façon unique dont on racontera sa vie.

C’est décidé. À la rentrée j’animerai un atelier initiation au récit autobiographique dans mon petit coin de montagne. Dans le texte ci-dessous j’explique les questions inhérentes à l’autobiographie, ses joies et ses difficultés. Lire la suite