Archives de l’auteur : Nicole Giroud

Élucidations, consternation, déception

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L’art de la guerre m’avait surprise, ravie par l’originalité de son propos et son style, autant dire que j’attendais beaucoup du deuxième livre d’Alexis Jenni. Hélas, trois fois hélas, ces élucidations sous-titrées 50 anecdotes n’auraient jamais dû sortir des tiroirs de l’auteur.

Des souvenirs d’enfance revisités à l’âge adulte, cela aurait pu aboutir à une œuvre pour le XXIème siècle, je ne sais pas, quelque chose entre Proust et Annie Ernaux.

Hélas ! Ces souvenirs d’une banalité et d’une platitude assumées sont aggravés, boursouflés par une écriture pleines de répétitions obsessionnelles et de tournures qui se veulent précieuses. Un exemple parmi tant d’autres :

« La lumière fatiguée reposait, elle brillait doucement, un peu d’or apparaissait au sommet des bois. Après deux mois de chaleur l’air devenu épais sentait bon, caressait la peau avec la suavité d’une confiture de fruits jaunes » .

Cela continue sur trois pages, avec « ce bébé qui est moi » repris à plus soif. Consternation. Nous n’en sommes qu’à la page 26.

J’ai lu les 208 pages de ce livre parce que je suis têtue, parce que je me disais non, ce n’est pas possible, à un moment où un autre il va abandonner ses absurdes coquetteries, ses platitudes présentées comme des trouvailles, recouvrer les fulgurances qui m’avaient enchantée.

Hélas ! Un seul moment de sincérité et d’émotion à l’évocation de l’ami disparu :

« Comme un membre fantôme il continue de bouger.

Il manque.

Il disparut, mais je sens sa présence ; c’est comme cela, mourir : disparaître, mais rester »

On n’échappe pas à la platitude mais au moins un instant à l’autosatisfaction naïve.

Recevoir le Goncourt, accéder à la célébrité après avoir écrit pendant des années sans accéder à une quelconque reconnaissance peut être comme le Loto, une malédiction. Gageons qu’Alexis Jenni va survivre à ce faux pas. Je l’espère, je l’attends.

On peut imaginer que l’éditeur, ayant gagné beaucoup d’argent avec Alexis Jenni, n’a pas hésité à publier ce qu’il savait ne pas rester dans les mémoires. N’y a-t-il plus de devoir moral de conseil et d’honnêteté dans l’édition?

 

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Le sexe des arbres 5

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C’est un rassemblement grouillant, comme les vipères entremêlées au printemps dans une copulation indifférenciée, un amas de racines lovées dans la masse, sécurisées par l’instinct de la multitude.

Cet enchevêtrement étouffant de racines qui s’enlacent, s’interpénètrent, resserre à chaque circonvolution la puissance de la masse. Il avance sur le lit sombre et fragile de lianes brisées, il se tord avec une puissance que rien n’arrête.

Nœud gordien de la vie.

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Le sexe des arbres 4

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Fusion. Tendresse, apaisement.

A moins que la rugosité et les empâtements visqueux suggèrent autre chose, une virilité démente ou une force inconnue.

Dans l’appendice le plus bas, une créature au regard aveugle – bébé dinosaure ou vipéreau – apparaît entre la coulée de lave figée et les strates obliques de l’écorce.

Le produit de la fusion ? Une irruption intempestive d’autres formes de vie ? Un être coincé dans une histoire qui ne le concerne pas ?

 

 

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Assimilation-trahison: Langue natale de Chang-rae Lee

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L’auteur est d’origine coréenne, sa famille a émigré aux Etats- Unis lorsqu’il avait trois ans. Autant dire qu’il possède une connaissance intime de la difficulté de trouver sa place entre deux cultures si antagonistes – question centrale lancinante de son premier roman Langue Natale.

Henry Park, jeune trentenaire d’origine coréenne mais né aux Etats-Unis, espionne la communauté asiatique américaine pour le compte d’une société que l’on suppose liée à la CIA. A part ce travail en marge, Henry semble parfaitement intégré à la société américaine. Il se moque des fautes de prononciation de son père, le méprise légèrement à cause de son métier d’épicier, ne comprend pas sa mentalité : les problèmes interculturels classiques des transfuges de classe et de civilisation.

« Et quand je pense à mon père, je comprends comment il lui avait fallu remodeler sa vie en fonction des ambitions que lui autorisait sa maigre connaissance de la langue et de la culture, et réinventer celui qu’il voulait être. Il en était arrivé à apprendre que tout n’était jamais possible, que, à son niveau, c’était quatre ou cinq magasins de légumes qui, un jour, fonctionneraient sans lui et lui rapporteraient assez d’argent pour lui permettre de vivre dans une majestueuse maison blanche du comté de Westchester en se disant qu’il était riche.

Je suis son fils américain, je suis unique, et j’ai reçu comme une bénédiction tous ses espoirs et tout ce qu’il avait à donner. Et pourtant, il ne me reste que les maigres effets de cette richesse qui lui a tant coûté, cette troublante sidération mêlée de mépris et de piété que j’éprouve encore devant sa vie. Cela, je le crains, va persister. J’aimerais lui demander de me pardonner maintenant. Car ce que j’ai fait de ma vie est la version la plus sombre de ce dont il ne faisait que rêver, entrer quelque part et manier la langue du pays, avec mon corps et avec ma bouche sans que personne se retourne pour m’indiquer la porte ».

Henry a épousé Leila, une « WASP » (white anglo-saxon protestant) qui ne comprend pas sa façon de fonctionner ; le couple a un petit garçon et le racisme de la société américaine est évoqué par ricochets avec les problèmes que rencontre celui-ci avec ses camarades blancs. Puis survient le drame : à l’âge de sept ans Mitt meurt étouffé sous le poids de ses camarades durant un jeu. Symbolique cruelle de la difficulté de l’intégration que cette mort sous le poids de l’Amérique. A partir de ce moment le couple se délite, chacun ayant sa manière personnelle de montrer et de surmonter le chagrin.

L’armure d’Henry se fissure. Cela commence avec l’espionnage du docteur Luzan, un psychiatre qui collecte des fonds pour Marcos. Henry glisse vers l’amitié, oublie son personnage et se confie ; grave faute professionnelle. Peu de temps après le docteur meurt dans l’explosion d’un bateau.

Pour le remettre en selle Dennis, son patron, lui confie l’espionnage de John Kwang, le conseiller municipal d’origine coréenne new-yorkais qui est l’étoile montante de la politique. Henry devient un conseiller et ami de John, et il va participer à sa chute sans l’avoir voulu.

Le terrible enchaînement des faits est magnifiquement décrit, et la brutalité d’une société aussi prompte à assimiler qu’à rejeter démontrée de manière époustouflante. Un grand livre sur la difficulté de l’intégration, sur la cruauté intime de l’assimilation.

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Le sexe des arbres 3

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Au commencement il y a la rencontre.

A gauche de l’image deux jambes rugueuses qui avancent en direction de jambes d’une clarté brillante, un gris de perle avec des lignes concentriques de poterie chantournée, une lumière ondulante et sensuelle.

Et au milieu, le bras rugueux positionné à hauteur de sexe, recouvert de lianes violettes qui descendent du haut de l’image, pudeur ou  mystère.

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