C’est une rencontre improbable, une de ces collisions romanesques comme en rêvent tous les écrivains et beaucoup de lecteurs.
Hier matin, je me suis rendue à la librairie Atmosphère, la plus petite librairie de Genève, un enveloppement de livres et de bois avec planté au milieu une femme menue à la crinière brune, Claire Renaud, que l’on peut écouter le samedi à quatorze heures pendant l’émission La librairie francophone sur France Inter.
Mon roman ? Non, elle ne l’a pas lu, et d’ailleurs un client est en train de l’acheter, là devant moi. Coup de menton énergique en direction d’un homme qui attend devant la caisse, L’Envol du sari à la main.
Je crois que nous nous tournons l’un vers l’autre au même moment, et le dialogue s’enclenche très vite, entre cet homme au regard très doux et l’auteure qui essaie de faire connaître son livre. Nous sommes aussi émerveillés l’un que l’autre de cette coïncidence : il a peut-être été attiré par la couverture de mon livre, a décidé de l’acheter, et voilà que trente secondes après l’auteure du dit livre lui propose une dédicace ! Mano habite à Bali, il est venu rendre visite à son fils qui vit à Genève. Bali ? Nous y sommes allés il y a plus de quarante ans, mon mari et moi.
— Vous ne reconnaîtriez plus l’île, les avions déversent leurs cargaisons de touristes, beaucoup plus que Bali ne peut supporter. Mais les gens résistent…
— Les femmes font toujours leurs offrandes aux dieux ?
— Oui, (sourire ému), elles font toujours leurs offrandes…
Et dans notre regard à tous les deux passent des fantômes de beauté et d’encens.
Mano est heureux : c’est la deuxième fois qu’il rencontre un écrivain dans une librairie, la première fois c’était à Singapour. Mano est espagnol, partout où il passe il entre dans une librairie et achète des livres. Il aime ces lieux de rêves et de rencontres, la preuve, nous sommes là, tous les deux, aussi émus l’un que l’autre. Je dédicace L’Envol du sari à Mano le Balinais, comme il se désigne lui-même.
Mano est dermatologue, et l’extraordinaire humanité qui émane de lui doit être le premier remède aux souffrances de ses patients. Il aime les « histoires pour enfants », c’est-à-dire les contes, explique-t-il en un français remarquable, et il écrit en anglais.
Nous nous serrons longuement la main, un intense moment de bonheur partagé.
Il y a beaucoup d’émotion dans la librairie. Où une rencontre pareille aurait-elle pu se passer ? À la queue devant la caisse d’une grande surface de la culture ? Les librairies sont des lieux de vie, des lieux de résistance, un peu comme les offrandes des belles Balinaises en sarong qui, tous les matins déposent leurs offrandes aux dieux et aux démons. Les libraires, tous les jours, mettent en place des livres, en lisent le plus possible pour offrir leurs précieux conseils à leurs clients, défendent les livres qu’ils aiment, invitent des auteurs… Cela mérite considération, et un petit effort. Bien sûr, c’est plus facile de recevoir un livre dans sa boîte aux lettres, mais nous avons tant à y perdre ! Dans une librairie on flâne, on lit les quatrièmes de couverture, on rêve, on discute avec le ou la libraire. Et on fait des rencontres.
Avant que je parte, Claire Renaud m’a dit qu’elle lirait mon roman. Sans doute en remerciement de ce moment d’émotion dans sa librairie cocon si propice à de tels instants de magie.

Juste avant le Bac, Laura décide de partir en Allemagne, au bord de la Baltique, comme jeune fille au pair. Avant son départ, elle se taille elle-même les cheveux, manière de se couper de sa famille, de fuir l’ambiance étouffante de cette maison engluée dans le deuil après la mort de du petit dernier de quinze ans.
Hélas, mon bureau semble avoir subi un vent force cinq : feuilles et bouts de papiers étalés partout, y compris sur le rebord de la fenêtre, livres étouffés par la paperasse, stylos égarés sur cette houle de papiers griffonnés, raturés, parfois soulignés de rouge.
La période obscure est venue après, avec l’Académie française, qui a oublié son rôle de spécialiste de la langue et a préféré la normaliser. La France du Roi-Soleil (qui, entre parenthèses, nommait des ambassadrices), état totalitaire, nomme de doctes messieurs qui vont exercer leur monopole sur la langue. Et imposer d’importantes mesures.
Chine, Delphine et Stéphane ont quatorze ans. Ils ont été admis à l’École de danse de l’opéra où ils sont internes, et leurs regards croisés nous font pénétrer ce monde plein d’exigences. Entre désir de dépassement de soi pour atteindre la perfection d’un pas, volonté de faire partie des sélectionnés pour la deuxième année et émois adolescents, l’auteure nous livre un portrait tout en nuances et en sensibilité de ce monde si particulier, si fermé des petits rats de l’opéra.