Archives par étiquette : Roman

Les semeuses d’espoir et de révolte de Diane Wilson

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Le superbe premier roman de l’autrice amérindienne Diane Wilson, best-seller aux États-Unis en 2022, nous est parvenu deux ans plus tard avec la belle traduction de Nino S. Dufour aux éditions Rue de l’échiquier. Celui-ci commence par un poème et finit par une prière, et entre ceux-ci trois femmes appartenant à des époques différentes nous transmettent la tragédie de l’oppression coloniale américaine et la force de l’espoir des Amérindiennes.

Le titre original en anglais, The Seed Keeper (la gardienne des semences) renvoie à l’une des premières femmes Dakhotas qui avaient compris que, après la guerre que les Indiens Sioux du Minnesota venaient de perdre face aux colons blancs, il faudrait nourrir la tribu. Elles avaient caché les graines dans les ourlets de leur jupe pour assurer la survie de leur peuple.

Le titre choisi en français, Les Semeuses, renvoie aux diverses héroïnes du roman et à leur sens de la  transmission.

Où que je regarde, je voyais les graines tenir la trame du monde, elles peuplaient les forêts, couvraient les prés de fleurs sauvages, germaient dans les brèches des trottoirs ou restaient en sommeil jusqu’à ce qu’advienne le moment tant attendu, signalé par le feu, la pluie ou la chaleur. Elles remplissaient les supermarchés. Les graines respiraient et parlaient une langue à elles. Chacune d’entre elles contenait, telle une minuscule capsule temporelle, des années d’histoire dans sa tendre chair. Je me sentais si ignorante à côté du génie contenu dans une simple graine. […]

Je comprenais peu à peu que lorsqu’on garde ces graines, lorsqu’on sélectionne lesquelles replanter, nos vies s’entrelacent aux histoires de vie de ces plantes. (p.242-243)

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Les Semeuses
Diane Wilson
traduit de l’anglais (États-Unis) par Nino S. Dufour
Éditions Rue de l’échiquier, mars 2024, 384 p., 24 €
ISBN : 978-2-37425-440-1

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Badjens, la révolte des filles en Iran

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Elle a seize ans et se demande si elle va brûler son voile, malgré les encouragements de la foule, elle a peur, et sa vie défile. Elle est tout insolence, toute révolte, Badjens :

Bad-jens : mot à mot, mauvais genre.

En persan de tous les jours : espiègle ou effrontée. (p. 21)

Une erreur, voilà ce qu’elle est. On l’a prénommée Zahra comme sa grand-mère, une sainte femme confite en religion, mais pour sa mère elle sera Badjens, celle qui n’a pas le bon genre, celle qui se révoltera.

— Dieu, c’est une fille !

Ce cri d’avant ma naissance.

Le cri fondateur.

Originel.

Celui des hommes de ma famille agglutinés au-dessus du ventre de Maman.

Je les imagine, mon père, mon grand-père, ses frères et ses cousins, les yeux scotchés sur l’écran affichant mon fœtus en 3D. L’obstétricienne bafouille « Désolée », « Désolée », et eux, ils sont ahuris comme si la bombe atomique venait de s’écraser sur Chiraz. (p. 15)

Les souvenirs galopent dans la tête de la jeune fille juchée sur la benne à ordures : le petit frère à qui on passe tout, le pouvoir des hommes, la solidarité entre filles, la vie cachée dans la chambre ou l’ordinateur. Vivre intensément pour ne pas étouffer.

Badjens se raconte à ce moment crucial où les jeunes se révoltent contre la dictature des gardiens de la révolution. Au travers de ce qui arrive à son entourage, sa famille et ses amies, nous suivons  la répression, les morts et les actions contre le régime iranien. Le courage de celles qui naissent avec le mauvais genre, mais aussi celui des jeunes hommes qui refusent le régime.

Ce roman est un magnifique condensé de ce que peuvent vivre les filles dans tous les pays où celles qui ont le malheur de naître avec le mauvais genre sont condamnées d’avance. Seulement en Iran il y a eu Mahsa Amini et en automne 2022 de nombreuses Badjens se révoltent.

Ce court et intense roman galope à toute allure, plein de rires, de cruauté  et de révolte. Il se lit en deux heures, impossible de s’arrêter une fois qu’on a commencé tant cette adolescente effrontée pétillante de vie et de révolte vous happe. Et avec elle ce monde d’hommes où naître femme est une erreur.

Delphine Minoui, la journaliste qui connaît si bien cette partie du monde, nous immerge dans une réalité qui nous peinons à imaginer.  Elle la restitue dans ce court texte, mieux que tout essai.

Badjens
Delphine Minoui
Éditions du Seuil, août 2024, 160 p., 18€
ISBN : 978-2-02-154172-4

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Summer, l’été qui ronge ceux qui restent

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La famille Wassner – père célèbre avocat, mère très belle, fille ressemblant à sa mère et fils adolescent complexé –  vit à Bellevue, dans une magnifique maison au bord du lac Léman. Les fêtes données par la famille ressemblent à celles de Gatsby le magnifique. Argent, luxe et fêlures. Dans le cas du roman de Monica Sabolo, celles-ci tournent autour de la mère, personnage énigmatique, et de Summer qui se montre si provocante avec les invités.

Puis Summer disparaît lors d’un pique-nique avec ses amies. Personne ne sait ce qu’elle est devenue, elle s’est évaporée. La famille bouleversée, l’attente, le cercle amical qui s’enfuit avec le malheur. Benjamin, le cadet de quatorze ans, doit apprendre à vivre avec le mystère et la dislocation familiale. Adolescence difficile, enfouissement de ce qui le ronge, avancée un peu fantomatique dans la vie.

Où sont les êtres que l’on a perdus ? Peut-être vivent-ils dans les limbes, ou à l’intérieur de nous. Ils continuent de se mouvoir à l’intérieur de nos corps, ils inspirent l’air que nous inspirons. Toutes les couches de leur passé sont là, les tuiles posées les unes sur les autres, et leur avenir est là aussi, enroulé sur lui-même, rose et doux comme l’oreille d’un nouveau-né. (p. 212)

Summer (« été » en français), a disparu en été. Presque vingt-cinq ans plus tard, lors d’une grave dépression, les souvenirs de Benjamin remontent à la surface. Cette métaphore liquide correspond à l’omniprésence du lac, miroir des angoisses de Benjamin. Continuer la lecture →

Summer
Monica Sabolo
JC Lattès, août 2017, 320 p., 19 €
ISBN : 978-2-7096-5982-6

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Transformation à Yellowstone, la vie à sa juste place

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Il n’est pas dans mes habitudes de vous présenter un livre de développement personnel, mon créneau c’est plutôt la littérature, exigeante de préférence. J’éprouve cependant le besoin de vous présenter celui-ci, loin de la littérature pessimiste et narcissique que j’ai lue ces temps-ci.

Voilà une bouffée d’air frais, très frais, puisque l’auteure nous embarque pour le parc national de Yellowstone en plein hiver. Dans ce paysage grandiose où les extrêmes se côtoient, ce parc national de tous les excès de la nature, quatre personnes sont réunies, portées par leur passion commune pour la nature et la photographie animalière.

Bien sûr ce voyage initiatique va révéler les failles de chacun des participants, mais on se laisse porter par la magie de ce voyage. On sent que Florence Coulin partage avec nous son émerveillement devant cette nature violente qui dépasse tous les superlatifs, ses descriptions sont d’une précision jamais pesante, nous nous laissons porter par le texte, et ils sont devant nous, ces wapitis, coyotes, loups et bisons, ils sont là tous les autres êtres vivants qui tentent de survivre à la rigueur de l’hiver. Manger et être mangé, les scènes décrites peuvent sembler cruelles, mais elles ne sont jamais complaisantes ou forcées. Nous apprenons beaucoup de choses sur les loups ou les bisons par exemple, mais ce n’est pas du tout pesant.

Les bisons, poussés par le froid et la difficulté de trouver de quoi manger sous cette épaisse couche de neige, venaient souvent pâturer près des sources chaudes. S’ils avaient accès à de l’herbe, pouvant pousser sans neige pour les recouvrir grâce à la vapeur d’eau chaude volcanique, cela avait un prix. L’eau était chargée de fluor de silice qui abîmait leurs dents. La silice faisait l’effet de petites particules de verre pilé et érodait les dents beaucoup plus vite que normalement. Ces bisons vivaient mieux, mouraient moins durant l’hiver, mais avaient une durée de vie plus courte que les autres habitants de plaines non volcaniques. (p.78)

Ce n’est pas un livre de Sylvain Tesson, mais un livre de développement personnel. Les personnages du texte vont trouver un autre sens à leur vie, mettre leurs problèmes à leur place et tenter de les résoudre en prenant du recul. Avec honnêteté Florence Coulin ne prétend pas tenir une baguette magique entre les mains, mais elle donne mine de rien d’excellents conseils dont tout le monde peut profiter. Profitez à votre tour de l’optimisme et de l’amour de la vie qui se dégage de ce joli livre, ce sera un rayon de soleil dans votre bibliothèque.

Transformation à Yellowstone
Florence Coulin
Éditions Baudelaire, janvier 2021, 112 p., 13,50 €
ISBN : 9791020337986

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Numéro deux, la douleur de l’échec

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En 1999 débutait le casting pour trouver le jeune garçon qui allait interpréter Harry Potter et qui, par la même occasion, deviendrait mondialement célèbre.

Des centaines d’acteurs furent auditionnés. Finalement, il n’en resta plus que deux. Ce roman raconte l’histoire de celui qui n’a pas été choisi.

Quatrième de couverture du roman.

Le monde entier connaît Harry Potter. L’histoire de J. K. Rowling, véritable conte de fée prélude à une œuvre qui a enflammé les adolescents – même ceux qui ne lisaient jamais d’ordinaire. Très vite le monde du cinéma s’intéressa au phénomène, et l’autrice de la saga exigea que les jeunes héros soient anglais.

Le début de Numéro deux de David Foenkinos nous raconte le casting du premier film avec précision, et nous voilà immergés dans les coulisses du phénomène Harry Potter, si bien ferrés par tant d’éléments véridiques que nous en oublions que nous nous trouvons dans une fiction. Les prétendants aux rôles défilent, Daniel Radcliffe ou Emma Watson, mais aussi Martin Hill le petit Londonien qui surgit par hasard dans le casting. Il se trouve auprès de son père accessoiriste dans un film quand il attire l’œil du producteur du film. Martin semble l’incarnation humaine de Harry : petites lunettes rondes et malheurs personnels, fragilité. Au fil des essais successifs, le petit garçon se prend au jeu, et lorsqu’ils ne seront plus que deux, Daniel Radcliffe et lui, il croira en son destin. Continuer la lecture →

Numéro deux
David Foenkinos
Gallimard, janvier 2022, 234 p., 19,50 €
ISBN : 978-2072959028

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