Archives de l’auteur : Nicole Giroud

D’après une histoire vraie : vertigineux, subtil et roué

  • Facebook
  • Viadeo FR
  • LinkedIn
  • Twitter

ViganRien ne s’oppose à la nuit m’avait troublée, fascinée, heurtée. Je n’ai pas eu envie de me précipiter sur D’après une histoire vraie, trop de battage médiatique. Et voilà que j’y suis revenue, et voilà que très vite j’ai été embarquée : impossible de se tromper, cette façon d’emballer le lecteur, de l’enrouler dans des éléments autobiographiques aisément identifiables et d’autant plus fallacieux dans leur apparente évidence, c’était du grand art, de la rouerie d’écrivain confondante !

Jubilation.

Résumons le propos : Delphine a mal supporté le succès de son livre précédent et de l’onde de choc qu’il a créée dans sa famille. Fragilisée, elle rencontre dans une soirée L., jeune femme qui lui ressemble beaucoup et qui réussit très vite à devenir une amie intime indispensable à son quotidien. L. est un écrivain fantôme, un ghost writer, un nègre pour célébrités, versant obscur de Delphine en pleine lumière. L. ne veut rencontrer ni François, le compagnon de Delphine, ni Louise et Paul, les enfants de celle-ci, ni aucun de ses amis. Durant cette période très particulière où L. prend le pouvoir, Delphine vit un moment de vacuité intense : ses enfants ont réussi leur bac et prennent leur envol, François réalise une série documentaire aux États-Unis et est souvent absent, de plus elle reçoit des lettres anonymes particulièrement violentes d’un membre de sa famille. Vacuité, déstabilisation familiale et personnelle, difficulté à écrire : dépression latente. Lire la suite

D’après une histoire vraie
Delphine de Vigan
JC Lattès, août 2015, 486 p.
ISBN : 978-2-7096-4852-3

Le grand marin, la liberté au prix fort

  • Facebook
  • Viadeo FR
  • LinkedIn
  • Twitter

Le-grand-marinAvez-vous lu Le grand marin de Catherine Poulain, ces OVNIS littéraires, le livre et l’auteur, coqueluches des médias de l’année 2016 ?

Elle a débarqué dans le paysage parisien, petite femme aux traits marqués et aux mains comme des battoirs, elle semblait piégée sur le plateau de François Busnel, quand Dany Laferrière est venu à son secours. Elle est partie à vingt ans, elle étouffait à « Manosque les couteaux ». Elle a fait plusieurs métiers, de préférence difficiles, de préférence dangereux, des métiers qui engagent le corps autant que l’âme. Elle a pêché dix ans en Alaska, le summum du danger et de l’excitation. Catherine Poulain est revenue, elle vit sous une yourte où elle a écrit Le grand marin, condensé de son expérience et de sa vie. Le livre de sa vie : si surprenant, si prenant. Lire la suite

Le grand marin
Catherine Poulain
Éditions de l’Olivier, février 2016, 384 p., 19 €
ISBN : 9782823608632

La confrérie des chasseurs de livres : François Villon héros trouble

  • Facebook
  • Viadeo FR
  • LinkedIn
  • Twitter

La confrérie des chasseurs de livresVoici une uchronie purement littéraire et souvent jouissive répondant à l’une des nombreuses zones d’ombre de l’histoire : qu’est devenu François de Montcorbier alias François Villon après la commutation, le 5 janvier 1463, de sa peine de mort par pendaison en dix ans de bannissement par le parlement de Paris ?

L’auteur imagine que le jeune roi Louis XI, admirateur du poète et conscient de ses dons pour dynamiter l’ordre établi, va utiliser sa renommée et son côté rebelle pour lutter contre l’influence du pape.

Notre poète mauvais garçon est libéré de son pourrissoir après un entretien avec l’évêque de Paris, émissaire du roi. Secondé par Colin, son acolyte coquillard râleur, le poète va entreprendre un long périple qui le mènera en Terre Sainte à la découverte d’une étrange société secrète juive, la Confrérie des chasseurs de livres. Elle existerait depuis des siècles, collectant aussi bien des écrits grecs anciens interdits par l’Inquisition que les dernières paroles du Christ. Cette puissante société secrète aurait des ramifications dans tout l’Occident, et elle entend bien dynamiter le pouvoir temporel du Pape.
Lire la suite

La confrérie des chasseurs de livres
Raphaël Jerusalmy
Actes Sud, août 2013, 320 p., 21 €
ISBN : 978-2-330-02261-7

Le silence de mon père, enquête journalistique et filiale

  • Facebook
  • Viadeo FR
  • LinkedIn
  • Twitter

lesilencedemonpereLe silence de mon père est une quête du père à travers souvenirs et éléments troublants qui mènent l’auteur de quête à enquête. Il est vrai que nous ne connaissons de nos parents que le reflet laissé par notre enfance, que par les échos et souvenirs qu’ils ont bien voulu laisser franchir le mur du passé.

La journaliste d’investigation Doan Bui a mis longtemps avant de se plonger dans le passé de son père, médecin taiseux si différent de sa femme exubérante. Les parents d’origine vietnamienne semblaient s’opposer sur tant de points : le père n’avait jamais pu se départir de son fort accent vietnamien alors que sa femme avait fait ses études dans une école française et parlait le français sans accent. Leurs cinq enfants les rapprochaient, et leur volonté farouche de réussite scolaire ; la religion de l’école comme instrument d’insertion sociale. Lire la suite

Le silence de mon père
Doan Bui
L’Iconoclaste, mars 2016, 256 p., 19 €
ISBN : 979-10-95438-10-6

Doan Bui : surabondance de mots est silence

  • Facebook
  • Viadeo FR
  • LinkedIn
  • Twitter

Les rencontres avec les lecteurs figurent parmi  les passages obligés imposés à l’écrivain par les diverses institutions : éditeurs, sponsors culturels, bibliothèques participant à certains prix littéraires et j’en passe. Pourquoi de tels événements ? Le livre ne suffit-il pas ? Non, le livre ne suffit pas. Le lecteur demande plus, il veut la chair de l’auteur, le sang de son écriture, un morceau de son âme à coller sur la page de garde après un beau moment partagé, un soir, dans le silence d’une bibliothèque ou d’une librairie.

Les moments privilégiés entre auteur et lecteurs peuvent être très forts. Je me souviens d’une soirée avec Hubert Mingarelli le taiseux, de ce moment magnifique où, après avoir accumulé des silences, il s’est ouvert à la confiance face à une jeune fille qui avait si bien lu ses livres. Les personnes présentes retenaient presque leur souffle. Instant précieux où la façon d’écrire, les mécanismes de la création deviennent lumineux. Échanges presque intimes, respect mutuel, moment de grâce, osons le mot.

Doan BuiCela ne se passe pas toujours ainsi. Il y a un peu plus d’une semaine, ma bibliothèque préférée annonçait une rencontre exceptionnelle avec la journaliste Doan Bui. La jeune femme d’origine vietnamienne, grand reporter au Nouvel Obs, a obtenu le prix Albert Londres 2013 pour son reportage Les Fantômes du fleuve sur les immigrés qui essayent de pénétrer en Europe par la Turquie, via la Grèce. Lire la suite