Archives de l’auteur : Nicole Giroud

Les vivants au prix des morts et le narrateur au prix de l’auteur

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FrégniVous est-il arrivé de lire un livre à cause de son titre ? Personnellement cela m’arrive très souvent, l’appel du titre c’est comme l’air du large quand il est plein de sel, de mystère et de nostalgie. Les vivants au prix des morts, quel titre magnifique !

Je ne connaissais pas l’auteur, quelle importance ? Ouverture au hasard des pages et confirmation que l’écriture de l’auteur était aussi belle que ce titre mystérieux dont la quatrième de couverture éclairait la signification :

Lorsque le douzième coup de midi tombe du clocher des Accoules, un peu plus bas, sur les quais du Vieux-Port, les poissonnières se mettent à crier : « Les vivants au prix des morts ! » Et chaque touriste se demande s’il s’agit du poisson ou de tous ces hommes abattus sur un trottoir, sous l’aveuglante lumière de Marseille…

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Les vivants au prix des morts
René Frégni
Gallimard, mai 2017, 192 p., 18 €
ISBN : 978-2-07-273282-9

Porte-coton, une profession d’avenir ?

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Hyacinthe Rigaud

Hyacinthe Rigaud

Il ne s’agit pas d’un petit accessoire au design épuré chargé de porter de jolies boules de coton de couleur pour le démaquillage de madame, non, il s’agit d’un homme, plus exactement l’officier de la garde-robe qui présentait la serviette au Roi-Soleil pour qu’il puisse torcher ses augustes fesses. La serviette souillée était ensuite remise sur un plateau et l’officier – jamais un noble de rang élevé  s’éloignait dignement.

Le porte-coton de Louis XIV a été aboli à la Révolution puis rétabli par Louis XVIII et Charles X. Lire la suite

Mondialisation, déchirements et manga bouleversant

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J’aime déambuler dans les bibliothèques aux heures nues, silencieuses, loin des bourdonnement des ados en train de faire un exposé pour le prof d’histoire, loin des cris excités des enfants ou des pleurs des tout-petits et loin des conversations bruyantes (elles entendent mal et ne le savent pas) des retraitées pétries de solitude.

Un-the-pour-YumikoCe jour-là je me suis retrouvée devant les bacs boursouflés des bandes dessinées. Déjà découragée, j’ai pris la première qui m’est tombée sous la main. Cela ressemblait à un manga, dessin de visage maladroit, esquisse de temple à l’arrière-plan sur fond de montagne. Pour couronner le tout, une vignette rouge en haut à droite de la première de couverture indiquait : « La BD RTL du mois ». J’ai failli reposer, mais j’ai tout de même lu les premières pages.

Et j’ai été bouleversée.

Aquarelles de foule en marche, impression de vitesse et de multitude, immeubles qui provoquent une impression de déjà vu. Lire la suite

Un thé pour Yumiko
Fumio Obata
traduit de l’anglais par Isabelle Troin
Gallimard, 2014, 155 p., 22 €
ISBN : 978-2-07-065770-4

Dans quelle langue est-ce que je rêve ? d’Elena Lappin : le flot des langues accumulées

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LappinOn parle des migrants comme si c’était une réalité nouvelle, comme si l’afflux massif par-delà la Méditerranée, phénomène majeur de notre siècle, était une nouveauté. Elena Lappin, journaliste et écrivain dont j’hésite à donner la nationalité tant celle-ci est issue d’un mélange complexe, nous restitue à travers son cas personnel ce que signifie être migrant. Loin de ce qui nous vient à l’esprit, mais avec humour et finesse, elle décortique ses origines et tribulations familiales, les exodes successifs volontaires ou non.

Elena est née à Moscou, ensuite elle passe son enfance à Prague avant de se retrouver adolescente à Hambourg quand ses parents passent à l’Ouest. Chaque fois un nouveau pays, une nouvelle mentalité et une nouvelle langue. Lire la suite

Dans quelle langue est-ce que je rêve ?
Elena Lappin
traduit de l’anglais par Matthieu Dumont
Éditions de l’Olivier, avril 2017, 384 p., 23€
ISBN : 9782879296456

Le mois des Indés et la publicité

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Indés comme indépendants, vous aviez compris. Cela me va bien comme idée ; nous avons monté, mon compagnon et moi, Plumitive Éditions en attendant l’éditeur honnête/ enthousiaste/ exigeant mais non dictatorial/ considérant les livres comme autre chose qu’une marchandise à fourguer sur le marché. Aucune mention n’est inutile, ne barrez rien.

C’est la raison pour laquelle les livres que j’écris figurent comme des OVNI au milieu d’un océan de bluettes sentimentales, de constructions néogothiques, de romans policiers plus ou moins gore. Quelle importance ? Ce qui compte, c’est que lectrices et lecteurs trouvent leur compte de rêve, de plaisir ou d’émotion. Je refuse de me laisser enfermer dans la catégorie biographie historique, témoignage, roman picaresque ou érotique. J’écris.

Indépendante, donc, et L’Anthogrammate a été retenu pour la promotion d’octobre des livres indépendants. Des livres numériques à moins d’un euro, c’est une idée maligne. Pour le prix d’un ticket de métro ou d’une revue, faites le plein : achetez les aventures d’une jeune fille accablée de malheurs (ça finit bien), celles d’un loser poursuivi par un vampire venu d’une autre galaxie (ça finit mal) et les aventures de ma sexagénaire qui découvre à la retraite les joies du mensonge, du stop et de l’amitié.

PhotoDeProfilUne chose me contrarie cependant : le graphisme de l’affiche privilégie d’une manière scandaleuse la jeune fille de la catégorie bluette. Allongée dans l’herbe d’une pelouse impeccablement tondue, chaussée de talons aiguille, un jeune benêt penché vers elle avec des intentions louches, elle lit un livre. Enfin elle essaie.

Vraiment cette affiche me chagrine. Tout d’abord, mesdames, cela vous est-il déjà arrivé de vous balader dans une prairie avec des talons aiguille et de les conserver PROPRES ?  Ensuite la promotion concerne seulement les livres numériques ; je suis d’accord, la tablette c’est moins romantique, mais cela éviterait les confusions. Pour finir, la promotion a lieu tout le mois d’octobre : l’herbe est humide, les jeunes de l’affiche vont attraper la mort. Alors j’ai demandé à mon mari de rajouter une marguerite au bout du talon de la souriante demoiselle, d’abord parce que l’héroïne de L’Anthogrammate se prénomme comme la fleur, ensuite pour rappeler aux jeunettes que les vieilles dames aussi s’éclatent. C’est sûr, elles peuvent difficilement lever le talon aiguille dans une prairie sans rester coincées, mais question audace, esprit acéré et entraide amicale, elles pourraient donner des leçons à leurs jeunes congénères.

LeMoisDesIndés2

Alors voilà l’affiche modifiée. Cachez la marguerite, vous verrez, c’est déjà beaucoup plus fade. Pour moins d’un euro, t’as plus rien ? Mais si, tu as une pinte de rire et un zeste de réflexion, le tout assaisonné d’émotion. Bonne lecture !

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