Simon Reijik exerce un métier étonnant : il transforme les réputations numériques en supprimant les éléments gênants :
Les nouvelles technologies avaient crucifié la vie privée. L’intime agonisait en place publique. Tout était devenu montrable. Tout devait se savoir. Simon se contentait de rétablir un peu d’équité. […] Il offrait des zones d’ombre aux victimes et, si besoin, leur inventait un passé de rechange. Une autre vie possible. Il maquillait leur fuite. La vérité n’est souvent qu’une question d’éclairage.
Avec un tel début de roman, on se croit en pleine modernité, mais c’est un leurre : l’histoire que va nous raconter l’auteur est intemporelle, une histoire de secret de famille, de nostalgie et de remords, loin de l’exposition 2.0 des clients de Simon.
Un métier pareil, il faut, pour avoir envie de l’exercer, posséder dans sa propre vie des événements que l’on aimerait bien effacer. Il faut également aimer travestir la vérité. Le lecteur comprend très vite que quelque chose cloche dans le panorama tranquille du geek heureusement marié à Laura, professeur de français. Simon se bourre de médicaments, une véritable pharmacie ambulante pour contrecarrer tout ce que la vie pourrait avoir de dangereux : rêves, angoisses, maux de têtes divers. Simon se protège de tout jusqu’au coup de téléphone d’une inconnue qui le contraint à revenir dans le pays de son enfance : son ami Antoine se meurt. Continuer la lecture
Gautier Battistella
Grasset, août 2018, 240 p., 19 €
ISBN : 978-2-246-85973-4

Cette année, quinze ans après
ouverture au monde et à ses blessures, à la lumière et à l’espoir. Et l’écriture, l’écriture ! Ce ton si particulier et en même temps universel, cette langue qui semble couler de source, sans afféterie ni effets appuyés et cette narration où tous les éléments s’emboîtent si bien qu’on ne voit pas la jointure… Superbe, vraiment. Et rien de fabriqué : du sincère, du naturel, du généreux. D’une vie compliquée l’auteur a su tirer une grande lumière, loin de ces écrivains qui grattent leurs plaies fonds de commerce. Carine Fernandez est l’exemple même de l’élévation par l’écriture, c’est à la fois réjouissant, réconfortant et apaisant.
Voici revenue la saison des prix, et Laurent Gaudé figure avec son roman Salina sur la liste de certains parmi les plus prestigieux. Nul doute qu’il sera récompensé par l’un ou l’autre, c’est un si bon candidat : une écriture superbe, un auteur sympathique, une histoire lointaine, entre mythe et mouture héroïque.