Archives pour la catégorie Tribulations

Découpages et collages 2

  • Facebook
  • Viadeo FR
  • LinkedIn
  • Twitter
Mont_Blanc_Turner

Le Mont Blanc depuis Bonneville par Turner

Vous vous souvenez que je m’étais arrêtée à la sixième version de Fragments l’abrégé de Fragments de vie avant désintégration. 

Pourquoi un titre pareil, un truc à décourager le lecteur le plus motivé et à faire fuir les autres pire qu’un Doberman baveux sur une plage de Méditerranée ?

À cause d’un avion de ligne indien, le Kangchenjunga, qui a explosé en plein vol sur le Mont Blanc en 1966.  Sur le glacier des Bossons on n’a retrouvé que sept corps intacts sur les cent dix-sept personnes qui se trouvaient à bord. Parmi ces sept corps, celui d’une Indienne nue, vêtue de ses seuls bijoux. Quarante-cinq ans plus tard, je suis allée à une conférence donnée près de chez moi par un homme qui s’annonçait comme le découvreur des restes du Kangchenjunga et du Malabar Princess. Il a raconté ses découvertes sur le glacier des Bossons et une exposition de ses trophées a suivi, avec des éléments très choquants que je ne pouvais laisser sombrer dans l’oubli.

Voici l’origine de ce roman : le choc ressenti par les scalps de victimes présentés dans des vitrines, le cynisme inconscient de celui qui les avait trouvés et les exhibait. Ensuite j’ai cherché des détails sur ces deux catastrophes si troublantes : deux avions civils indiens qui s’écrasent au même endroit à seize ans de distance alors que jamais aucun autre avion civil ne s’est abîmé sur le massif du Mont-Blanc. J’ai découvert les éléments de cette histoire arrivée à une heure de chez moi, pleine de mystères et d’horreurs. De quoi écrire une dizaine de romans, Henri Troyat a ouvert la voie avec la première catastrophe indienne, celle du Malabar Princess, en écrivant La neige en deuil, je m’intéresse à la suivante, survenue seize ans plus tard, celle du Kangchenjunga. J’ai ressenti de la stupeur face à tout ce que la région de Chamonix essaie de cacher, à savoir la gestion honteuse des corps des victimes lors de ces deux catastrophes.

J’ai inventé des personnages, bien sûr, comme la fille de cette Indienne réellement retrouvée nue et intacte sur le glacier des Bossons et la vie même de cette femme, l’enchaînement qui l’a conduite à mourir si loin de chez elle. Le reste a suivi, les allers retours entre le Bombay des années soixante et Chamonix. J’ai dû rajouter le personnage de l’écrivain à la quatrième ou cinquième version pour alléger l’histoire, celui-ci a pris de l’importance au fil du temps.

Je ne vais pas vous raconter ce mélange d’éléments parfaitement véridiques et de recréation romanesque, je voulais juste vous expliquer le contexte de ce titre bizarre, Fragments de vie avant désintégration. J’ai bien sûr été effondrée lorsque j’ai entendu parler du roman Constellation d’Adrien Bosc alors que j’en étais à ma quatrième version. Heureusement nos propos ne se rencontrent absolument pas.

Il faut cependant que je change de titre, c’est évident, et j’ai besoin de votre aide parce que cela fait plusieurs années que pour moi le livre porte ce titre et je peine à lui en trouver un autre.

J’ai pensé à des horreurs :  un titre racoleur style Indienne nue sur le Mont Blanc, classique, La vie interrompue, Le sari rose avec les oiseaux, mystérieux La danseuse du Kangchenjunga…

J’attends vos propositions. J’enverrai avec plaisir une version électronique du roman aux internautes qui auront fourni les titres les plus originaux. La primeur, plusieurs mois avant la publication.

J’attends avec impatience vos suggestions.

Brouette et création romanesque

  • Facebook
  • Viadeo FR
  • LinkedIn
  • Twitter
La brouette est le meilleur ami de l'écrivain

La brouette est le meilleur ami de l’écrivain

Celui qui occupe le rôle de coach, thérapeute, conscience, graphiste, correcteur et dépanneur d’ordinateur, a pris sa casquette de lecteur et il s’amuse beaucoup avec ce qui est devenu la sixième version de Fragments. Fragments ? Oui, l’abrégé de Fragments de vie avant désintégration le titre provisoire et beaucoup trop long de mon dernier roman.

Je l’entends rire et puis il ajoute, fielleux :

— Au fond tu lui donnes une méthode drôlement efficace, à ton écrivain. Dommage que tu ne pratiques pas de la même façon.

Ce genre d’allusions à mon ordre est particulièrement bas, mais je le prends avec la sérénité de Bernard Palissy devant les remarques de son épouse qui trouvait que brûler les meubles de la maison pour alimenter le four était excessif.

Ma comparaison ne convient pas du tout : Palissy faisait le ménage par le vide, je fais le contraire : j’accumule.

Mon bureau déborde de papiers divers d’origines très variées ce qui explique l’assemblage plus que disparate qui s’étale sur ma belle table en bois. Bordures de journaux sur lesquelles j’ai gribouillé une remarque parce qu’une idée m’a traversée alors que je lisais les nouvelles et ensuite j’ai déchiré la feuille, je ne suis pas un as du découpage. Versos de courrier de la banque qui ne rejoindront jamais les classeurs adéquats. Fiches de toutes les couleurs achetées le jour où j’ai décidé que je devais me discipliner. Feuilles de classeur et de cahier arrachées. Je ne compte pas les manuels de référence : dictionnaires des synonymes (j’en ai deux), le Bon Usage de Grévisse, une grammaire du français contemporain, le Petit Robert et le Larousse. J’essaie de les ranger sur la bibliothèque derrière moi mais c’est difficile de me séparer d’eux, ce sont mes doudous rassurants. Au milieu de tout ça l’ordinateur portable peine à se faire une petite place. L’ensemble tient d’une plaine dévastée après la tornade car au milieu des papiers surgissent des baleines échouées sur la rive : paires de ciseaux, taille-crayon, montre, prospectus de vacances et même cadre attendant une photo.

Un écrivain normalement constitué ne peut pas créer une histoire au milieu d’un foutoir pareil, pense l’homme qui partage ma vie ; ses gènes helvétiques se révoltent devant le spectacle.

— Et le plan, tu peux me dire quel plan tu suis ? Il te faut un plan.

Les plans quinquennaux de l’ex-URSS lui auraient très bien convenu, je suis sûre, on voit où cela a mené le pays, cette planification outrancière. Je m’égare. Le fait est : sur mon bureau, pas de boîtes à chaussures contenant des fiches bien ordonnées. Je ne saurais pas où les mettre. Mon écrivain est de la pure fiction.

L’époux a renoncé depuis longtemps à émettre des remarques concernant ma méthode de travail, il se contente désormais de soupirer lorsqu’il me voit sortir en sabots et me diriger vers mes instruments singuliers de réflexion, à savoir la brouette, la pelle et la bêche. Je pourrais écrire « ma » brouette, ce serait plus juste. Balzac était l’as de la cafetière, je suis la reine de la brouette. Certains progressent dans leur intrigue en gribouillant sur une feuille de papier ou en fumant une cigarette. Moi je creuse.

Ceci n’a pas que des avantages, mais nous avons la chance d’habiter un lieu situé dans une pente. À chaque roman sa terrasse ; je creuse, je charge la brouette et décharge ailleurs le tas de terre. Petit à petit la nouvelle terrasse prend forme, l’histoire aussi. À chaque dizaine de brouettes mes héros progressent ou se retrouvent dans la panade. Après il faut évacuer la terre mais ceci est une autre histoire, « notion bourgeoise de la création » aurait dit Francis Blanche dans Les Barbouzes, et mon mari est d’origine bourgeoise, d’où sa mâchoire qui s’approche du sol lorsqu’il voit le tas devenir de plus en plus conséquent. Cela ressemble à un problème d’école primaire : le tas de terre au fond du jardin grossit à mesure que l’obstacle dans la narration s’aplanit.

Mon « fiancé » comme l’appelle une de nos connaissances, préférerait que je fasse des brouillons, je vais m’abîmer le dos, insiste-t-il en louchant sur le monticule au fond du jardin.

Pour l’instant il est content. J’ai taillé dans les développements, comme il me l’avait demandé, et il fait trop chaud pour la brouette.

 

 

 

 

 

Découpages et collages 1

  • Facebook
  • Viadeo FR
  • LinkedIn
  • Twitter

Le compagnon de toute ma vie depuis nos vingt ans respectifs est en train de lire la cinquième  version de mon roman sur les deux catastrophes survenues au somment du mont Blanc. Mission à haut risque, l’homme en est conscient. Ce n’est pas la première fois qu’il effectue cet exercice de style et jusque là il a survécu, maniant habileté, coups de fouet et messages d’amour style c’est pour ton bien et celui de ton texte.

Dans le cas présent, devant les critiques répétées des intrépides lecteurs, trop de précisions, trop de documentation, bien sûr c’est passionnant ces tragiques histoires, mais enfin… Tout le monde était d’accord : cette femme retrouvée nue au sommet du mont Blanc vêtue de ses seuls bijoux méritait absolument d’être l’héroïne. Le fait qu’elle soit Parsie, une fois expliqué à ces ignorants qui étaient les Parsis, a lui aussi emporté l’adhésion.

Je vous avais déjà expliqué que je travaillais sur un drame survenu dans ma région.

J’ai d’abord donné un fils à cette belle femme, un fils qui viendrait en Haute-Savoie résoudre l’énigme de la présence à bord de sa mère et accessoirement proposer une explication au mystère de l’explosion en plein vol de cet avion, mystère non élucidé et dont les archives sont encore top secrètes. Le fils n’allait pas. Il est donc devenu une fille. C’est vrai, c’était plus logique dans la poursuite de l’émancipation féminine, le public était d’accord. Quand même, trop de détails sur la communauté parsie de Bombay.

Ils voulaient que je me coupe un bras ! J’ai donc rusé et rajouté un personnage pour alléger cette histoire (essayez donc de faire rire les gens avec plus de 150 personnes en morceaux sur le glacier des Bossons). Et voilà, l’Écrivain sort du chapeau. Petite vengeance anticipée : il en est à son deuxième divorce. On verra bien si après cette menace subliminale l’époux parlera encore d’alléger mon texte.

Eh bien il ose : Quelle bonne idée, cet écrivain ! Tu le rends de manière très drôle, ça allège l’atmosphère du texte, on attend le moment où il va réapparaître, vraiment une bonne idée ! Mais encore trop de détails sur la façon dont on a traité les corps, trop de détails sur l’histoire des Parsis.

L’homme vit dangereusement. Il a de la chance, je n’ai pas encore totalement remanié mon texte. La réécriture avance et je ne suis pas encore prête au sacrifice suprême.

Pour Judith

  • Facebook
  • Viadeo FR
  • LinkedIn
  • Twitter

Tombe de Judith à Saint-CerguesL’histoire Judith m’a été racontée par beaucoup de gens, elle fait partie de la mémoire de Saint-Cergues, commune florissante à la lisière de Genève. La frontière franco-suisse recèle nombre d’histoires tragiques : tant de Juifs ont essayé de trouver le salut en cherchant refuge dans la petite Helvétie entourée de voisins en guerre. Mais c’était un miroir aux alouettes, le petit pays avait peur d’être envahi et n’accueillait que les familles accompagnées d’enfants de moins de quinze ans. Je me souviens de cet homme qui racontait, la voix brisée, qu’il avait cinq ans lorsque ses parents avaient essayé de passer en Suisse. Ils l’avaient mis à l’abri et il était devenu ainsi un « enfant caché » comme il y en eu tant. Ils avaient été refoulés et étaient morts à Auchwitz alors que s’il s’était trouvé avec eux ils auraient eu la vie sauve.

Judith et Richard ont essayé de passer en Suisse. Judith avait trente-cinq ans, Richard quarante, et aucun enfant n’accompagnait ces Juifs allemands, ce qui ne veut pas dire qu’ils n’en avaient pas. Passage refusé par le douanier suisse. Leur double-suicide contre le grillage marquant la frontière, leur désespoir si absolu dont rien n’a pu atténuer la violence au fil du temps hante des habitants du lieu dont certains n’étaient pas nés au moment des faits. Je sais que, lorsqu’ils se rendent au cimetière honorer leurs proches, ils font le détour pour saluer Judith. Le message est très clair et j’aimerais ajouter le mien :

Nous ne vous oublions pas, Judith. La nouvelle que je suis en train d’écrire et qui porte votre prénom, considérez-la comme un caillou déposé sur votre pierre tombale, un signe de mon passage et de mon refus des horreurs de la guerre.

Documents aux archives départementales d’Annecy :

1)

Le 18 octobre 1942 un couple juif, Richard Ephraïm et son épouse Judith née Sealtiel, se présentent venus de France au poste de douane suisse de Monniaz (près de Jussy, à 10 km de Genève). Demandant à trouver asile en Suisse, ce qui leur fut refusé. Désespérés, peut-être n’en étaient-ils pas à leur première tentative, ils décident ensemble de mettre fin à leur vie. Ils marchent sur une vingtaine de mètres, s’assoient sur la chaussée le dos contre le grillage bordant la frontière. Le mari tranche la gorge de sa femme, puis fait pareil sur lui-même. Le douanier français, s’apercevant qu’il se passe quelque chose d’anormal, accourt et, voyant le drame, prévient la gendarmerie et les autorités communales. Judith Ephraïm est morte sur place. Son décès est enregistré au registre d’état-civil de Saint-Cergues le jour-même. Son mari, Richard Ephraïm est transporté d’urgence à l’hôpital d’Ambilly-Annemasse. Selon les archives de cet hôpital, il fut sauvé et put ressortir après trois semaines de soins.

Il semble que Richard Ephraïm, né en 1902 à Breslau en Allemagne, a vécu après la guerre longtemps dans la région d’Annemasse.

(…) la tombe de Judith Ephraïm est conservée car placée sous la protection du Souvenir Français et bénéficie d’une concession perpétuelle. Je me suis laissé dire que cette tombe avait été régulièrement fleurie pendant des dizaines d’années par une main inconnue.

Depuis que l’existence de cette sépulture leur a été révélée, des membres des communautés juives de Genève et d’Annemasse se sont recueillis à plusieurs reprises auprès de la tombe de la pauvre Judith pour dire le Kaddish.

La Hevrah Kadishah de la communauté israélite de Genève vient de prendre en charge le renouvellement de la pierre tombale. L’inscription qui figure maintenant sur ce monument funéraire perpétue opportunément aussi la mémoire d’autres victimes de la Shoah dans le voisinage français de Genève notamment, victimes dont la tombe a disparu ou n’a jamais existé. Aucune trace matérielle ne subsiste d’elles, mais il nous importe cependant de garder leur souvenir.

Herbert Herz à Genève, le 8 février 2015

2)

Octobre 1992, témoignage des habitants de St Cergues

Tous les ans un homme a fait fleurir en octobre la tombe de Judith Ephraïm (commande passée par un inconnu à un fleuriste de la région). Depuis quelques années maintenant ce fleurissement a cessé.

3)

Octobre 1942, extrait du registre des décès de la commune de Saint Cergues, n° 18

18 oct. 1942, 11 heures, est décédée lieu dit « Moniaz »

Judith Séaltiel, sans profession, domiciliée à Treignac (Corrèze)

née à Berlin (Allemagne) le 21 février 1907, de Benjamin Séaltiel et de Hélène Wysmer,

épouse de Ephraïm Richard

On a enterré Judith dans le cimetière de Saint-Cergues trois semaines avant l’invasion de la zone libre, le onze novembre 1942.

J’ai de fortes présomptions sur l’identité de l’homme qui, des années durant, a fait fleurir la tombe de Judith à la date de sa mort. Ce fleurissement a cessé peu avant 1992. Peut-être est-il mort à cette date, ou empêché par l’âge. Il n’était pas Juif, la coutume juive interdit les fleurs sur les tombes, et sa discrétion-même trahit beaucoup de choses.

Je me suis intéressée aux informations fournies par l’acte de décès de Judith qui indiquent son origine et son adresse officielle en France ainsi qu’aux informations fournies par les archives de l’hôpital d’Ambilly et relayées par Monsieur Hertz. Elles m’ont permis de reconstituer en partie le parcours du couple et son errance jusqu’aux portes du paradis qui ont refusé de s’ouvrir.

L’adresse française de Judith figurant sur l’acte de décès est surprenante au premier abord. Treignac est un petit village de Corrèze, au pied du massif des Monédières, sur le plateau de Millevaches. Que venaient donc faire deux Juifs allemands dans un endroit pareil, si loin des grandes villes dont ils avaient l’habitude ? Des Juifs allemands en Corrèze, département rural et catholique ?

Les réfugiés arrivent en grand nombre dans le centre de la France pendant l’exode de 1940 : Juifs d’Alsace, de Moselle, du Luxembourg, Juifs du Bade et du Palatinat expulsés vers la France, Juifs d’un peu toute l’Europe qui ont fui la Peste Brune et les combats. Ils sont environ deux mille trois cents à résider en permanence dans le département de la Corrèze entre 1940 et 1944, moitié Juifs français moitié Juifs étrangers. C’est beaucoup moins qu’en Dordogne voisine où ils sont plus de six mille.

Leur accueil dans le département se fait selon les instructions du dispositif général mis en place par Vichy dès 1940 et les lois antisémites d’octobre 40 et juin 41 qui soumettent les Juifs étrangers à des mesures d’internement et de regroupement. Les préfets (préfet régional et préfet départemental) vont les recenser, les surveiller et les assigner à résidence.

Les Juifs étrangers considérés comme riches seront internés au château de Doux sur la commune d’Altillac dans un centre d’hébergement payant. Faire payer (en faisant des bénéfices) leur internement à ceux qui le peuvent est autorisé par une circulaire du ministère de l’Intérieur. Ce ne sera pas une réussite : les tarifs sont prohibitifs et les intéressés comprennent vite qu’il vaut mieux ne pas rester trop longtemps dans cet endroit qui sent le piège.

Les autres se retrouvent dans des centres de regroupement municipaux. Quant aux hommes valides de 18 à 55 ans en état de travailler ils sont regroupés dans des GTE (Groupement de Travailleurs Étrangers).

La création de cette structure dès septembre 1940 présente deux avantages : regrouper les étrangers et répondre au problème économique posé par l’absence des hommes prisonniers en Allemagne. Cette main d’œuvre bon marché devient vite essentielle dans l’économie de la zone sud.

Le 665e est composé uniquement de Juifs ; il se trouve à Soudeilles sur la commune de Treignac.

Treignac où est domiciliée légalement Judith, la femme de Richard.

On peut donc supposer que Richard fait partie de ces hommes dits « en surnombre dans l’économie nationale », un de ceux que l’on appelle à Treignac les « Palestiniens ». En juin 41 ce camp de Soudeilles accueille 95 hommes mais monte très vite en puissance, en juillet 42 ils sont 269.

Soudeilles est un camp sans barbelés, on le voit de loin, mais personne n’en parle dans la région. La population semble compréhensive vis-à-vis des « Palestiniens » qui ont fui la guerre, il n’y a pas de racisme apparent, seulement ce qui ressemble à une solide indifférence.

Judith et Richard n’ont pas dû être malheureux dans cet endroit. Richard a-t-il travaillé dans une ferme ? Ils doivent connaître le dynamique rabbin Feuerweker aumônier général pour la Creuse, la Corrèze et le Lot.

Richard n’a pas fait partie des FTP-MOI, les Juifs étrangers passés dans la clandestinité et la Résistance.

Le portrait qui se dégage est celui d’un homme broyé par l’Histoire qui essaie de protéger sa femme.

Une vie à la campagne dans un pays dont il ne parle pas la langue, loin de Berlin et de ses foules hostiles. Une vie difficile sans doute, le climat est rude, mais une vie qui ne semble pas menacée.

Tout change à l’été 1942.

Les accords Oberg-Bousquet prévoient le transfert de 10 000 Juifs étrangers en zone occupée. La préfecture et la gendarmerie organisent des rafles en août. Le 26 août un tiers des hommes du GTE sont envoyés dans le camp d’internement de Nexon, transférés à Drancy et immédiatement redirigés vers Auschwitz-Birkenau.

Richard ne fait pas partie de ce « ramassage », Judith non plus. Mais ils savent que ce n’est qu’une question de temps. C’est alors sans doute qu’ils décident de partir vers la Suisse.

Leur périple, je ne le connais pas. Le rabbin David Feuerweker était Suisse, il avait développé des filières de passage en direction de son pays. Difficile de savoir avec certitude si ce résistant sur tous les fronts les a aidés mais c’est probable.

La nouvelle « Pour Judith » commence au moment où Judith et Richard viennent de se voir refuser l’asile. Le geste fou de Richard, ce constat d’échec et ce désespoir absolu, c’est un pavé dans l’eau de l’Histoire dont les ondes s’étalent jusqu’à nos jours.

 

Une fleur, un commentaire

  • Facebook
  • Viadeo FR
  • LinkedIn
  • Twitter

Marguerite Letourneur, distinguée anthogrammate, connaît le langage des fleurs et pourrait vous éviter bien des impairs, messieurs, lorsque vous offrez un bouquet de fleurs à une dame.

Car vous offrez des fleurs, n’est-ce pas ? Un doute affreux instillé par une âme malveillante m’a soufflé que vous préfériez les faire livrer par un organisme spécialisé sur Internet, votre secrétaire se contentant d’envoyer à dates régulières (anniversaires divers, mariage,  fête des mères) des bouquets types. Si c’est le cas, passez votre chemin.

Je m’adresse à l’amoureux qui flâne chez le fleuriste, à l’enfant qui cueille un bouquet dans les champs, à la femme qui rêve dans son jardin, sécateur à la main, au photographe amoureux qui tente de saisir une goutte de rosée sur un pétale frémissant : envoyez-moi une photo de fleur et j’écrirai un texte à côté de celle-ci.

Une photo de fleur avec votre nom ou pseudo, un texte de Nicole Giroud. L’ensemble sera relayé sur Facebook et Twitter, sauf réserve de votre part bien entendu.