Archives pour la catégorie Tribulations

L’Envol du sari début octobre aux éditions Les Escales

  • Facebook
  • Viadeo FR
  • LinkedIn
  • Twitter

L'envol du sari, par Nicole GiroudIl y a longtemps que je travaille sur ce roman, je vous en ai parlé à maintes reprises et je ne vais pas revenir là-dessus.

Enfin il sort début octobre, aux éditions Les Escales, ce roman qui mêle les plus hauts sommets d’Europe et de l’Inde, les débuts chaotiques de cette république du sous-continent indien avec le calme de la vie quotidienne d’une petite ville de Haute-Savoie, une haut-fonctionnaire indienne avec un romancier français très susceptible.

L’héroïne est flamboyante : elle s’appelle Rashna, ce qui signifie « la création », et c’est bien de cela dont il s’agit, puisque notre romancier fragile devra rendre la vie à celle-ci sous la surveillance de la fille de l’héroïne. Pour l’avoir vécu avec l’écriture d’une biographie romancée, je sais que les familles ne sont jamais contentes du portrait qui leur est renvoyé du héros ou de l’héroïne de la famille, à moins de flagornerie et de complaisance manifestes de l’écrivain.

Exercice de haute-voltige pour Quentin, mais aussi incursions de sa vie privée qui influe sur l’écriture du roman, tout est lié : la culture et la religion de l’héroïne, la façon peu glorieuse dont les dépouilles des victimes des deux crashes indiens ont été traitées, la découverte de la fascinante religion parsie, le choc des différences sociales, tout se mêle dans ce texte qui j’espère vous apprendra beaucoup de choses, vous fera sourire parfois, vous séduira souvent tant Rashna vous fera rêver.

Coups de cœur (les plus récents d’abord) :

Critiques (les plus récentes d’abord) :

Étranges hasards

  • Facebook
  • Viadeo FR
  • LinkedIn
  • Twitter

BossonsCela fait plusieurs années que je travaille sur un roman dont le cadre spatial et temporel est double : d’un côté la Haute-Savoie avec des allers retours à Genève, de nos jours, de l’autre l’Inde et la ville de Bombay essentiellement durant les débuts de ce grand pays. Pourquoi cela ? Parce que deux catastrophes aériennes se sont produites sur le massif du Mont-Blanc, à 300 mètres de distance l’une de l’autre et à seize ans d’écart.

Les seuls avions civils qui se sont jamais écrasés sur le Mont-Blanc étaient indiens. Vous avez sans doute entendu parler du Malabar Princess, popularisé par un film avec Jacques Villeret, film que je n’ai toujours pas vu. Cette catastrophe a été extraordinairement médiatisée en 1950, avec des journalistes venus du monde entier. L’autre avion contenait beaucoup plus de victimes (dont le père de la bombe atomique indienne). Mais je gage que vous n’avez jamais entendu parler du Kangchenjunga, l’avion qui portait le nom du plus haut sommet de l’Inde venu s’écraser sur le plus haut sommet d’Europe. Et pour cause : le secret qui a entouré la catastrophe était le miroir inversé de ce qui s’était passé seize ans plus tôt. Site défendu d’accès pendant des années, survolé par des hélicoptères, journalistes interdits, confiscation de matériel…

Ne parlons pas des zones obscures entourant ces deux crashes, il y aurait de quoi écrire toute une série de romans policiers. Un seul point à retenir : tous les éléments concernant le crash du Kangchenjunga en 1966 sont classés secret défense.

J’ai déjà relaté sur mon blog les circonstances qui m’ont fait m’intéresser à ces crashes.

Lorsque j’ai découvert que parmi les 117 passagers de l’avion seuls sept corps étaient intacts, dont celui d’une Indienne retrouvée nue sur le glacier, ce fut comme une révélation : cette jeune femme serait l’héroïne de mon roman, je reconstituerais sa vie.

Seulement elle était morte depuis si longtemps, on sait bien que l’on meurt vraiment quand plus personne ne pense à nous. Qui pouvait penser encore à la belle femme décrite par le rapport de gendarmerie de Chamonix à part ses enfants ? Le personnage secondaire, celui qui sert de passerelle entre la morte du glacier des Bossons et la reconstitution possible de sa vie, fut d’abord un homme. Mais au bout d’une centaine de pages, j’aboutissais à une impasse. C’est ainsi que mon moustachu aux yeux de braise céda la place à une quinquagénaire réservée à la longue tresse, fonctionnaire internationale à Genève.

Après un cheminement repris dans le roman qui aboutissait à la conclusion qu’elle ne pouvait être que parsie, ethnie fascinante et mystérieuse, la jeune femme vêtue de ses seuls bijoux se prénomma Rashna et sa fille qui avait vécu plus longtemps qu’elle Anusha. J’ai doté notre haut-fonctionnaire d’une redoutable assistante : Marie-Amélie. Je ne vais pas vous raconter l’histoire, seulement une de ses suites.

Le compagnon de ma vie pratique la généalogie, et une de ses dynamiques collègues Mimi. Je ne l’ai jamais rencontrée. Lors des échanges de vœux rituels de nouvel an, mon mari apprend que la fille de sa collègue se prénomme Marie-Amélie. Il explique le sujet de mon roman et parle du prénom de l’assistante de Anusha, prénom qu’il me semble avoir choisi par hasard.

Stupéfaction de Mimi : un prénom si particulier, comment avais-je pu le choisir ? L’histoire ne s’arrête pas là : je raconte dans le roman que le glacier des Bossons recrache les débris des deux avions, il coupe l’acier en morceaux, je vous laisse à penser ce qu’il fait des corps… Je laisse la parole à Mimi :

Alors ça c’est étrange ! Car dans les années 70 je faisais une sortie école de glace avec un groupe dans le glacier des Bossons, et en passant d’une crevasse à une autre pour en choisir une bien sympa à cramponner pour s’entraîner et… Nous avons trouvé… une petite main qui s’arrêtait un peu au-dessus du poignet, très fine et brune. Elle ressortait du fond du glacier sans doute et se trouvait juste sous une petite pellicule de glace ! Je me souviens qu’aux alentours il y avait des petits bouts de métal dispersés. Que faire ?? et en faire quoi ???

Mimi raconte la suite :

Le guide de Servoz qui était avec nous a redescendu cette petite main et l’a fait enterrer par le prêtre de la paroisse (et qui était également un montagnard) dans le cimetière de Servoz !

Troublant, vraiment !

Il est courant de trouver sur le glacier des objets, des papiers ou… des pierres précieuses.

On trouve en effet des débris de corps humains remontés des crevasses où les guides les avaient jetés pour rendre le glacier propre pour les touristes qui font l’ascension du mont Blanc. Par contre, cette petite main indienne pieusement ramenée par le guide au prêtre de sa paroisse, le même respect de la part de ce prêtre qui a enterré la main dans le cimetière, c’était comme si mon roman se poursuivait, comme si ces deux catastrophes n’en finissaient pas de poursuivre la montagne et ceux qui l’arpentent.

Mimi relate un souvenir des années 70 ; depuis le glacier a effectué l’essentiel de sa lente digestion. Il ne reste plus qu’à publier l’histoire de Rashna la belle Indienne pour que la mémoire reste, que le souvenir de ces gens venus de si loin mourir sur le toit de l’Europe ne s’évanouisse pas. Le roman a changé de titre, il s’appelle Des rapaces et des hommes, titre plus conforme à la fois à la façon dont on a traité les dépouilles des victimes et aux coutumes religieuses parsies.

Découpages et collages 2

  • Facebook
  • Viadeo FR
  • LinkedIn
  • Twitter
Mont_Blanc_Turner

Le Mont Blanc depuis Bonneville par Turner

Vous vous souvenez que je m’étais arrêtée à la sixième version de Fragments l’abrégé de Fragments de vie avant désintégration. 

Pourquoi un titre pareil, un truc à décourager le lecteur le plus motivé et à faire fuir les autres pire qu’un Doberman baveux sur une plage de Méditerranée ?

À cause d’un avion de ligne indien, le Kangchenjunga, qui a explosé en plein vol sur le Mont Blanc en 1966.  Sur le glacier des Bossons on n’a retrouvé que sept corps intacts sur les cent dix-sept personnes qui se trouvaient à bord. Parmi ces sept corps, celui d’une Indienne nue, vêtue de ses seuls bijoux. Quarante-cinq ans plus tard, je suis allée à une conférence donnée près de chez moi par un homme qui s’annonçait comme le découvreur des restes du Kangchenjunga et du Malabar Princess. Il a raconté ses découvertes sur le glacier des Bossons et une exposition de ses trophées a suivi, avec des éléments très choquants que je ne pouvais laisser sombrer dans l’oubli.

Voici l’origine de ce roman : le choc ressenti par les scalps de victimes présentés dans des vitrines, le cynisme inconscient de celui qui les avait trouvés et les exhibait. Ensuite j’ai cherché des détails sur ces deux catastrophes si troublantes : deux avions civils indiens qui s’écrasent au même endroit à seize ans de distance alors que jamais aucun autre avion civil ne s’est abîmé sur le massif du Mont-Blanc. J’ai découvert les éléments de cette histoire arrivée à une heure de chez moi, pleine de mystères et d’horreurs. De quoi écrire une dizaine de romans, Henri Troyat a ouvert la voie avec la première catastrophe indienne, celle du Malabar Princess, en écrivant La neige en deuil, je m’intéresse à la suivante, survenue seize ans plus tard, celle du Kangchenjunga. J’ai ressenti de la stupeur face à tout ce que la région de Chamonix essaie de cacher, à savoir la gestion honteuse des corps des victimes lors de ces deux catastrophes.

J’ai inventé des personnages, bien sûr, comme la fille de cette Indienne réellement retrouvée nue et intacte sur le glacier des Bossons et la vie même de cette femme, l’enchaînement qui l’a conduite à mourir si loin de chez elle. Le reste a suivi, les allers retours entre le Bombay des années soixante et Chamonix. J’ai dû rajouter le personnage de l’écrivain à la quatrième ou cinquième version pour alléger l’histoire, celui-ci a pris de l’importance au fil du temps.

Je ne vais pas vous raconter ce mélange d’éléments parfaitement véridiques et de recréation romanesque, je voulais juste vous expliquer le contexte de ce titre bizarre, Fragments de vie avant désintégration. J’ai bien sûr été effondrée lorsque j’ai entendu parler du roman Constellation d’Adrien Bosc alors que j’en étais à ma quatrième version. Heureusement nos propos ne se rencontrent absolument pas.

Il faut cependant que je change de titre, c’est évident, et j’ai besoin de votre aide parce que cela fait plusieurs années que pour moi le livre porte ce titre et je peine à lui en trouver un autre.

J’ai pensé à des horreurs :  un titre racoleur style Indienne nue sur le Mont Blanc, classique, La vie interrompue, Le sari rose avec les oiseaux, mystérieux La danseuse du Kangchenjunga…

J’attends vos propositions. J’enverrai avec plaisir une version électronique du roman aux internautes qui auront fourni les titres les plus originaux. La primeur, plusieurs mois avant la publication.

J’attends avec impatience vos suggestions.

Brouette et création romanesque

  • Facebook
  • Viadeo FR
  • LinkedIn
  • Twitter
La brouette est le meilleur ami de l'écrivain

La brouette est le meilleur ami de l’écrivain

Celui qui occupe le rôle de coach, thérapeute, conscience, graphiste, correcteur et dépanneur d’ordinateur, a pris sa casquette de lecteur et il s’amuse beaucoup avec ce qui est devenu la sixième version de Fragments. Fragments ? Oui, l’abrégé de Fragments de vie avant désintégration le titre provisoire et beaucoup trop long de mon dernier roman.

Je l’entends rire et puis il ajoute, fielleux :

— Au fond tu lui donnes une méthode drôlement efficace, à ton écrivain. Dommage que tu ne pratiques pas de la même façon.

Ce genre d’allusions à mon ordre est particulièrement bas, mais je le prends avec la sérénité de Bernard Palissy devant les remarques de son épouse qui trouvait que brûler les meubles de la maison pour alimenter le four était excessif.

Ma comparaison ne convient pas du tout : Palissy faisait le ménage par le vide, je fais le contraire : j’accumule.

Mon bureau déborde de papiers divers d’origines très variées ce qui explique l’assemblage plus que disparate qui s’étale sur ma belle table en bois. Bordures de journaux sur lesquelles j’ai gribouillé une remarque parce qu’une idée m’a traversée alors que je lisais les nouvelles et ensuite j’ai déchiré la feuille, je ne suis pas un as du découpage. Versos de courrier de la banque qui ne rejoindront jamais les classeurs adéquats. Fiches de toutes les couleurs achetées le jour où j’ai décidé que je devais me discipliner. Feuilles de classeur et de cahier arrachées. Je ne compte pas les manuels de référence : dictionnaires des synonymes (j’en ai deux), le Bon Usage de Grévisse, une grammaire du français contemporain, le Petit Robert et le Larousse. J’essaie de les ranger sur la bibliothèque derrière moi mais c’est difficile de me séparer d’eux, ce sont mes doudous rassurants. Au milieu de tout ça l’ordinateur portable peine à se faire une petite place. L’ensemble tient d’une plaine dévastée après la tornade car au milieu des papiers surgissent des baleines échouées sur la rive : paires de ciseaux, taille-crayon, montre, prospectus de vacances et même cadre attendant une photo.

Un écrivain normalement constitué ne peut pas créer une histoire au milieu d’un foutoir pareil, pense l’homme qui partage ma vie ; ses gènes helvétiques se révoltent devant le spectacle.

— Et le plan, tu peux me dire quel plan tu suis ? Il te faut un plan.

Les plans quinquennaux de l’ex-URSS lui auraient très bien convenu, je suis sûre, on voit où cela a mené le pays, cette planification outrancière. Je m’égare. Le fait est : sur mon bureau, pas de boîtes à chaussures contenant des fiches bien ordonnées. Je ne saurais pas où les mettre. Mon écrivain est de la pure fiction.

L’époux a renoncé depuis longtemps à émettre des remarques concernant ma méthode de travail, il se contente désormais de soupirer lorsqu’il me voit sortir en sabots et me diriger vers mes instruments singuliers de réflexion, à savoir la brouette, la pelle et la bêche. Je pourrais écrire « ma » brouette, ce serait plus juste. Balzac était l’as de la cafetière, je suis la reine de la brouette. Certains progressent dans leur intrigue en gribouillant sur une feuille de papier ou en fumant une cigarette. Moi je creuse.

Ceci n’a pas que des avantages, mais nous avons la chance d’habiter un lieu situé dans une pente. À chaque roman sa terrasse ; je creuse, je charge la brouette et décharge ailleurs le tas de terre. Petit à petit la nouvelle terrasse prend forme, l’histoire aussi. À chaque dizaine de brouettes mes héros progressent ou se retrouvent dans la panade. Après il faut évacuer la terre mais ceci est une autre histoire, « notion bourgeoise de la création » aurait dit Francis Blanche dans Les Barbouzes, et mon mari est d’origine bourgeoise, d’où sa mâchoire qui s’approche du sol lorsqu’il voit le tas devenir de plus en plus conséquent. Cela ressemble à un problème d’école primaire : le tas de terre au fond du jardin grossit à mesure que l’obstacle dans la narration s’aplanit.

Mon « fiancé » comme l’appelle une de nos connaissances, préférerait que je fasse des brouillons, je vais m’abîmer le dos, insiste-t-il en louchant sur le monticule au fond du jardin.

Pour l’instant il est content. J’ai taillé dans les développements, comme il me l’avait demandé, et il fait trop chaud pour la brouette.

 

 

 

 

 

Découpages et collages 1

  • Facebook
  • Viadeo FR
  • LinkedIn
  • Twitter

Le compagnon de toute ma vie depuis nos vingt ans respectifs est en train de lire la cinquième  version de mon roman sur les deux catastrophes survenues au somment du mont Blanc. Mission à haut risque, l’homme en est conscient. Ce n’est pas la première fois qu’il effectue cet exercice de style et jusque là il a survécu, maniant habileté, coups de fouet et messages d’amour style c’est pour ton bien et celui de ton texte.

Dans le cas présent, devant les critiques répétées des intrépides lecteurs, trop de précisions, trop de documentation, bien sûr c’est passionnant ces tragiques histoires, mais enfin… Tout le monde était d’accord : cette femme retrouvée nue au sommet du mont Blanc vêtue de ses seuls bijoux méritait absolument d’être l’héroïne. Le fait qu’elle soit Parsie, une fois expliqué à ces ignorants qui étaient les Parsis, a lui aussi emporté l’adhésion.

Je vous avais déjà expliqué que je travaillais sur un drame survenu dans ma région.

J’ai d’abord donné un fils à cette belle femme, un fils qui viendrait en Haute-Savoie résoudre l’énigme de la présence à bord de sa mère et accessoirement proposer une explication au mystère de l’explosion en plein vol de cet avion, mystère non élucidé et dont les archives sont encore top secrètes. Le fils n’allait pas. Il est donc devenu une fille. C’est vrai, c’était plus logique dans la poursuite de l’émancipation féminine, le public était d’accord. Quand même, trop de détails sur la communauté parsie de Bombay.

Ils voulaient que je me coupe un bras ! J’ai donc rusé et rajouté un personnage pour alléger cette histoire (essayez donc de faire rire les gens avec plus de 150 personnes en morceaux sur le glacier des Bossons). Et voilà, l’Écrivain sort du chapeau. Petite vengeance anticipée : il en est à son deuxième divorce. On verra bien si après cette menace subliminale l’époux parlera encore d’alléger mon texte.

Eh bien il ose : Quelle bonne idée, cet écrivain ! Tu le rends de manière très drôle, ça allège l’atmosphère du texte, on attend le moment où il va réapparaître, vraiment une bonne idée ! Mais encore trop de détails sur la façon dont on a traité les corps, trop de détails sur l’histoire des Parsis.

L’homme vit dangereusement. Il a de la chance, je n’ai pas encore totalement remanié mon texte. La réécriture avance et je ne suis pas encore prête au sacrifice suprême.