Entre humains et machines : les robots

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Le professeur Hiroshi Ishiguro de l’université d’Osaka est célèbre dans le monde entier. Dans une autre vie le scientifique à l’éternel blouson de cuir noir voulait être peintre. Il a toujours été fasciné par le corps humain, mais désormais il entend créer des robots les plus proches possibles de la réalité humaine.

clone HiroshiEn 2005 son robot-clone a sidéré le monde entier et a fait du professeur Ishiguro une star des médias.

Geminoïd H1, ce robot copie conforme à l’original, suscite d’abord le malaise : même grain de peau, mêmes mains, mêmes cheveux. Le professeur a poussé le désir de perfection jusqu’à utiliser ses propres cheveux pour les implanter sur le cuir chevelu de Geminoïd H1. La peau de silicone élastique, les cheveux noirs à la coupe si semblable à celle du professeur, les mains si parfaitement conformes quoique immobiles, tout égare le spectateur. Qui est le vrai Hiroshi Ishiguro ?

Quand il se rend à une conférence, le professeur se vêt exactement comme le robot. Pure coquetterie ? Le but affiché du professeur Ishiguro est d’étudier les interactions entre humains et artefacts, mais pourquoi utiliser un robot à son image, n’est-ce qu’une utilisation scientifique ? L’égo de celui qui se permet de construire un homme à son image doit ressembler à une montgolfière

Le robot est assis, les moteurs qui le font bouger ne lui permettent que peu de mouvements. C’est tout de même suffisant pour que le professeur l’anime à distance et que son clone donne à sa place cours ou conférences devant un auditoire complètement admiratif. Cela fait penser à ces automates extraordinaire qui subjuguaient leur public depuis le XVIIIe siècle avec les merveilles du Suisse Jaquet-Droz.

 Exposition Giacometti à Washington © SIPANY/SIPA


Exposition Giacometti à Washington © SIPANY/SIPA

Il serait injuste de réduire le travail du professeur japonais et celui de son équipe à du cabotinage. Il est lié à des questions fondamentales : qu’est-ce qui caractérise un être humain, quelle est la part d’humanité chez les hommes qui marchent? Giacometti n’est pas loin, et les questions philosophiques immémoriales, et notre compréhension encore si limitée du phénomène humain.

L’extraordinaire complexité du vivant n’est pas prête d’être dépassée, comme le prouvent les androïdes. Aussi perfectionnés soient-ils, les humanoïdes du professeur Ishiguro et son équipe ne peuvent passer pour des humains. Ils sont trop figés, leur expression faciale et leurs mouvements trop saccadés pour faire illusion. Ils n’arrivent pas à mimer les spécificités humaines, quoiqu’en dise le professeur Hiroshi Ishiguro. Même si, grâce au deep learning (ensemble de méthodes d’apprentissage automatique) la conversation des robots est moins saccadée, elle ne ressemble toujours pas à une vraie conversation : comment entrer dans la mémoire d’un robot les infinies questions que peut poser un être humain ?

geminoïd FDepuis Geminoïd H1, l’équipe du professeur (les ingénieurs de l’Intelligent Robotics Laboratory de l’université d’Osaka) ont créé la série Geminoïd F, à l’image de nombreuses jeunes femmes. Ces androïdes reproduisent les mimiques et les gestes de l’humain original grâce à une caméra vidéo. Un film japonais a utilisé Geminoïd F comme personnage principal…

Le robot, guidé par les ordres de l’humain en retrait, peut intervenir dans nombre de situations, y compris des situations dangereuses pour l’humain, accident nucléaire ou tremblement de terre par exemple.

La dernière création du professeur japonais est une sorte de baby doll prénommée Erica qui sait désormais utiliser sa main, problème sur lequel butait l’équipe, elle est totalement autonome. Seulement si son visage est plus mobile et sa conversation plus fluide que chez les androïdes antérieurs, nous sommes encore loin de l’imitation parfaite.

Ces recherches sont loin d’être un gadget. Elles sont cruciales pour le Japon qui compte un très grand nombre de personnes âgées. Il se vend plus de couches pour adultes que pour bébés au pays du Soleil Levant ; le nombre de maisons de retraite explose et il n’y a pas suffisamment de personnel pour s’occuper des anciens. Déjà, sur la côte ouest de Japon, on emploie des robots infirmières dans un hôpital. Ceux-ci effectuent des tâches simples et soulagent ainsi les véritables infirmières.

Les robots, qu’on le veuille ou non, font partie de notre vie. Leur place devient de plus en plus importante, et pas seulement au Japon. Seulement ce pays, avec ses problèmes démographiques et son avancée technologique dans ce domaine, nous montre la voie.

J’ai vu dans l’exposition Hello, Robot. Design between Human and Machine, au Vitra Design Museum, à quel point, depuis les sympathiques robots R2D2 de la Guerre des étoiles, les robots avaient envahi tous les champs de l’humain, y compris la sexualité.

The Paro seal robot to treat from dementia suffering people. Baden-Baden, GERMANY -08/10/2008/0907311000

The Paro seal robot to treat from dementia suffering people. Baden-Baden, GERMANY -08/10/2008/0907311000

Pour rester dans le domaine des maisons de retraite, il y avait un exemplaire de Paro, le petit phoque, avec ses grands yeux tendres qui vous chavirent le cœur. Paro est ce qu’on appelle un robot social. Il a été créé en 2003 au Japon. C’est un bébé léger : il pèse 2,5 kg et mesure 57 cm et peut donc être pris dans les bras par les personnes âgées les plus fragiles. Il réagit, ronronne, pousse des petits cris comme s’il était vivant. Très utilisé au Japon, il a été l’objet de tests en 2016 dans un centre hospitalier français. Les résultats sont très positifs : Paro aide les personnes âgées à sortir de leur isolement, il les apaise, diminue les tremblements dus à la maladie de Parkinson. Paro est le compagnon d’une patience infinie qui écoute, ses grands yeux noirs pleins de tendresse, tout ce que les personnes âgées ont à lui dire. Écoute passive : Paro est immobile.

Entre les infirmières au regard fixe et au pas saccadé et les bébés phoques aux petits cris attendrissants, la technologie la plus pointue envahit le dernier âge de la vie. Je ne suis pas sûre que c’était l’avenir qu’envisageait le professeur à l’allure de rockeur pour ses séduisantes créatures, mais c’est un bilan positif pour les soignants soulagés par l’aide qu’elles leur apporte.

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