Archives pour la catégorie Evénements

Par la fenêtre : mise en abîme ou mise en abyme ?

  • Facebook
  • Viadeo FR
  • LinkedIn
  • Twitter

Par-la-fenetreVoilà que, enfin, après de nombreuses années où il a été enseveli dans un tiroir, ce roman auquel je tiens tant est publié aux éditions Les Escales. Il s’intitule Par la fenêtre et la couverture est à l’unisson, elle vient de cet autre grand  rêveur qu’était le douanier Rousseau.

Par la fenêtre, c’est l’histoire d’une vieille dame qui s’enfuit de la maison de retraite pendant une fête et que des jeunes marginaux vont aider à réaliser son dernier rêve. Elle veut voir la mer. C’est le récit d’une existence paysanne très dure et des chimères qui ont permis de survivre à celle qui courbait l’échine, c’est le pouvoir de l’imagination qui sauve parfois de la réalité.

Par la fenêtre, c’est l’histoire de tous ces désirs qui nous poursuivent et dont au moins un doit être réalisé pour que notre vie ne soit pas vaine. Tant de jours passé à regarder par la fenêtre à attendre la fin de la semaine, ou les vacances, ou Noël. Et puis d’un coup la vieillesse est là. Nous ne l’avons pas entendue venir.

Heureusement ma vieille dame a de la ressource, et ce n’est pas grâce à moi, mais à mes enfants qui étaient adolescents lorsque j’écrivais ce récit qu’ils suivaient avec passion :

— Pas question ! Tu vas nous réécrire ce chapitre tout de suite ! Non mais, tu as vu l’existence que tu lui a faite ? Elle a droit au bonheur, il doit y avoir de la lumière dans sa vie.

Alors voilà. La jeunesse autour de moi a fait remonter des souvenirs, comme ma grand-tante Julie qui tirait drôlement bien sur les visites avec des noyaux de cerise. La famille avait eu l’interdiction d’apporter des fruits à noyaux à la maison de retraite. Et puis c’est remonté, le tragique des regards morts, mais aussi l’amour, la coquetterie des vieilles dames, les roublardises. Le grand-père de mon mari avait eu un coup de foudre pour « la jeunesse », une ravissante vieille dame un peu perdue, et les deux vieux amoureux s’étaient montrés jaloux de notre petit appartement, lorsque nous les avions invités. Ils figurent dans ce roman, comme les autres, car je n’ai pas beaucoup inventé. Hélas.

Tant d’existences douloureuses avec leurs percées de bonheur et d’espoirs dans un ciel chargé. Et puis la jeunesse, celle qui ne dure pas et celle que nous ne savons pas enfuie, celle qui survit par éclats jusqu’à la fin de la vie. Celle qui sauve.

mise en abîme-blogJ’ai fait une photo du roman près de la fenêtre, une mise en abyme de l’histoire et de ses personnages. J’ai écrit en dessous « Mise en abîme », un sacré lapsus dû à la malencontreuse date de parution, ce jeudi 5 novembre, alors que toutes les librairies sont fermées. De magnifiques marque-pages devaient attendre les lecteurs sur les comptoirs. Ce ne sera que partie remise, n’est-ce pas ? J’espère que les lecteurs n’enverront pas ma fugueuse de quatre-vingts ans au fond du gouffre, comme disaient mes enfants, Amandine a droit à la lumière. Elle attend depuis si longtemps.

Rencontre improbable avec Mano le Balinais

  • Facebook
  • Viadeo FR
  • LinkedIn
  • Twitter

C’est une rencontre improbable, une de ces collisions romanesques comme en rêvent tous les écrivains et beaucoup de lecteurs.

librairie atmosphèreHier matin, je me suis rendue à la librairie Atmosphère, la plus petite librairie de Genève, un enveloppement de livres et de bois avec planté au milieu une femme menue à la crinière brune, Claire Renaud, que l’on peut écouter le samedi à quatorze heures pendant l’émission La librairie francophone sur France Inter.

Mon roman ? Non, elle ne l’a pas lu, et d’ailleurs un client est en train de l’acheter, là devant moi. Coup de menton énergique en direction d’un homme qui attend devant la caisse, L’Envol du sari à la main.

Je crois que nous nous tournons l’un vers l’autre au même moment, et le dialogue s’enclenche très vite, entre cet homme au regard très doux et l’auteure qui essaie de faire connaître son livre. Nous sommes aussi émerveillés l’un que l’autre de cette coïncidence : il a peut-être été attiré par la couverture de mon livre, a décidé de l’acheter, et voilà que trente secondes après l’auteure du dit livre lui propose une dédicace ! Mano habite à Bali, il est venu rendre visite à son fils qui vit à Genève. Bali ? Nous y sommes allés il y a plus de quarante ans, mon mari et moi.

— Vous ne reconnaîtriez plus l’île, les avions déversent leurs cargaisons de touristes, beaucoup plus que Bali ne peut supporter. Mais les gens résistent…

— Les femmes font toujours leurs offrandes aux dieux ?

— Oui, (sourire ému), elles font toujours leurs offrandes…

Et dans notre regard à tous les deux passent des fantômes de beauté et d’encens.

Mano est heureux : c’est la deuxième fois qu’il rencontre un écrivain dans une librairie, la première fois c’était à Singapour. Mano est espagnol, partout où il passe il entre dans une librairie et achète des livres. Il aime ces lieux de rêves et de rencontres, la preuve, nous sommes là, tous les deux, aussi émus l’un que l’autre. Je dédicace L’Envol du sari à Mano le Balinais, comme il se désigne lui-même.

Mano est dermatologue, et l’extraordinaire humanité qui émane de lui doit être le premier remède aux souffrances de ses patients. Il aime les « histoires  pour enfants », c’est-à-dire les contes, explique-t-il en un français remarquable, et il écrit en anglais.

Nous nous serrons longuement la main, un intense moment de bonheur partagé.

Il y a beaucoup d’émotion dans la librairie. Où une rencontre pareille aurait-elle pu se passer ? À la queue devant la caisse d’une grande surface de la culture ? Les librairies sont des lieux de vie, des lieux de résistance, un peu comme les offrandes des belles Balinaises en sarong qui, tous les matins déposent leurs offrandes aux dieux et aux démons. Les libraires, tous les jours, mettent en place des livres, en lisent le plus possible pour offrir leurs précieux conseils à leurs clients, défendent les livres qu’ils aiment, invitent des auteurs… Cela mérite considération, et un petit effort. Bien sûr, c’est plus facile de recevoir un livre dans sa boîte aux lettres, mais nous avons tant à y perdre ! Dans une librairie on flâne, on lit les quatrièmes de couverture, on rêve, on discute avec le ou la libraire. Et on fait des rencontres.

Avant que je parte, Claire Renaud m’a dit qu’elle lirait mon roman. Sans doute en remerciement de ce moment d’émotion dans sa librairie cocon si propice à de tels instants de magie.

Auteure ? Autrice ?

  • Facebook
  • Viadeo FR
  • LinkedIn
  • Twitter

Voilà que la machine médiatique se met en branle pour votre humble servante… Oui, forcément, lorsqu’on se prénomme Nicole, cela fait irrésistiblement penser à Molière et son Bourgeois gentilhomme :

— Quoi ? Quand je dis : « Nicole, apportez-moi mes pantoufles, et me donnez mon bonnet de nuit » c’est de la prose ?

Ce « Nicole, apportez-moi mes pantoufles » me fait fulminer depuis la cinquième, j’avais douze ans et on me faisait exploser en citant l’infâme bourgeois. Cela laisse des traces…

Revenons à notre préoccupation : suis-je l’auteure ou l’autrice de L’Envol du sari ?

J’ai tendance à écrire « auteure » alors que je sais que la plupart des mots en « teur » sont issus de la forme latine et donnent « trice »  au féminin : instituteur/ institutrice.

Pourtant autrice est un mot ancien, personne n’aurait traité Marie de France d’ « auteur », avec ou sans e pour faire joli. Ce mot a existé pendant des siècles, ainsi qu’une cohorte d’autres mots en « trice », parce que, jusqu’au 17e siècle, on a suivi l’usage du latin, et on ne parlait pas des femmes comme des hommes.

academieLa période obscure est venue après, avec l’Académie française, qui a oublié son rôle de spécialiste de la langue et a préféré la normaliser. La France du Roi-Soleil (qui, entre parenthèses, nommait des ambassadrices), état totalitaire, nomme de doctes messieurs qui vont exercer leur monopole sur la langue. Et imposer d’importantes mesures.

Au 17e siècle, l’Académie française décide d’interdire toutes les formes féminines des métiers qui leur semblent devoir être l’apanage des hommes. Allez savoir pourquoi. Peut-être le bonheur de dire :

— Nicole, apportez-moi mes pantoufles

Et de remettre les femmes à leur place naturelle qui est le foyer, qu’elles arrêtent d’écrire des romans, de peindre des tableaux ou de représenter la France à l’étranger. Lire la suite

L’Envol du sari début octobre aux éditions Les Escales

  • Facebook
  • Viadeo FR
  • LinkedIn
  • Twitter

L'envol du sari, par Nicole GiroudIl y a longtemps que je travaille sur ce roman, je vous en ai parlé à maintes reprises et je ne vais pas revenir là-dessus.

Enfin il sort début octobre, aux éditions Les Escales, ce roman qui mêle les plus hauts sommets d’Europe et de l’Inde, les débuts chaotiques de cette république du sous-continent indien avec le calme de la vie quotidienne d’une petite ville de Haute-Savoie, une haut-fonctionnaire indienne avec un romancier français très susceptible.

L’héroïne est flamboyante : elle s’appelle Rashna, ce qui signifie « la création », et c’est bien de cela dont il s’agit, puisque notre romancier fragile devra rendre la vie à celle-ci sous la surveillance de la fille de l’héroïne. Pour l’avoir vécu avec l’écriture d’une biographie romancée, je sais que les familles ne sont jamais contentes du portrait qui leur est renvoyé du héros ou de l’héroïne de la famille, à moins de flagornerie et de complaisance manifestes de l’écrivain.

Exercice de haute-voltige pour Quentin, mais aussi incursions de sa vie privée qui influe sur l’écriture du roman, tout est lié : la culture et la religion de l’héroïne, la façon peu glorieuse dont les dépouilles des victimes des deux crashes indiens ont été traitées, la découverte de la fascinante religion parsie, le choc des différences sociales, tout se mêle dans ce texte qui j’espère vous apprendra beaucoup de choses, vous fera sourire parfois, vous séduira souvent tant Rashna vous fera rêver.

Coups de cœur (les plus récents d’abord) :

Critiques (les plus récentes d’abord) :

Comment un artiste maudit peut-il s’appeler Lequeu ?

  • Facebook
  • Viadeo FR
  • LinkedIn
  • Twitter

Le grand bâilleur… Regardez-le pendant trente secondes, et osez affirmer qu’il ne vous fait pas bâiller !

cliché BBF, département des Estampes et de la Photographie

cliché BNF, département des Estampes et de la Photographie

Il ouvre une bouche si grande, que l’on voit sa glotte et ses dents pas très saines, ses yeux sont plissés par l’effort de cette mâchoire si puissamment ouverte qu’il ne sait pas s’il arrivera à revenir en position socialement acceptable.

Est-ce un cocher qui attend un noble couple qui s’attarde à l’opéra ? Ou une représentation du dessinateur lui-même, architecte de formation, qui a végété après la révolution dans des postes miteux et finit par mourir dans la quasi misère ? Lire la suite