Archives pour la catégorie Société

Les vivants au prix des morts et le narrateur au prix de l’auteur

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FrégniVous est-il arrivé de lire un livre à cause de son titre ? Personnellement cela m’arrive très souvent, l’appel du titre c’est comme l’air du large quand il est plein de sel, de mystère et de nostalgie. Les vivants au prix des morts, quel titre magnifique !

Je ne connaissais pas l’auteur, quelle importance ? Ouverture au hasard des pages et confirmation que l’écriture de l’auteur était aussi belle que ce titre mystérieux dont la quatrième de couverture éclairait la signification :

Lorsque le douzième coup de midi tombe du clocher des Accoules, un peu plus bas, sur les quais du Vieux-Port, les poissonnières se mettent à crier : « Les vivants au prix des morts ! » Et chaque touriste se demande s’il s’agit du poisson ou de tous ces hommes abattus sur un trottoir, sous l’aveuglante lumière de Marseille…

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Les vivants au prix des morts
René Frégni
Gallimard, mai 2017, 192 p., 18 €
ISBN : 978-2-07-273282-9

Porte-coton, une profession d’avenir ?

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Hyacinthe Rigaud

Hyacinthe Rigaud

Il ne s’agit pas d’un petit accessoire au design épuré chargé de porter de jolies boules de coton de couleur pour le démaquillage de madame, non, il s’agit d’un homme, plus exactement l’officier de la garde-robe qui présentait la serviette au Roi-Soleil pour qu’il puisse torcher ses augustes fesses. La serviette souillée était ensuite remise sur un plateau et l’officier – jamais un noble de rang élevé  s’éloignait dignement.

Le porte-coton de Louis XIV a été aboli à la Révolution puis rétabli par Louis XVIII et Charles X. Lire la suite

Mondialisation, déchirements et manga bouleversant

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J’aime déambuler dans les bibliothèques aux heures nues, silencieuses, loin des bourdonnement des ados en train de faire un exposé pour le prof d’histoire, loin des cris excités des enfants ou des pleurs des tout-petits et loin des conversations bruyantes (elles entendent mal et ne le savent pas) des retraitées pétries de solitude.

Un-the-pour-YumikoCe jour-là je me suis retrouvée devant les bacs boursouflés des bandes dessinées. Déjà découragée, j’ai pris la première qui m’est tombée sous la main. Cela ressemblait à un manga, dessin de visage maladroit, esquisse de temple à l’arrière-plan sur fond de montagne. Pour couronner le tout, une vignette rouge en haut à droite de la première de couverture indiquait : « La BD RTL du mois ». J’ai failli reposer, mais j’ai tout de même lu les premières pages.

Et j’ai été bouleversée.

Aquarelles de foule en marche, impression de vitesse et de multitude, immeubles qui provoquent une impression de déjà vu. Lire la suite

Un thé pour Yumiko
Fumio Obata
traduit de l’anglais par Isabelle Troin
Gallimard, 2014, 155 p., 22 €
ISBN : 978-2-07-065770-4

Dans quelle langue est-ce que je rêve ? d’Elena Lappin : le flot des langues accumulées

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LappinOn parle des migrants comme si c’était une réalité nouvelle, comme si l’afflux massif par-delà la Méditerranée, phénomène majeur de notre siècle, était une nouveauté. Elena Lappin, journaliste et écrivain dont j’hésite à donner la nationalité tant celle-ci est issue d’un mélange complexe, nous restitue à travers son cas personnel ce que signifie être migrant. Loin de ce qui nous vient à l’esprit, mais avec humour et finesse, elle décortique ses origines et tribulations familiales, les exodes successifs volontaires ou non.

Elena est née à Moscou, ensuite elle passe son enfance à Prague avant de se retrouver adolescente à Hambourg quand ses parents passent à l’Ouest. Chaque fois un nouveau pays, une nouvelle mentalité et une nouvelle langue. Lire la suite

Dans quelle langue est-ce que je rêve ?
Elena Lappin
traduit de l’anglais par Matthieu Dumont
Éditions de l’Olivier, avril 2017, 384 p., 23€
ISBN : 9782879296456

Le cas Eduard Einstein, le fils sacrifié du grand Albert

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EinsteinLaurent Seksik est médecin de formation, il ne faut pas l’oublier en lisant Le cas Eduard Einstein. Le cas désigne en médecine le malade lui-même, à savoir le deuxième fils d’Albert Einstein, mais aussi toute la problématique qui entoure celui-ci.

Laurent Seksik revient dans ce roman sur les zones d’ombre du plus médiatique des prix Nobel. On sait seulement depuis 1989, grâce à des lettres que Milena (la première épouse d’Albert) n’a pas brûlées malgré l’insistance du grand physicien, que le couple a eu une fille dont il n’a jamais parlé. La petite Liserl, placée immédiatement en nourrice après sa naissance dans le village natal de Milena, est morte quelques mois plus tard de la scarlatine. Liserl, l’enfant secrète et sacrifiée à l’autel de la recherche, liera les deux ex-époux dans une culpabilité plus forte que bien des connivences. Qui a décidé d’écarter ce nouveau-né qui allait prendre trop de place dans les recherches des deux savants ? Milena, la mère, Albert, le père ? Qui a fait pression sur l’autre ? Ce n’est pas le sujet du livre. Après Liserl, le couple aura deux garçons. Tout d’abord Hans-Albert puis Eduard, l’enfant fragile. De Hans-Albert qui deviendra plus tard un éminent ingénieur, nous ne saurons pas grand-chose. Il sort du chapeau par épisodes et n’a pas beaucoup de consistance dans ce roman. Lire la suite

Le cas Eduard Einstein
Laurent Seksik
Flammarion, août 2013, 304 p., 19 €
ISBN : 978-2081248571