Archives de l’auteur : Nicole Giroud

Les furtifs d’Alain Damasio en pleine lumière

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LES_FURTIFS-couvertureCet épais roman (presque sept cents pages) commence par un chapitre aussi palpitant que dérangeant : la première traque de Lorca Varese, son examen de passage. Lorca réussit : il voit le furtif et celui-ci se vitrifie aussitôt à 1400 degrés. Par une sorte d’inversion du mythe antique de la Gorgone qui pétrifiait tout mortel croisant son regard, les furtifs meurent si on les voit. Lorca peut rejoindre l’élite très fermée des chasseurs de furtifs, les militaires du Récif – acronyme pour « Recherches, Études, Chasse et Investigations Furtives ». Ce n’est que le premier des nombreux acronymes qu’affectionne l’auteur, Alain Damasio, mais le lecteur n’est pas au bout de ses surprises…

Lorca n’est pas un militaire, mais un civil. C’est un intellectuel impliqué dans les mouvements altermondialistes. Il a choisi cette formation militaire parce que sa fille Tishka a disparu depuis deux ans et qu’il est persuadé qu’elle a été enlevée par un furtif et qu’elle est vivante. Il veut la retrouver. Sa femme Sahar, dont il est séparé depuis la disparition inexpliquée de leur fille de quatre ans, se force à penser que sa fille est morte en espérant reprendre le cours de sa vie. Deux versants de la même douleur de parents. Lire la suite

Les furtifs
Alain Damasio
La Volte, avril 2019, 704 p., 25 €
ISBN : 978-2-37049-074-2

Le Chant des revenants de Jesmyn Ward : cruel, douloureux et poétique

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Le-chant-des-revenantsLe Chant des revenants de l’Américaine Jesmyn Ward est un roman sauvage et douloureux, d’une violence qui vous prend au ventre et à la gorge, d’une poésie qui vous instille une douleur poignante mêlée de douceur. Il a été couronné par le National Book Award, en 2017. La version origi­nale anglaise du titre est « Sing, unburied, sing », c’est-à-dire « Chante, défunt sans sépulture, chante », ce qui est plus exact que la traduction française, même si celle-ci est belle.

Le roman dresse un état des lieux actuel du Mississippi, ce Sud profond qui n’a jamais exorcisé ses démons et où le racisme règne toujours, accompagné de l’injustice, du rejet de la population noire et de la violence.

Joseph dit Jojo, treize ans, vit avec sa petite sœur Kayla ainsi que sa mère Léonie  accro à la drogue – chez ses grands-parents. Son grand père River lui apprend la vie à travers ses récits qui parlent de violence, de mort et d’exclusion, pendant que sa grand-mère Philomène se meurt d’un cancer. Jojo est né des amours adolescentes de ses parents, peu de temps après que le frère aîné de Léonie s’est fait tuer par un blanc, meurtre impuni bien sûr. Et le meurtrier n’était autre que le cousin de Michael, le père des enfants. Lire la suite

Le chant des revenants
Jesmyn Ward
traduit de l’américain par Charles Recoursé
Belfond, février 2019, 272 p., 21 €
ISBN : 9782714454133

Le cas singulier de Benjamin T. : réflexions sur une uchronie

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Benjamin T.Benjamin Teillac est ambulancier, il travaille en tandem avec son ami de toujours, David, qui prend soin de lui. Car Benjamin va mal. Sa femme Sylvie l’a quitté et son fils ne veut plus le voir, en plus voilà que ses crises d’épilepsie reprennent, de plus en plus violentes. Il sait qu’il risque de perdre son travail qui est sa raison de vivre, et il est prêt à tout pour juguler la maladie, y compris participer à l’essai thérapeutique très risqué que lui propose sa neurologue.

Durant ses crises, Benjamin fait un saut dans le temps : le voilà plongé dans un épisode dramatique de la Résistance durant l’hiver 44 en Haute-Savoie dans le massif des Glières.

Il ne s’appelle plus Benjamin Teillac, mais Benjamin Sachetaz, il est né en 1909 et fait partie de la résistance avec son frère Cyrille, un vigoureux abbé en soutane. Lire la suite

Le cas singulier de Benjamin T.
Catherine Rolland
Les Escales, février 2018, 352 p., 18,90 €
ISBN : 9782365693301

Hôtel Waldheim : nid d’espions et mémoire incertaine chez François Vallejo

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Hotel-WaldheimUn jour, Jeff Valdera reçoit une étrange carte postale venue tout droit du passé : l’hôtel Waldheim, où il a passé à trois reprises des vacances avec sa tante alors qu’il était adolescent. Cette carte est suivie de quelques autres, et chaque fois une question énigmatique posée en un étrange français interpelle l’homme mûr qu’il est devenu.

Il finit par rencontrer l’auteur des messages ; c’est une femme plus jeune que lui, Frieda, une Suisse Allemande, qui l’oblige à fouiller dans sa mémoire. Elle veut savoir ce qui s’est passé cet été-là de ses dernières vacances à l’Hôtel Waldheim, en août 1976, car elle est persuadée que Jeff a joué un rôle important dans la disparition de son père. Frieda sait un certain nombre de choses que l’homme qu’elle interroge ignore, parce qu’elle a lu la partie des archives de la Stasi concernant son père. Lire la suite

Hôtel Waldheim
François Vallejo
Viviane Hamy, août 2018, 304 p., 19 €
ISBN : 9782878589887

Le théorème du homard, ou comment trouver la femme idéale quand on est autiste

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Il y a quelques mois je vous avais parlé d’un livre anglais, The Rosie project dans lequel nombre de lecteurs londoniens étaient plongés.

Depuis j’ai lu le livre de l’Australien Graeme Simsion en français, et si le titre n’a rien à voir avec le titre anglais, il se défend fort bien dans le contexte : Le Théorème du homard ou comment trouver la femme idéale.

HommardDon Tillman, professeur de génétique et brillant universitaire aimerait partager sa vie avec une épouse, mais il a de la peine à nouer des relations. Le professeur est atteint du syndrome d’Asperger. Syndrome mal nommé, entre parenthèses, car Asperger était un sale type qui a participé dès 1938 à des expériences sur des enfants, n’hésitant pas à envoyer à la mort les enfants qui ne correspondaient pas à ce qu’il cherchait. Les « Asperger » étant valorisés dans notre société, on pourrait leur donner un autre nom que celui de ce nazi qui n’a sauvé aucune petite fille de la mort, ce qui est significatif. Fin de la parenthèse !

Don décide de faire un questionnaire détaillé pour trouver une épouse et reçoit un certain nombre de réponses, mais cela ne se passe jamais comme il le voudrait :

J’avais pris la ferme résolution de ne plus jamais assister à des soirées de célibataires, mais le questionnaire devait me permettre d’éviter le supplice des interactions sociales non structurées avec des personnes étrangères.

Au fur et à mesure de l’arrivée des invitées, je leur distribuais des questionnaires à remplir au moment qui leur conviendrait le mieux et à me retourner le soir-même ou par courrier. […] Au bout de deux heures, une femme d’environ trente-cinq ans, IMC estimé à vingt-et-un, est sortie du salon avec deux coupes de mousseux dans une main, un questionnaire dans l’autre. Elle m’a tendu un verre.

— J’ai pensé que vous deviez avoir soif, a-t-elle dit avec un séduisant accent français.

Je n’avais pas soif, mais j’étais content qu’elle me propose de l’alcool. […]

— Ce vin est vraiment épouvantable, vous ne trouvez pas ? […] Et si nous allions dans un bar à vins voir s’ils n’ont pas quelque chose de meilleur ? A-t-elle demandé.

J’ai secoué la tête. La médiocrité du vin était gênante, mais pas déterminante. Fabienne a pris une profonde inspiration.

— Écoutez. J’ai bu deux verres de vin, ça fait six semaines que je n’ai pas couché avec un homme et je préférerais attendre encore six semaines plutôt que d’essayer avec qui que ce soit d’autre parmi ceux qui sont ici. Puis-je vous inviter à prendre un verre, maintenant ?

C’était une proposition très aimable. d’un autre côté, la soirée venait de commencer.

— Tout le monde n’est pas encore arrivé, ai-je dit. Si vous attendez un peu, vous trouverez peut-être quelqu’un d’adéquat.

Fabienne m’a remis son questionnaire :

— Je suppose que vous préviendrez les gagnantes en temps voulu.

Je lui ai répondu que oui. Après son départ, j’ai rapidement parcouru ses réponses. Comme j’aurais pu le prévoir, elle avait échoué sur un certain nombre de points. C’était décevant.

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Le théorème du homard ou Comment trouver la femme idéale
Graeme Simsion
traduit de l’anglais (Australie) par Odile Demange
Nil, mars 2014, 408 p., 20 €
ISBN : 9782841117208