Archives de l’auteur : Nicole Giroud

Le cas Eduard Einstein, le fils sacrifié du grand Albert

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EinsteinLaurent Seksik est médecin de formation, il ne faut pas l’oublier en lisant Le cas Eduard Einstein. Le cas désigne en médecine le malade lui-même, à savoir le deuxième fils d’Albert Einstein, mais aussi toute la problématique qui entoure celui-ci.

Laurent Seksik revient dans ce roman sur les zones d’ombre du plus médiatique des prix Nobel. On sait seulement depuis 1989, grâce à des lettres que Milena (la première épouse d’Albert) n’a pas brûlées malgré l’insistance du grand physicien, que le couple a eu une fille dont il n’a jamais parlé. La petite Liserl, placée immédiatement en nourrice après sa naissance dans le village natal de Milena, est morte quelques mois plus tard de la scarlatine. Liserl, l’enfant secrète et sacrifiée à l’autel de la recherche, liera les deux ex-époux dans une culpabilité plus forte que bien des connivences. Qui a décidé d’écarter ce nouveau-né qui allait prendre trop de place dans les recherches des deux savants ? Milena, la mère, Albert, le père ? Qui a fait pression sur l’autre ? Ce n’est pas le sujet du livre. Après Liserl, le couple aura deux garçons. Tout d’abord Hans-Albert puis Eduard, l’enfant fragile. De Hans-Albert qui deviendra plus tard un éminent ingénieur, nous ne saurons pas grand-chose. Il sort du chapeau par épisodes et n’a pas beaucoup de consistance dans ce roman. Lire la suite

Le cas Eduard Einstein
Laurent Seksik
Flammarion, août 2013, 304 p., 19 €
ISBN : 978-2081248571

Chatbots II

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TelDisparuLes chatbots ne se contentent pas de répondre à nos problèmes de connexion ou d’électricité ; ils ne se limitent pas non plus à nous trouver l’adresse d’un restaurant ou à nous rappeler l’anniversaire d’un proche. Ils peuvent se comporter d’une manière très troublante, très humaine, et perturber notre raisonnement, égarer les limites entre monde réel et virtuel.

Il existe désormais des logiciels de conversation nous permettant de parler avec un proche disparu. Les conversations avec les morts intéressent beaucoup de monde parmi les chercheurs. Une jeune ingénieure russe a créé un logiciel lui permettant de converser avec un ami décédé. Comment ? Grâce à un logiciel compilant tous les textos ou articles de la dite personne. Le logiciel peut utiliser des phrases réellement écrites par le défunt et donner l’illusion que celui-ci est toujours en vie. Lire la suite

Chatbots I

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LauraLes chatbots ? Vous voulez dire sabots et vous êtes enrhumé ? Cela se prononce « chat-botte » ? Alors un mélange de chat botté et de « ça me botte », un mot valise pour renouveler le « ça me va » ou le « OK » laconique ?

Rien de bucolique ou de poétique dans ce mot, un chatbot est bien un mot-valise, mais une contraction entre le chat anglo-saxon, la conversation, et le mot d’origine tchèque robot. Un chatbot est un logiciel qui converse avec les humains et vous avez sans doute déjà eu affaire à un certain nombre d’entre eux.

Vous ne les connaissez peut-être pas, mais vous leur parlez très souvent parce qu’ils ont envahi notre vie. La plupart des grandes entreprises utilisent ces logiciels qui portent un prénom et répondent à nos questions. Féminin, le prénom, bien sûr, comme Laura d’EDF bleu ciel. Si votre problème n’est pas trop compliqué vous ne vous apercevez même pas que vous n’avez pas eu affaire à un être humain derrière son ordinateur mais à un robot. Mais ce n’est pas toujours le cas, nombre de chatbots avancent masqués et font irruption sur des sites, bien décidés à soutirer des informations utilisables.

Une grande partie des conversations sur les réseaux sociaux sont le fait de chatbots, histoire de modifier nos comportements, gonfler les chiffres du trafic ou provoquer des envies d’achats. L’équivalent de la musique d’ambiance et des faux clients dans un restaurant : plus il y a de monde, plus on entre.

Les chatbots en disent long sur notre société coincée entre besoin de rentabilité et solitude, efficacité et besoin de s’épancher.  Leur nombre ne cessent d’augmenter. Un site spécialisé répertorie 1285 chatbots, mais leur nombre ne cesse d’augmenter, des startups inventives sont à l’affût de nos besoins.

Les chatbots devenant de plus en plus performants, ils sont donc appelés à se généraliser dans notre vie ; les assistants personnels se multiplient. Là encore, on devrait parler d’assistantes, parce que les prénoms choisis sont majoritairement féminins : Alexa d’Amazon, Cortana de Microsoft ou Siri d’Apple. Ces douces voix féminines répondent à nos questions pratiques et finissent par meubler notre solitude. Voix sensuelles ou maternelles selon notre besoin,  elles font reculer nos angoisses existentielles.

Plus fort encore, certains chatbots font reculer la mort. Je vous en parlerai dans un autre article.

Mille ans après la guerre : superbe et déchirant !

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Carine Fernandez est pour moi un des très grands auteurs de ce siècle, elle tisse une œuvre forte et rare, loin du battage médiatique. Est-ce une raison d’ignorer son grand talent ? Son écriture magnifie la moindre des descriptions, installe le lecteur dans son univers très personnel. Le Moyen-Orient la taraude depuis longtemps, un Orient vernaculaire, intime, des Mille et une nuits populaires où les femmes s’ennuient et où les hommes tendres ne se reconnaissent pas dans le miroir qu’on leur tend. Vous avez sans doute de beaux souvenirs de La servante abyssine ou du châtiment des goyaves.

Mille-ans-apres-la-guerreMille ans après la guerre explore un tout autre registre, comme si, après avoir beaucoup décrit les pays où la très jeune Carine avait fui l’ennui de la campagne française et l’oppression de parents réfugiés espagnols trop sévères, elle revenait à l’origine, cette guerre d’Espagne qui a conditionné l’exil de ses parents et l’atmosphère de son enfance. Lire la suite

Mille ans après la guerre
Carine Fernandez
Les Escales, septembre 2017, 246 p., 17,90 €
ISBN : 9782365692670

Le retour

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Voilà que je reviens à la maison. Plus exactement à mon bureau, ordinateur, environnement : les massifs de vivaces résistent à la fin d’été, jaunes, bleus et mauves se mélangent, les mûres croulent sous leurs fruits violets et noirs. La vie reprend et j’ai le cœur serré de gratitude devant ses couleurs après le long tunnel de souffrance.

Lumière après le noir dévorant de la douleur physique. D’abord tremblotante, hésitante, progrès lents et puis non, de vrais progrès, et l’espoir en fond têtu.

LumièresCinq minutes que j’ai regagné mon fauteuil. Musique. J’avais oublié le vert tendre de l’herbe, son insolence pointue quand la tondeuse a oublié de sévir. Du vert, du jaune, du noir, du rouille aussi par les fenêtres de mon bureau. Je serai passée du printemps à l’automne, par-dessus un été trop difficile où les couleurs de la vie ne m’ont pas attendue.

Mais me voilà, de nouveau fidèle au poste, et pendant ces heures de la nuit où j’étais incapable de demeurer couchée, j’ai lu. Beaucoup lu. Bien sûr tout a été déformé par le prisme de la maladie, mais c’est intéressant de constater ce qui a résisté au laminage de la douleur.

Très prochainement je reprendrai mes chroniques littéraires, chers lecteurs. À pas comptés, ma main droite ne vole pas encore sur le clavier. Je donnerai sans doute moins de citations, les articles seront plus denses, je compte sur vos appréciations et messages d’encouragement pour ce qui reste une sorte de convalescence.