Archives du mot-clé Roman d’apprentissage

Un océan, deux mers, trois continents, l’épopée d’un Africain du XVIIe siècle

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N'SondéUn océan, deux mers, trois continents : dès le départ le lecteur sait qu’il va être embarqué dans un voyage au long cours par l’écrivain franco-congolais Wilfried N’Sondé. Le héros du roman a réellement existé et les aventures que nous conte l’auteur sont réellement arrivées à son personnage, aussi incroyables semblent-elles.

Nsaku Ne Vunda est né au Congo (que l’auteur orthographie Kongo) à la toute fin du XVIe. Ordonné prêtre, ce personnage devait posséder un puissant charisme, puisque le roi du Kongo lui a ordonné de se rendre auprès du pape avec comme mission secrète de demander au Saint Père d’abolir l’esclavage. Le voilà donc premier ambassadeur africain mandaté par le roi Alvaro II suite à la sollicitation du pape Clément VIII. La mission réelle est secrète, l’envoyé du roi devra endurer mille dangers et son périple durera beaucoup plus longtemps que prévu.

Je vins au monde vers l’an de grâce 1583 sous le nom de Nsaku Ne Vunda, et fus baptisé Dom Antonio Manuel le jour où l’évêque de l’Église catholique du royaume du Kongo m’ordonna prêtre. Aujourd’hui, on appelle « Nigrita » la statue de marbre érigée à mon effigie à Rome en janvier 1608 par les soins du pape Paul V. (p .9)

Tout est lointain dans ce beau roman qui tient à la fois du roman d’aventures, de la fresque historique et de la fiction biographique. Notre héros ne sait pas, en quittant la baie de Luanda, qu’il embarque à bord d’un navire négrier, Le vent paraclet. Lire la suite

Un océan, deux mers, trois continents
Wilfried N’Sondé
Actes Sud, janvier 2018, 272 p., 20 €
ISBN : 978-2-330-09052-4

No et moi, de Delphine de Vigan, la porte qui reste fermée

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Des mois plus tard il faut en terminer avec les portes qui restent closes devant des enfants en demande d’amour.

No_et_moiSuite au roman Les loyautés de Delphine de Vigan, j’avais écrit sur ce blog un article sur le bouleversant reportage d’Arte sur Yanie. Histoire pleine de douloureux ricochets. J’avais parlé de mon ancien élève qui avait trouvé porte close chez ses grands-parents, Coumarine, elle-même maman d’accueil, a parlé de la porte close devant sa fille de seize ans. Lire la suite

No et moi
Delphine de Vigan
JC Lattès, novembre 2010, 286 p., 16 €
ISBN : 9782709636391

L’amie prodigieuse II, remplissages et roueries d’auteur

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L'amie prodigieuse IINous nous sommes attachés à Elena et Lila, les deux amies d’enfance dans le premier tome de L’amie prodigieuse. Nous les avons quittées alors que Lila vient de se marier et que Elena poursuit le lycée, elles ont seize ans. Nous les retrouvons lors de ce deuxième volume pour les suivre jusqu’au moment où chacune aura trouvé une place si éloignée de l’autre dans l’échiquier social que l’on se demande comment leur amitié va survivre à ce grand écart sociologique.

C’est sans doute l’intérêt et l’astuce qui me fera lire le volume suivant, parce que là, vraiment, j’ai trouvé que ces 615 pages tenaient du remplissage. Les 238 premières pages nous racontent par le menu la vie quotidienne des deux amies : études et amour secret d’Elena pour le beau Nino Sarratore, le fils du volage journaliste chemineau et travaux dans la nouvelle épicerie de Stefano pour Lila. Déjà les fêlures entre les deux jeunes amies apparaissent :

Mon angoisse augmenta. Je dois lui raconter, me dis-je, que je ne vais plus à la fête, je dois lui dire que j’ai changé d’avis ! Bien sûr, je savais que derrière la Lila à l’apparence disciplinée qui travaillait du matin au soir, il y avait une autre Lila, nullement soumise : cependant, maintenant que je prenais la responsabilité de la faire entrer chez Mme Galliani, cette Lila rebelle m’effrayait davantage, et son refus même de se résigner me semblait de plus en plus destructeur. Que se passerait-il si, en présence de ma prof, quelque chose provoquait un de ses mouvements de révolte ? Que se passerait-il si elle décidait d’utiliser le langage qu’elle venait d’employer avec moi ? J’avançai avec prudence :

« Lila, s’il te plaît, ne parle pas comme ça… »

Elle me regarda, perplexe :

« Comment, comme ça ?

— Comme tu viens de faire ! »

Elle se tut un instant puis demanda :

— Je te fais honte ? »

(p. 199-200)

Ce passage illustre parfaitement l’ambiguïté de cette amitié de jeunesse quand les chemins choisis aboutissent à un énorme fossé, tout comme l’aspect destructeur de l’insoumission de Lila est appelé à la détruire elle-même.

Lila n’arrive pas à donner un fils à Stefano parce qu’elle est trop fragile. Elle part donc au bord de la mer à Ischia avec Elena, sa mère et sa belle-sœur, Pinuccia la femme de Rino. Très vite débarquent sur la plage Nino et son ami Bruno. Ce qui va suivre est évident,  il n’y a que la naïve Elena pour ne pas voir ce qui se passe sur cette plage. Deux cent cinquante pages pour un marivaudage, c’est long.

La suite, heureusement, est plus intéressante, la vie de la narratrice s’accélère, jusqu’à la révélation de l’écrivain qu’elle est devenue. La vie de Lila ressemble à une chute. Le beau Nino agit comme le père qu’il déteste, il la quitte, disparaît de sa vie et du livre avant de réapparaître à la toute dernière ligne. C’est ce qui s’appelle soigner son lectorat comme les feuilletonistes d’antan.

Le nouveau nom
Elena Ferrante
traduit de l’italien par Elsa Damien
Gallimard, novembre 2016, 622 p., 8,80 €
ISBN : 978-2-07-269314-4